CETA : comment Paul Magnette et la Wallonie ont tout bloqué

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Le socialiste Paul Magnette, ministre-président de la région de Wallonie, avec son vice-ministre-président, Jean-Claude Marcourt (de dos), vendredi 14 octobre 2016, lors du débat sur le CETA, au parlement de Wallonie, à Namur (Belgique).
Le socialiste Paul Magnette, ministre-président de la région de Wallonie, avec son vice-ministre-président, Jean-Claude Marcourt (de dos), vendredi 14 octobre 2016, lors du débat sur le CETA, au parlement de Wallonie, à Namur (Belgique). (Crédits : Reuters)
Les députés wallons ont adopté une motion demandant à l'exécutif régional de ne pas déléguer ses pouvoirs au gouvernement belge pour signer le traité, auquel Ottawa et tous les Etats-membres de l'UE sont favorables, gouvernement fédéral belge compris. (En vidéo, le discours intégral de Paul Magnette refusant le CETA au Parlement de Wallonie.)

L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada (ou CETA, pour Comprehensive Economic Trade Agreement), qui a nécessité sept ans de négociations, doit être ratifié par tous les Etats membres de l'UE pour entrer en vigueur.

Or, à Namur, ce vendredi, le Parlement de la Wallonie, l'une des sept assemblées législatives de Belgique dont l'aval est indispensable pour la ratification du traité, a adopté à une large majorité une résolution demandant à son ministre-président, le socialiste Paul Magnette, de ne pas autoriser la Belgique à signer l'accord avec le Canada.

La motion que les députés wallons ont adoptée (par 46 oui, 16 non et une abstention) demande à l'exécutif régional de ne pas déléguer ses pouvoirs au gouvernement belge pour signer le traité. Or, tous les autres pays concernés y sont favorables: le Canada et les 28 Etats-membres de l'UE, y compris le gouvernement fédéral belge.

Les ministres européens du Commerce doivent quant à eux l'approuver mardi à Luxembourg, avant la signature prévue le 27 octobre à Bruxelles, en présence du chef du gouvernement canadien Justin Trudeau. Mais le Premier ministre belge, Charles Michel, ne pourra pas donner son aval sans celui des sept assemblées législatives belges.

Pour mémoire, ces sept entités sont le Parlement fédéral (composé du Sénat et de la chambre des réprésentants), les trois régions (Bruxelles-Capitale, Flandre, Wallonie, qui chacune possède son gouvernement et son parlement) et les trois communautés (de langue - à savoir, le Conseil flamand, le Conseil de la communauté française, le Conseil de la communauté germanophone).

"Mettons-nous à table et discutons!" (Paul Magnette)

"Je ne donnerai pas les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral et la Belgique ne signera pas le CETA le 18 octobre."

Avec cette déclaration faite juste avant le vote, le chef du gouvernement wallon, le socialiste Paul Magnette, annonce clairement la couleur. Et la date qu'il cite du 18 octobre est celle de la réunion des ministres de l'UE à Luxembourg où le traité doit en principe être adopté par les 28 Etats membres.

Paul Magnette, en révélant avoir reçu ces derniers jours des appels téléphoniques notamment du président français François Hollande et du chef de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a cependant nuancé sa position:

"Je ne prends pas ceci comme un enterrement (du traité), mais comme une demande de rouvrir des négociations, en souhaitant qu'elle puisse être entendue par les dirigeants européens."

Le chef du gouvernement wallon, qui est attendu dans la journée à Paris, a toutefois assuré ne pas vouloir rejeter définitivement le traité:

"Mettons-nous à table et discutons!", a-t-il proposé, selon l'agence Belga.

"Vous prenez en otage la Belgique"

Pendant le débat, les adversaires du CETA se sont dits inquiets des conséquences du traité pour les agriculteurs, le droit du travail, le respect de l'environnement et les pouvoirs des multinationales.

"Vous prenez en otage la Belgique et l'Europe. Comment rester crédibles si nous empêchons les 27 autres pays d'aller de l'avant, de placer l'Europe sur l'échiquier mondial (...) Vous allez transformer la Wallonie en Cuba de l'Europe", leur a lancé Virginie Defrang-Firket, membre du Mouvement Réformateur (MR), le parti libéral de centre-droit du premier ministre fédéral belge Charles Michel. La Wallonie est dirigée par une majorité dominée par le PS francophone qui a été exclu en 2014 du gouvernement fédéral par Charles Michel et le MR, seul parti francophone de la majorité fédérale. Dans les sondages, le PS wallon est concurrencé par la poussée forte du Parti du Travail (PTB), formation de gauche radicale très opposée au CETA. Lors du dernier sondage disponible, le PTB était crédité de 16 % des intentions de vote contre 25 % au PS.

Trudeau y va de ses mises en garde

Le Premier ministre Canadien Justin Trudeau, qui recevait son homologue français Manuel Valls, avait exhorté avec véhémence la veille l'Union européenne à approuver l'accord.

"C'est le moment pour l'Europe de décider à quoi sert l'Union européenne", a déclaré Justin Trudeau. "Si on trouve, dans une semaine ou deux, que l'Europe est incapable de signer une entente progressiste, commerciale, avec un pays comme le Canada, avec qui l'Europe pense-t-elle faire affaire dans les années à venir ?", s'est-il interrogé.

(Avec AFP et Reuters)

VIDEO. Le 14 octobre, au Parlement de Wallonie, Paul Magnette refuse le CETA

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Commentaires
a écrit le 15/10/2016 à 13:08 :
Alors là je dis bravo aux Wallons.
Pourquoi dire que les Wallons bloquent alors qu'aucun peuple a été consulté?
D'après les sondages récents, les canadiens, les americains, les français, les allemands ne veulent ni du CETA ni du TAFTA.
Nos élites martèlent toujours les même arguments, ça creera des emplois, ça relancera la croissance , s'y opposer serait du repli sur soi.
Et quand nos élites ne veulent pas consulter le peuple, ce n'est pas du repli sur soi?
Quant à Justin Trudeau, même si il n'a pas tout à fait tort dans ses propos, il devrait quand même avoir en tête quand il s'adresse à l'UE que le Canada n'est pas grand chose à côté de l'UE.
a écrit le 15/10/2016 à 11:39 :
C'est vraiment un comble alors que de plus en plus d'européens se montrent sceptiques voir hostiles à ces accords internationaux (CETA TAFTA) les techno européens continuent à négocier en catimini au mépris de la volonté des citoyens et dans le seuls intérêts des lobbies industriels et en plus ils sont tellement sûrs de leur fait qu'ils culpabilisent et stigmatisent les rares élus qui ont le courage de s'opposer à leur volonté. marre de cette europe techno qui ne pense qu'aux intérêts des multinatioanle et piétine le peuple et bravo aux wallons espérons que c'est le début de la révolte des peuples européens!
a écrit le 14/10/2016 à 23:35 :
Le peuple belge a raison ,on se faire rouler dans la farine ,les multinationales américaines vont créer des filiales au canada et on va être les dindons de la farce ,attention les peuples se réveillent mais cela ne plait pas aux elites mondialistes au service du grand capital ,nous serions populiste ,mais quand on gouverne contre le peuple ....on est quoi ....des dictateurs ,des monarques absolu ,ou des corrompus!
Réponse de le 15/10/2016 à 8:10 :
Tout et dit cantalou.... faire confiance à ces monarques qui n'ont rien à faire des peuples serait une erreur de première, on voit comment avance l’Europe, alors que les peuples qui la compose attendent bien plus que des accords fait que d’intérêts privés

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