Croissance au rendez-vous, inflation en baisse : l'économie de la zone euro reprend des couleurs

Autre signe de la meilleure santé économique de l'ensemble de l'Union européenne, la création de plus de deux millions d'emplois en 2023.
Ralph Orlowski

Autre signe de la meilleure santé économique de l'ensemble de l'Union européenne, la création de plus de deux millions d'emplois en 2023.
Ralph Orlowski
Après une année 2023 en zone grise, où la stagnation a dominé, l'économie de la zone euro reprend des couleurs. Ce mercredi, la Commission européenne a confirmé sa prévision d'une croissance de 0,8% en 2024 en zone euro, assortie d'une inflation plus faible que prévu à 2,5% (contre 2,7% anticipés jusqu'ici).
« Après une large stagnation économique en 2023, la croissance meilleure que prévu au début de 2024 et la diminution continue de l'inflation ont planté le décor d'une expansion progressive de l'activité sur la période de prévision », a ainsi déclaré la Commission européenne dans un communiqué ce mercredi.
Mais le commissaire européen à l'Economie, Paolo Gentiloni, a tout de même prévenu, à l'occasion de la présentation de ces résultats : « Nos prévisions restent très incertaines alors que deux guerres continuent de faire rage non loin de chez nous » en Ukraine. Et, au Proche-Orient, « les risques de dégradation de ces prévisions se sont accrus », a-t-il ajouté.
Selon l'estimation provisoire d'Eurostat publiée en fin de matinée, au premier trimestre de 2024, le PIB a ainsi augmenté de 0,3 % dans l'UE, le chiffre étant le même dans la zone euro. « Cette croissance, qui s'appuie sur une large base dans l'ensemble des États membres, marque la fin d'une période prolongée de stagnation économique qui avait commencé au dernier trimestre de 2022 », analyse la Commission.
Selon l'exécutif européen, cette dynamique lui permet de tabler, en 2024, sur une croissance du PIB de 1,0 % dans l'UE, et 0,8 % en zone euro. Encore plus loin dans le temps, en 2025, la Commission table sur un PIB qui devrait augmenter à 1,6 % dans l'UE et à 1,4 % dans la zone euro. Pour mémoire, l'année dernière, la zone euro s'est enlisée dans la stagnation, la progression de PIB plafonnant à 0,4%.
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« La croissance de l'activité économique cette année et l'année prochaine devrait être entraînée dans une large mesure par une expansion constante de la consommation privée, la poursuite de la croissance des salaires réels et de l'emploi, soutenant une augmentation des revenus réels disponibles », interprète la Commission. Avant d'ajouter : « Toutefois, une forte propension à l'épargne freine encore en partie la consommation privée ».
Bruxelles est toutefois moins enthousiaste sur la croissance des investissements, qui semble être en perte de vitesse « à cause de la spirale négative de la construction résidentielle ». Mais ce relai de croissance essentiel des économies européennes devrait tout même profiter de l'amélioration à venir des conditions de crédit. Ce, grâce à la baisse, dans un futur proche, des taux d'intérêt directeurs de la BCE.
Par ailleurs, la Commission s'attend à un rebond des échanges qui devrait soutenir les exportations alors que l'économie mondiale fait preuve de résilience. « Cependant, étant donné la reprise de la demande intérieure dans l'UE, une augmentation des importations compensera largement la contribution positive des exportations à la croissance », précise la Commission européenne.
L'autre bonne nouvelle concerne le ralentissement plus net que prévu des prix à la consommation, avec la perspective de se rapprocher de la cible de 2% fixée par la BCE. D'après Eurostat, en zone euro, l'inflation devrait atteindre 2,4 % en avril cette année, son point le plus bas depuis deux ans.
De sorte qu'en 2024, elle devrait atteindre 2,5 % au niveau annuel (contre 5,4 % en 2023), puis 2,1 % en 2025. En élargissant cette statistique à l'UE, la Commission table sur une inflation à 2,7 % en 2024 (contre 6,4 % en 2023), puis à 2,2 % en 2025. Pour rappel, en zone euro, le dernier pic inflationniste a été enregistré en octobre 2022, à +10,6 %.
