Cop28 : la guerre de l’eau est déclarée en Provence
Caroline Fontaine
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Le Riou Blanc à sec, sur la commune de Fayence (Var), le 30 mars dernier.
© ÉRIC GAILLARD/REUTERS
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Le Riou Blanc à sec, sur la commune de Fayence (Var), le 30 mars dernier.
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Au pays de Manon des sources, la guerre de l'eau est déclarée. Elle a éclaté très exactement le 31 janvier dernier. Ce jour-là, la mort dans l'âme, les maires du Pays de Fayence décident de ne plus accorder de nouveau permis de construire. Ce chapelet de neuf villages perchés entre le nord de l'Estérel et le sud des gorges du Verdon est désormais à sec. Irrémédiablement.
En mai 2022, pour la première fois de son histoire, il a fallu ravitailler par camion-citerne le village de Seillans et son restaurant La Gloire de Mon Père. Puis les restrictions ont touché les huit autres villages. Au domaine du Château des Selves, Mylène Christine, bientôt 80 ans, « paysanne depuis des générations », a retrouvé dans les agendas de son père la trace « des sécheresses des années 1940 comme des pluies qui suivaient toujours à l'automne ». Or, compte-t-elle aujourd'hui, « en octobre et novembre, il est tombé quatre fois moins d'eau que d'habitude ; depuis 2020, il manque l'équivalent d'une année de précipitations ». Avec le changement climatique, la pluviométrie chute et les nappes phréatiques ne se reconstituent plus.
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En ce début 2023, la régie des eaux a posé le problème : les 946 permis de construire en cours entraîneront l'installation de 2 273 personnes, soit une augmentation de la consommation d'eau de près de 300 000 mètres cubes par an dans un secteur, où, en vingt ans, la population a déjà doublé pour atteindre 30 000 habitants. Quant à la fréquentation touristique, elle a explosé : +30 % entre 2021 et 2022. Contrainte, la régie a sonné le tocsin : les coupures deviendront la norme l'été mais aussi l'hiver et impacteront « la sécurité incendie (bornes incendie non alimentées), la sécurité sanitaire (eau non potable) et les activités de première nécessité (métiers de bouche, santé, école, social...) ». Les neuf maires n'ont eu d'autre choix que d'arrêter de délivrer des permis de construire et de restreindre l'accès à l'eau. Ce faisant, ils se sont dressés contre les intérêts d'à peu près tout le monde. Un changement complet de paradigme dans un Var en pleine expansion. Le BTP, deuxième source d'activité du département et puissant lobby, a crié au scandale, rejoint par d'autres professions comme par des habitants, et les médias sont venus documenter ce qui semblait être une première en France. Près d'un an plus tard, le sujet crispe toujours.
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