Ce que font les pays européens pour lutter contre la vie chère

Face à l'inflation poussée par la flambée des prix de l'énergie, les différents pays européens dégainent de nouvelles mesures pour soutenir le pouvoir d'achat des ménages et l'activité des entreprises. Des programmes qui seront affinés après la réunion des ministres européens de l'Énergie, prévue vendredi à Bruxelles, pour faire face à l'envolée des prix de l'électricité. Tour d'horizon des principales mesures déjà annoncées.
Au niveau européen, pour faire face à l'envolée des prix de l'électricité, les ministres de l'Énergie se réunissent vendredi à Bruxelles.
Au niveau européen, pour faire face à l'envolée des prix de l'électricité, les ministres de l'Énergie se réunissent vendredi à Bruxelles. (Crédits : DADO RUVIC)

Comment protéger les ménages et les entreprises face à la flambée des prix de l'énergie qui fait s'envoler le coût de la vie ? La question est au centre des préoccupations de la plupart des dirigeants européens, qui anticipent un hiver difficile, à cause de la crise énergétique actuelle, conséquence de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Tout en cherchant des alternatives au gaz russe, les États européens dégainent de nouveaux dispositifs d'aides. Alors que certaines mesures de « boucliers tarifaires » pour soutenir le pouvoir d'achat des ménages et les entreprises arrivent à échéance, nombreux sont les gouvernements qui annoncent en cette rentrée de nouveaux plans, ou un renforcement d'aides déjà mises en place. D'un vaste plan d'aide en Allemagne à un « système de bouclier » maintenu en 2023 en France, en passant par un pass ferroviaire gratuit en Espagne, ou encore à des mesures pour « les familles d'abord » au Portugal, tour d'horizon des mesures de soutien contre la vie chère mis en place en Europe.

L'Allemagne

Berlin a proposé un plan de 65 milliards d'euros supplémentaires pour protéger les consommateurs et les entreprises contre les effets de la flambée de l'inflation, a annoncé dimanche le chancelier allemand Olaf ScholzParmi les nouvelles mesures annoncées - le troisième plan de soutien depuis le début de la guerre en Ukraine - figure une taxe exceptionnelle sur les énergéticiens, dont le produit est estimé à au moins dix milliards d'euros, par le ministre des Finances allemand Christian Lindner. Une partie de cette taxe exceptionnelle sur les énergéticiens servira à financer 1,7 milliard d'euros d'avantages fiscaux pour 9.000 entreprises consommatrices intensives d'énergie. Le gouvernement allemand plaide pour l'introduction, au niveau européen, d'une contribution obligatoire dont s'acquitteraient les entreprises du secteur énergétique.

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La France

Le gouvernement français compte, pour sa part, amortir « une partie de l'augmentation du prix de l'électricité », a confirmé vendredi dernier la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher. Bercy doit présenter dans les prochains jours son projet de budget pour 2023, qui détaillera la stratégie du gouvernement pour lutter contre l'inflation, en particulier énergétique. Alors que le bouclier tarifaire sur les prix du gaz est censé expirer le 31 décembre 2022, Bercy compte maintenir un « système de bouclier » en 2023, dont les contours restent encore à définir. Le ministre des Comptes publics a affirmé samedi dans une interview au Parisien qu'une augmentation de 10 à 20% était une « possibilité ».

En outre, le chèque énergie (150 euros en moyenne), accordé aux ménages les plus modestes, pourrait être élargi à un plus grand nombre de bénéficiaires. Aujourd'hui, six millions de personnes en bénéficient selon Bercy. L'élargissement de ce dispositif sera débattu au Parlement dans le cadre du projet de budget pour 2023.

Autre piste sur la table, mais qui fait débat : taxer les superprofits des multinationales de l'énergie, comme ce que veut faire l'Allemagne. Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire y est fermement opposé, tandis que la Première ministre Élisabeth Borne n'y « ferme pas la porte » en dernier recours. Emmanuel Macron s'est lui dit favorable à un mécanisme non fiscal, et harmonisé au niveau européen.

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L'Espagne

Afin de limiter l'effet de la flambée des prix sur les ménages, le gouvernement espagnol va réduire la TVA sur le gaz de 21 à 5% à partir du mois d'octobre. L'objectif est que « les factures de chauffage de nos concitoyens soient moins élevées », déclarait jeudi dernier le président du gouvernement, Pedro Sánchez, à la radio Cadena SER. Le gouvernement cherche ainsi à « partager équitablement les coûts et les charges de la guerre (en Ukraine) ». Le gouvernement espagnol a déjà réduit la TVA sur l'électricité à deux reprises ces derniers mois.

