ENTRETIEN - Ce proche du nouveau locataire de Matignon évoque les priorités du futur gouvernement.LA TRIBUNE DIMANCHE - Michel Barnier est un Premier ministre dont le camp est minoritaire à l'Assemblée. Que doit-il faire pour rassembler ?
VINCENT JEANBRUN - Tous les partis sont minoritaires. Michel Barnier est un Premier ministre de coalition. Il s'agira de construire des majorités sur le fond, en s'attachant d'abord aux idées plutôt qu'aux personnes. C'est la philosophie du pacte législatif de La Droite républicaine [nom des Républicains à l'Assemblée] que Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau ont présenté à leur ami Michel Barnier cette semaine à Matignon.
Avec qui ferez-vous coalition ? S'arrêtera-t-elle aux partis du bloc central ?
Ce pacte est une proposition parlementaire. Nous dégagerons des majorités de projet loi par loi. Michel Barnier ira discuter avec tout le monde. Les Français n'ont pas choisi de majorité mais l'Assemblée représente clairement trois France. Celle qui s'inquiète de voir monter l'insécurité et l'immigration, et qu'il faut intégrer à la feuille de route. Celle qui vote pour le bloc central, qui est préoccupée par la dette et les impôts. Et on ne peut pas faire l'impasse sur le bloc du NFP, dont les électeurs réclament davantage de justice et moins d'inégalités. Le projet du gouvernement et les ministres qui le composeront doivent incarner tous ces thèmes.
Le sort de ce gouvernement dépend-il du bon vouloir de Marine Le Pen ? Vous n'êtes pas contraints de lui donner des gages ?
Le RN a entre ses mains la capacité de faire tomber un gouvernement, à la condition toutefois de s'allier avec LFI. La question n'est pas de leur faire plaisir, c'est de savoir s'ils auraient cette volonté. Je comprendrais qu'ils le fassent si on ignorait les préoccupations de leurs électeurs. Sur le fond, si les Français avaient voulu des solutions du RN, ce parti aurait obtenu la majorité absolue.
Propos recueillis par Nicolas Prissette