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ÉconomieUnion européenne

BCE : un banquier central prévoit plus de trois baisses de taux dans l'année, une première

latribune.fr

Publié le 15 avril 2024 à 10:30 - Mis à jour le 15 avril 2024 à 10:39

Weidmann et simkus (bce) craignent que le risque inflationniste soit sous-estime

Weidmann et simkus (bce) craignent que le risque inflationniste soit sous-estime

INTS KALNINS

Le Quotidien Numérique

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Le gouverneur de la Banque centrale de Lituanie, Gediminas Simkus, a affirmé qu'il y avait une forte probabilité pour « qu'il y ait plus de trois baisses de taux cette année ». C'est la première fois qu'un banquier central s'avance à ce point sur une baisse des taux, qui pourrait être plus importante que prévue du fait de la baisse de l'inflation et des mauvaises prévisions de croissance.

Et si la Banque centrale européenne baissait ses taux directeurs plus de trois fois dans l'année ? La bombe a été lancée par le gouverneur de la Banque centrale de Lituanie, Gediminas Simkus, à des journalistes à Vilnius.

Alors que les marchés ne prévoient actuellement que trois baisses de taux cette année, en juin, septembre et décembre, «la probabilité qu'il y ait plus de trois baisses de taux cette année est supérieure à 50%. Trois baisses de taux est une estimation prudente», a déclaré le banquier central.

Pour rappel, jeudi dernier, la Banque centrale européenne a décidé de maintenir ses taux entre 4% et 4,75%, soit au plus haut depuis 1999, après les avoir remonté très rapidement à partir de 2022 pour ralentir l'inflation. Néanmoins, pour la première fois à l'occasion d'une conférence post-réunion, Christine Lagarde, la présidente de l'institution a ouvert la porte à une première baisse. « Si l'évaluation actualisée par le Conseil des gouverneurs (...) devait renforcer encore sa confiance dans la convergence durable de l'inflation vers l'objectif, il serait approprié de réduire le niveau actuel de restriction de la politique monétaire », a avancé la présidente de la BCE.

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Elle a même évoqué le mois de juin, expliquant « que nous aurons plus d'informations », à ce moment là, confirmant le pari de nombreux analystes sur une première baisse en juin. Et pour cause, avec une hausse des prix à 2,3% en mars, « l'inflation a continué de baisser, tirée par la baisse des prix des produits alimentaires et des biens », a notamment reconnu l'institution dans son communiqué.

Inflation et croissance faibles

Début mars, l'institution de Francfort a annoncé tabler sur une hausse des prix de 2,3% en 2024, contre 2,7% anticipé auparavant, puis de 2,0% en 2025, soit son objectif final. La croissance du PIB (produit intérieur brut) en zone euro devrait, de son côté, atteindre 0,6% en 2024, contre 0,8% prévu en décembre par la BCE. A titre de comparaison, la croissance américaine devrait se maintenir à 2,1% en 2024, selon la Réserve fédérale américaine. « L'économie demeure fragile », a notamment noté Christine Lagarde jeudi dernier.

Une conjoncture morose pour l'économie du Vieux continent, pénalisée par les taux hauts, qui a poussé la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a changer de discours. Alors qu'elle estimait encore, lors de sa conférence de début mars, que « nous ne sommes pas suffisamment confiants » quant au fait d'arriver à 2% d'inflation, la banquière centrale a reconnu lors d'une interview le 20 mars que « nous ne pouvons pas attendre de disposer de toutes les informations pertinentes ». « En agissant ainsi, nous risquerions d'ajuster notre politique trop tardivement », a-t-elle ajouté.

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Une sortie qui rappelle celle du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, qui s'était avancé, début mars, sur une première baisse des taux « probable au printemps », au micro de BFM Business. Même le président de la Banque fédérale d'Allemagne, connu pour ses positions restrictives sur la politique monétaire, a aussi reconnu qu'une baisse en juin était probable.

Le conflit entre l'Iran et Israël pourrait empêcher une baisse en juin

Gediminas Simkus se joint donc à la liste des banquiers centraux pariant sur une détente rapide de la politique monétaire, en laissant tout de même planer le doute sur l'impact de quelques éléments conjoncturels. Des chocs géopolitiques, comme une escalade du conflit entre l'Iran et Israël, pourraient forcer la BCE à ne pas baisser les taux en juin, a notamment prévenu le gouverneur lituanien.

Pour rappel, l'Iran a lancé des drones explosifs et des missiles sur Israël samedi en fin de journée en représailles à une attaque israélienne présumée contre son consulat en Syrie le 1er avril. Il s'agit d'une première attaque directe sur le territoire israélien qui a ravivé les craintes d'un conflit régional plus large. Un événement qui fait craindre une flambée des prix de l'énergie inflationniste.

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Si le cours du baril de Brent, la référence mondiale, se maintenait à 89,49 dollars (83 euros) ce lundi vers 11h12, les prix du pétrole devraient augmenter après l'attaque de l'Iran contre Israël au cours du week-end, ont déclaré des analystes dimanche.  « Il est raisonnable de s'attendre à des prix plus élevés », a déclaré Tamas Varga, du courtier en pétrole PVM. Cela dit, il n'y a pas eu d'impact sur la production jusqu'à présent et l'Iran a déclaré que « l'affaire peut être considérée comme conclue ».

Les gains supplémentaires pourraient dépendre de la façon dont Israël et l'Occident choisissent de riposter. « Les prix du brut comprennent déjà une prime de risque, et la mesure dans laquelle elle s'élargira encore dépend presque exclusivement de l'évolution de la situation près de l'Iran, autour du détroit d'Ormuz », a déclaré Ole Hansen chez Saxo Bank.

Déjà la semaine dernière, la crainte d'une réponse de l'Iran à l'attaque de son ambassade à Damas avait soutenu le pétrole et fait grimper le prix du baril de Brent à 92,18 dollars, son plus haut niveau depuis octobre.

Les banquiers centraux divisés sur la stratégie de baisse

En dehors de cette question des prix de l'énergie, les banquiers centraux ne sont de toute façon pas d'accord sur le rythme de baisse que la BCE doit adopter. Si la première baisse devait avoir lieu en juin, « cela signifie-t-il qu'il y aura une séquence de baisses de taux ? Je ne vois pas là une sorte d'automatisme », avait notamment affirmé Joachim Nagel lors d'une conférence en ligne, le 22 mars. « Cela ne veut pas dire qu'à la réunion suivante il y aura une autre baisse des taux », avait-il insisté.

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D'autres membres de la BCE se montrent aussi prudents. « La politique monétaire (de la BCE) doit rester restrictive », et il ne faut « pas ajuster prématurément » le niveau des taux, avait averti Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, dans un discours à Florence en février.

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« La croissance de la productivité, toujours faible, voire négative depuis peu, exacerbe les effets de la forte croissance actuelle des salaires nominaux sur les coûts unitaires de main-d'œuvre des entreprises », avait-elle expliqué. Par conséquent, « cela augmente le risque que les entreprises répercutent la hausse des coûts salariaux sur les consommateurs, ce qui pourrait retarder le retour de l'inflation à notre objectif de 2% », avait-elle ajouté.

(Avec Reuters)

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