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ÉconomieUnion européenne

Attentats : les Européens unis dans les mots, mais pas dans l'action

Photo de Robert Jules

Florence Autret, à Bruxelles

Publié le 14 novembre 2015 à 17:02 - Mis à jour le 15 novembre 2015 à 05:18

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A présent, l'Europe a une nouvelle devise qui pourrait être : « La compassion, la tristesse et la peur ». Les attentats terroristes perpétrés à Paris mettent sous une lumière crue l'incapacité de l'Union européenne à parler et, surtout, à agir. Un pas de plus vers la désintégration?

Encore un. Et les communiqués pleuvent. Tous les partis, toutes les institutions ont exprimé leurs condoléances.

« Il faut résister ensemble à la terreur qui tente de s'installer. Ne pas, ne jamais céder, aimer et défendre la France et ce qui fait sa richesse, sa diversité. »

Ce sont les mots du groupe socialiste.

Quant à eux, les Verts, coprésidés par un Belge et une Allemande, plaident que :

« La meilleure réponse au terrorisme est plus de démocratie et d'ouverture.... Nous n'abandonnerons pas nos valeurs communes ; liberté, égalité, fraternité. »

"Nous avons les moyens de nous défendre"

Dans une version plus "realpolitik", la démocratie-chrétienne, inquiète de la montée du populisme, avertit :

« Nous ne laisserons pas les fanatiques et extrémistes diviser l'Europe et nos sociétés. Nous avons les moyens de nous défendre et nous le démontrerons de toute notre force... A tous les idéologues et extrémistes qui cherchent d'ores et déjà à instrumentaliser ces attentats à des fins politiciennes, nous disons clairement: les démocrates rejetteront catégoriquement toute tentative cynique d'exploiter ces événements tragiques », selon les mots de Manfred Weber, leur chef de file au Parlement.

« La sécurité intérieure et extérieure... La sécurité des Européens est notre première priorité », a déclaré le président du Parti populaire européen Joseph Daul.

Le président du Conseil, l'ex-Premier ministre Donald Tusk, également de centre-droit, avait réagi en pleine nuit :

« Nous demanderons aux dirigeants du G20 à Antalya de répondre à l'extrémisme terroriste. Nous nous assurerons que tout sera fait au niveau européen pour que la France soit un pays sur. Et nous nous assurerons que la stratégie anti-terroriste européenne soit à la hauteur des défis dans les mois à venir. »

Des mots usés jusqu'à la corde

Nous en sommes là. Il y a les mots de la République : liberté, égalité, fraternité, usés jusqu'à la corde. Mais, à présent, l'Europe a une nouvelle devise qui pourrait être : « La compassion, la tristesse et la peur. »

Et les Européens se demandent : où étaient-ils, nos dirigeants quand, il y a plus d'un an, la chancelière Merkel demandait le soutien de l'Europe centrale, Pologne, République tchèque, face à l'afflux de réfugiés ? Et où était Mme Merkel quand il s'est agi de décider de faire pression sur Bachar el Assad ? Où était le « service d'action extérieure européen » pour décider ou pas de mâter ce régime, dont les équipements ont engraissé l'industrie française et allemande, et qui bombardait sa propre population, désormais massée dans des camps au Liban et en Jordanie ?

L'Etat islamique marque un point

Tous ces dirigeants étaient en tête de cortège après l'attentat contre Charlie Hebdo en début d'année. A présent, les manifestations sont interdites... jusqu'au 19 novembre en France. L'Etat islamique marque un point. La compassion n'est plus faite que de mots. Le courage physique, son prolongement naturel, lui est interdit. Et nous voilà revenus au dur labeur de l'action politique.

Laurent Fabius sera à Antalya, à la réunion des chefs d'Etat du G20. A la place de François Hollande qui ne veut pas aller en Turquie. Moyennant quoi, Laurent Fabius ne sera pas au Conseil affaires générales qui se tient lundi à Bruxelles. Autant dire que celui-ci ne servira à rien. Deuxième point.

Vitrine très compétente

Gilles de Kerchove, le chef de lutte anti-terroriste pour l'Union européenne, se tait. Il est une vitrine. Vitrine très compétente, mais vitrine tout de même. Il n'a pas le droit de parler maintenant, mais il sait. Il sait le nombre des jeunes radicaux de l'Etat islamiste revenus en Europe. Le pouvoir, la parole sont ailleurs, hélas.

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Selon Claude Moniquet, un ancien de la DGSE, ancien correspondant de La Tribune en Europe centrale avant la chute du Mur, une quinzaine d'attentats ont été déjoué depuis le 15 janvier, date de l'attentat contre Charlie Hebdo. « 20.000 volontaires étrangers », pour l'Etat islamique, selon l'Onu, dit-il. Plusieurs milliards de dollars en réserve. 45.000 à 60.000 combattants en Syrie et en Irak. Al Qaïda était une blague.

De quel côté penche la balance ? « Elle penchait de notre côté, jusqu'à hier. A présent, c'est du leur », explique le fondateur de la société de renseignemets EFISC (Europe Stretagic Intelligence and Security Center), qui conseille une demi-douzaine de sociétés du CAC 40.

Un pas de plus vers la fragmentation européenne

François Hollande a fermé les frontières. Après les migrants, le terrorisme. Un pas de plus vers la fragmentation européenne. La route est toute tracée. Les élections régionales en 2016 en France, nationales en 2017 en Allemagne et en France. La liberté a perdu. La peur, plutôt que la compassion et l'intelligence, plutôt que la faculté de décider et de convaincre. Voilà nos dirigeants otages d'une majorité inquiète ou simplement indifférente, enkystée dans le travail ou le plaisir des vacances, indifférente à l'avenir.

Le moment serait-il venu de sacrifier la liberté de plusieurs centaines de millions d'Européens, même s'ils ne savent quoi en faire, à quelques milliers d'intégristes ? Quelqu'un est-il en mesure d'expliquer cela au nombre, à ceux qui jouissent dans l'indifférence ? L'Union ne serait-elle plus qu'une union de rentiers et de misérables qui peinent faute de travail ? Pouvons-nous laisser à quelques jeunes gens exaltés le pouvoir de décider de notre destin ? Qui mettra les chiffres sur la table ? Combien pour une vraie politique de migration ? Combien pour une politique de défense ? Et comment ?

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Voilà les questions posées par les attentats d'hier soir. Il y a urgence à inventer. Il y a beaucoup en jeu. Soixante-dix ans d'histoire. Et le destin d'une ou deux générations. Rien que cela, contre un peu de confort. Quelqu'un aura-t-il le courage de dire que la richesse est ailleurs ? Lundi, François Hollande ne sera pas à Antalya. Hélas.

Florence Autret, à Bruxelles

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