« L'inflation devrait continuer à diminuer et atteindre son objectif un peu plus tôt en 2025 » que ce qui était attendu lors des prévisions précédentes publiées le 15 février, précise aussi la Commission, dans son communiqué.
Par ailleurs, Bruxelles estime que « la désinflation devrait provenir principalement des biens hors énergie et des produits alimentaires, tandis que l'inflation énergétique progressera légèrement et que l'inflation dans les services ne diminuera que progressivement, dans un contexte de modération des pressions salariales ». Quant à l'inflation pour l'UE dans son ensemble, elle devrait suivre une trajectoire similaire, quoique légèrement plus haute.
Autre signe de la meilleure santé économique de l'ensemble de l'Union européenne, la création de plus de deux millions d'emplois en 2023, tandis que le taux d'activité et le taux d'emploi des personnes âgées de 20 à 64 ans ont atteint de nouveaux records, respectivement 80,1 % et 75,5 %, au dernier trimestre 2023.
Mais la Commission tient tout de même à nuancer son optimisme sur le front de l'emploi : « De nombreux marchés du travail dans l'UE restent tendus. En mars, le taux de chômage dans l'UE était de 6,0 %, un plancher record ». Si bien que la croissance de l'emploi dans l'UE devrait ralentir à 0,6 % cette année, avant de s'amoindrir encore à 0,4 % en 2025. Enfin, d'après Eurostat, la croissance des salaires au premier trimestre 2024 a commencé à décélérer, après un pic à 5,8 % en 2023. Cela cadre avec la poursuite attendue de la désinflation.
Quant au déficit public global de l'UE, après avoir baissé de manière significative entre 2021 et 2022, l'élan a pris fin en 2023, à en croire la Commission. Mais « cette diminution devrait reprendre en 2024 (3,0 %) et 2025 (2,9 %), portée notamment par la suppression progressive des mesures de soutien à l'énergie », espère-t-elle.
Malgré ces nouvelles économiques relativement positives, la Commission européenne reste cependant sur ses gardes en raison de l'incertitude géopolitique qui règne actuellement à différents endroits du globe. Notamment en Ukraine, où la guerre se prolonge, mais aussi à Gaza, où un conflit fait rage depuis octobre dernier, entre l'armée Israélienne et la branche armée palestinienne du parti Hamas.
« En outre, la persistance de l'inflation aux États-Unis pourrait entraîner de nouveaux reports des baisses de taux dans ce pays et au-delà, avec pour conséquence un certain resserrement des conditions de financement à l'échelle mondiale », ajoute, par ailleurs, Bruxelles.
De sorte que la diminution de l'inflation américaine pourrait être plus lente que prévu. « Ce qui pourrait pousser les grandes banques centrales de l'UE à reporter des baisses de taux, jusqu'à ce que la diminution de l'inflation dans les services se soit affermie », explique la Commission.
Avec un autre effet négatif derrière : que certains États membres « adoptent dans leurs budgets 2025 des mesures d'assainissement budgétaire supplémentaires ». Un telle démarche pourrait avoir des incidences sur la croissance économique de la zone euro l'an prochain. Enfin, Bruxelles met en garde contre « les risques liés au changement climatique », pesant de plus en plus sur les perspectives économiques globales de l'Europe.
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Après avoir connu des passes très difficiles au sortir de la pandémie de covid, certaines économies européennes semblent enfin sortir la tête de l'eau.
C'est tout particulièrement le cas du Royaume-Uni, qui est enfin sorti de la récession : son produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,6% lors des trois premiers mois de l'année, alors que les économistes tablaient sur une progression de 0,4% au premier trimestre de 2024.
En Allemagne, la croissance a aussi été meilleure que prévu également en Allemagne sur cette période, avec une progression de 0,2% du PIB au premier trimestre 2024, après un recul en fin d'année dernière et sur l'ensemble de l'année 2023. Cependant, Eurostat, lui, prédit une croissance quasi nulle cette année à +0,1%. Mais la première économie européenne pourrait retrouver le sourire l'an prochain, avec une progression de son PIB attendue à 1%.
Quant à la France, Eurostat table en 2024 sur une croissance de 0,7% en 2024, et 1,3% en 2025. Dans ce contexte, les finances publiques françaises devraient tout de même restées sous tension.