En attendant, les Espagnols bénéficient depuis fin août d'un pass ferroviaire gratuit sur toutes les lignes locales et interurbaines de moyenne distance. L'objectif de cette mesure temporaire : alléger le coût de la vie et réduire les trajets en voiture. Avec une inflation dans le pays supérieure à 10% en glissement annuel, près d'un demi-million de personnes ont déjà précommandé les cartes de transport gratuites. La Renfe, l'opérateur ferroviaire public, s'attend à ce que le programme, en vigueur jusqu'à la fin de l'année, donne lieu à 75 millions de trajets gratuits. La mesure, à laquelle s'ajoutent des réductions sur d'autres types de transports publics, coûtera 221 millions d'euros. Elle s'inscrit dans le cadre d'un programme d'aide de 9,5 milliards d'euros, approuvé en juin, visant à atténuer la hausse des prix. L'Allemagne avait mis en place une mesure similaire, avec un abonnement réduit à 9 euros par mois pour les trains de banlieue et régionaux pendant la période estivale.

Le Portugal

Le gouvernement portugais a dévoilé lundi un train de mesures pour aider les ménages à faire face à l'inflation, qui passeront notamment par une baisse des impôts sur l'énergie. L'exécutif socialiste prévoit également une aide directe aux familles et une augmentation extraordinaire des pensions de retraite. Ce programme de huit mesures baptisé « les familles d'abord » a été chiffré à 2,4 milliards d'euros (soit environ 1% du PIB du pays) et vient s'ajouter au montant de 1,6 milliard d'aides déjà déboursée jusqu'à septembre.

Le gouvernement prévoit ainsi de verser un chèque de 125 euros par personne, majoré de 50 euros pour chaque enfant, aux Portugais gagnant jusqu'à 2.700 euros bruts mensuels. Les retraités toucheront un supplément équivalent à la moitié de leur pension mensuelle. L'exécutif veut faire voter une réduction de la TVA sur l'électricité, de 13 à 6%, et prolongera jusqu'à la fin de l'année la baisse des impôts sur les carburants déjà en vigueur. En outre, un plafonnement de la hausse des loyers à 2% et le gel des tarifs des transports en commun a été décidé pour l'an prochain. Le gouvernement annoncera prochainement des aides pour les entreprises.

Les Pays-Bas

Le gouvernement néerlandais prévoit de dépenser environ 16 milliards d'euros l'année prochaine afin d'aider les ménages à payer leurs factures d'énergie et d'alimentation soumises à une forte inflation. Ces dépenses supplémentaires devraient être compensées en grande partie par une hausse de l'impôt sur la fortune et sur les sociétés, avec un prélèvement spécial sur les bénéfices des sociétés pétrolières et gazières. Les détails du plan seront présentés avec le budget 2023 du gouvernement le 20 septembre.

Les mesures devraient bénéficier principalement aux personnes à faibles revenus, grâce à une augmentation de 10% du salaire minimum et à une hausse des aides liées aux revenus pour les soins de santé et les loyers. Le taux d'imposition pour les revenus allant jusqu'à environ 37.000 euros par an devrait être abaissé, tandis que les baisses de taxes sur l'énergie et le carburant introduites cette année ont été prolongées jusqu'en 2023.

La Finlande

Le gouvernement finlandais a annoncé de son côté dimanche qu'il prévoyait d'offrir jusqu'à dix milliards d'euros de garanties de liquidité à son secteur de l'énergie pour aider à prévenir une crise financière à l'échelle de la Scandinavie. De plus, le gouvernement annonçait à la rentrée l'augmentation de ses dépenses publiques pour 2023 afin d'aider les Finlandais à faire face aux difficultés financières, passant ainsi à 80,6 milliards de dollars contre les 79,6 milliards suggérés par le ministère des Finances il y a un mois.

La République tchèque

Le ministre tchèque de l'Industrie a quant à lui fait savoir dimanche que son gouvernement allait élaborer la semaine prochaine un projet de société publique de négoce en énergie pour garantir l'approvisionnement des écoles, des hôpitaux et d'autres institutions publiques avant l'arrivée de la saison hivernale. « Je vais lancer une agence très rapidement, et la première tâche de cette agence sera d'acheter de l'énergie pour le secteur public », a déclaré Jozef Sikela à la télévision.

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaire 1
à écrit le 06/09/2022 à 14:24
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Lutter contre la vie chère revient à se battre contre des moulins à vent. C'est comme de vouloir vider l'océan avec une pompe : Toute l'eau que tu vas pomper va finir par s'écouler dans la mer. De la même manière, les "aides" versées par l'état, sont...

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