« Nous faisons face à un phénomène de gangs à l’américaine » (Vincent Jeanbrun, LR)
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Vincent Jeanbrun, à l’hôtel de ville de L’Haÿles-Roses, en juillet.
Bruno Coutier via AFP
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Vincent Jeanbrun, à l’hôtel de ville de L’Haÿles-Roses, en juillet.
Bruno Coutier via AFP
LA TRIBUNE DIMANCHE - Quel bilan tirez-vous de cette année 2023, marquée par les émeutes urbaines de l'été ?
VINCENT JEANBRUN - Cela fait des années que monte la petite musique des difficultés que vivent nos élus locaux. Je crois que les Français commencent à l'entendre. Déjà, lors des municipales de 2020, un nombre important de maires ne se sont pas représentés. Cette année, des villes qui n'avaient jamais connu de violences urbaines en ont subi. Même les maires coutumiers du phénomène ont vu apparaître quelque chose de nouveau. J'ai appelé cela une insurrection, une vraie volonté d'affronter l'ordre établi. Le choc n'a pas encore été totalement digéré par les élus locaux.
C'est-à-dire ?
Je l'ai vu durant les rencontres de Beauvau. Un aspirant au poste de maire y aurait probablement été saisi par le doute sur ses ambitions : on aurait dit une réunion de victimes de violences anonymes. Un collègue a été tabassé au sol au point d'avoir des fractures, un autre a été étranglé... Dans une commune d'Île-de-France pas particulièrement dangereuse, un homme s'est introduit chez le maire, a égorgé ses lapins et en a déposé un sur le pas de sa porte. Cette réalité-là est nouvelle.
Que veulent ces agresseurs ?
Un changement de modèle complet. Cela vaut pour les séparatistes se revendiquant d'un islam radical comme pour les activistes de type Soulèvements de la Terre. Chacun se bat pour son individualité : les lois actuelles ne vont pas dans leur sens, donc elles sont mauvaises, donc il n'y a pas de problème à les enfreindre. Ces gens se sentent non intégrés à l'ordre social actuel et leur violence vise l'élu en tant qu'élu. Chez moi, on n'a pas attaqué Vincent Jeanbrun ; on a attaqué le maire de L'Haÿ-les-Roses, l'autorité républicaine.
S'y ajoute la délinquance, qui s'enracine...
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Et qui a pris la forme de mafias ! Si les délinquants opèrent dans l'impunité au pied des tours, c'est parce qu'ils appartiennent à de grands réseaux, plus riches et mieux équipés que nos forces de l'ordre. Ils ont les derniers iPhone munis d'applications cryptées, utilisent des drones et installent des caméras à l'entrée de leurs cités. Leurs véhicules sont plus puissants que les nôtres. Le deal, il y en a toujours eu, mais il y a désormais un phénomène de gangs à l'américaine totalement assumé. Résultat, j'ai des collègues élus depuis trois ou quatre mandats qui me disent, la mort dans l'âme : « Qu'est-ce que je suis content de prendre ma retraite... »