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ÉconomiePrésidentielle 2017

Comment Fillon a réussi à l'emporter

Photo de Mathias Thépot

Mathias Thépot

Publié le 28 novembre 2016 à 17:24 - Mis à jour le 06 mars 2017 à 20:50

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Profitant des faiblesses de Juppé et de Sarkozy, Fillon a su convaincre des électeurs de droite déçus depuis plusieurs années.

François Fillon aura donc déjoué tous les pronostics pour finalement s'imposer largement lors de la primaire de la droite et du centre. Avec 66,5 % des suffrages au second tour, il jouit désormais d'une incontestable légitimité pour représenter les électeurs de droite à l'élection présidentielle de 2017. Alors qu'il était crédité deux semaines avant le premier tour d'entre 10 et 15 %, il a réalisé une improbable remontée pour atteindre 44 % des voix dès le premier tour, pliant de facto l'élection. Un succès surprise qui s'explique certainement en premier lieu par le contexte politique national. En effet, François Fillon s'est discrètement érigé en alternative au couple de favoris Juppé-Sarkozy, qui n'ont ni l'un, ni l'autre, suscité un enthousiasme débordant chez une majorité d'électeurs de droite durant cette campagne. Embourbé dans de multiples affaires judiciaires, doté d'un tempérament parfois outrancier, Nicolas Sarkozy n'a de son côté jamais plu à une partie de l'électorat traditionnel de droite, qui s'était rallié à lui par devoir en 2012, plus que par réelle adhésion.

Fillon a saisi l'opportunité

Pour sa part, l'ultra favori Alain Juppé était désigné comme le seul à pouvoir faire efficacement barrage à Marine Le Pen en 2017. Voter Juppé, c'était donc en partie voter utile. Conscient de cela, le maire de Bordeaux a mené une campagne toute en prise de hauteur, sans rentrer réellement dans le combat des idées afin de ne pas prendre trop de risque. A l'inverse, François Fillon, « l'honnête homme », a pu d'une part profiter de la porosité entre une partie de son électorat et de celui du rejeté Sarkozy, tout en mettant en lumière des points clés de son programme de réformes pour devancer Alain Juppé. Fillon a aussi, il faut le dire, été indirectement aidé par Nicolas Sarkozy et son entourage qui ont stigmatisé le vote Juppé durant toute la campagne, en tentant sans cesse de susciter le dégoût chez les électeurs de droite des velléités d'ouverture d'Alain Juppé. Tout cela a créé une brèche réelle pour François Fillon qui a su saisir l'opportunité.

Mobilisation de l'électorat catholique

Pour ce faire, l'ancien Premier ministre a notamment parfaitement réussi à mobiliser un électorat catholique qui s'était déplacé dans les rues pour manifester contre la loi sur le mariage pour tous. Influent à droite, cet électorat avait réussi lors d'un meeting en 2014 à infléchir la position de Nicolas Sarkozy sur le mariage pour tous, où il avait concédé face aux protestations de la foule ... l'abrogation de la loi durant son discours ! Mais il se ravisa quelques mois plus tard, suscitant la « stupeur » à la Manif pour tous. Trahi par Sarkozy, l'électorat catholique de droite a donc vu en Fillon l'homme providentiel. D'autant que ce dernier a multiplié les appels du pied envers cet électorat, se déplaçant notamment au Kurdistan irakien pour rencontrer et soutenir les chrétiens d'Orient. Le mouvement Sens commun, né en 2013 dans le sillage de la Manif pour tous, s'est rallié à Fillon et lui a fait bénéficier de ses réseaux sur tout le territoire.

Rejet des médias...

Par ailleurs, dans une société politico-médiatique qui n'a pour vision que le court-terme et le sensationnalisme, François Fillon s'est inscrit en faux avec cette conception de la société, assumant publiquement son opposition à certains procédés médiatiques. Une prise de position qui a plu à beaucoup d'électeurs. Lors du dernier débat avant le premier tour de la primaire, François Fillon avait notamment lancé à l'endroit de David Pujadas : « Vous êtes en train de nous couper la parole sur des sujets absolument fondamentaux. » « On n'est pas des commentateurs, on n'est pas là pour s'interpeller les uns, les autres, on est là pour parler aux Français. ». Il a ainsi dénoncé le « spectacle » que réclameraient les journalistes aux hommes et aux femmes politiques.

.. qui a parfois ses limites

Son passage dans l'Emission politique, toujours sur France 2, avait également marqué les esprits : l'ancien Premier ministre avait déploré la seule hypothèse testée au second tour dans les sondages - un duel Juppé-Sarkozy -, stigmatisant un parti pris médiatique dégradant pour la démocratie, et irrespectueux pour les électeurs. : « C'est quand même bizarre, vous avez déjà décidé avant même d'avoir dépouillé le premier tour que le deuxième tour était joué », avait-t-il indiqué à Léa Salamé. Mais le rejet apparent des médias de François Fillon a toutefois ses limites. Il sait très bien que sans eux, il ne peut gagner une élection. Son passage à l'émission « Une ambition intime » sur M6, clairement pas l'émission la plus haut de gamme du paysage audiovisuel français, le prouve. Il estimera d'ailleurs que sa présence sur M6 a « incontestablement » joué en sa faveur : « Si j'en juge par le nombre de réactions, c'est énorme. »

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Enfin, François Fillon a mieux réussi que ses concurrents les débats télévisés. « Il faut souligner le rôle extraordinaire des trois débats télévisés qui ont permis à François Fillon d'expliquer son programme et de convaincre », indiquait Bernard Accoyer, ancien président de l'Assemblée nationale et proche du député de Paris. Déclaré par beaucoup comme grand vainqueur des deux premiers débats, protégé par le duel orchestré entre Juppé et Sarkozy, François Fillon a ensuite parfaitement conclu le dernier débat face à un Alain Juppé contre-nature. Sur des sujets sensibles comme la hausse du temps de travail des fonctionnaires, la réforme drastique de l'assurance maladie, ou les liens supposés de Fillon avec Vladimir Poutine, le député de Paris n'a pas été déstabilisé par Alain Juppé. Il a paré les attaques très cordiales, et in fine peu déstabilisantes du maire de Bordeaux. Il a même pu développer sa vision du changement, sans qu'Alain Juppé lui oppose beaucoup de résistance, et incarner une forme de renouveau, lui qui était pourtant Premier ministre durant 5 ans de Nicolas Sarkozy.

Mathias Thépot

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