Ce vendredi soir du mois de septembre, deux sœurs de 12 et 14 ans ont rendez-vous avec la rabbine Delphine Horvilleur à la synagogue de Beaugrenelle, à Paris. Les collégiennes ont préparé une liste de questions. Elles veulent savoir pourquoi, en 2024, en France, elles ont peur. Peur de dire à leurs camarades qu'elles sont juives, peur de porter au cou une étoile de David, peur de se rendre à la synagogue, peur de raconter leurs vacances en Israël, peur dans la rue, sur les réseaux sociaux, en classe... Peur.
« Je leur rappelle que la force du peuple juif est dans sa survie et que nous ne sommes pas les premières générations à vivre ça, explique Delphine Horvilleur. La littérature biblique met en avant cette haine ancestrale. Dans le livre d'Esther, on voit comment une société bascule, comment les Juifs sont perçus comme une menace pour la pureté de la nation, pour l'unité. Cela se rejoue en permanence. Je leur dis aussi qu'il faut activer des forces de résilience, personnelle et collective, sans faire le jeu du communautarisme. Qu'il faut rester attaché à la France, à la laïcité, à la République, à la contribution des Juifs à l'histoire de France. Je leur dis enfin qu'il faut se protéger, ne rien laisser passer, porter plainte. Être fier de qui on est. » Les adolescentes sont ressorties en souriant du bureau de la rabbine. L'office du shabbat commence, la salle est pleine, hommes, femmes et enfants mélangés, assis sur des chaises pliantes.