Croissance et rigueur budgétaire : les pays d’Europe du Sud prennent l’avantage

Un revirement de situation pour ces pays expliqué en partie par leur économie basée sur le tourisme.
Reuters Christian Hartmann

Un revirement de situation pour ces pays expliqué en partie par leur économie basée sur le tourisme.
Reuters Christian Hartmann
Les pays d'Europe du Sud ont chanté tout l'été et vont pouvoir continuer cet hiver. Longtemps considérés comme les cigales de l'Europe - en référence à la célèbre fable de La Fontaine - pour leur laxisme budgétaire et leur situation économique morose, l'Espagne, la Grèce et le Portugal affichent désormais des performances économiques meilleures que celles des pays du Nord.
En Espagne, le gouvernement a enregistré une croissance de 2,7% l'année dernière, selon les données provisoires d'Eurostat. Au Portugal, la croissance a atteint 2,5% en 2023, et 2% en Grèce. C'est largement au-dessus des 0,4% de la zone euro, qui a tout juste évité la récession.
De quoi faire blêmir les pays du Nord. La France est aux prises avec un déficit budgétaire qui a atteint 5,5% du PIB en 2023, et qui est désormais attendu au-delà des 6% cette année. A tel point que Paris s'est fait épingler par Bruxelles pour être sorti des clous des 3% fixés par le Pacte de stabilité et de croissance (PSC). Outre-Rhin, l'Allemagne, longtemps considérée comme l'un des moteurs de l'Europe, voit sa croissance ralentir dangereusement.
Après une contraction de son PIB de 0,3% en 2023, Berlin prévoit désormais pour cette année une baisse de 0,2%. Des difficultés dues en grande partie à l'augmentation du coût de l'énergie qui a fortement impacté le secteur industriel allemand ainsi qu'à une baisse de ses exportations après la crise sanitaire mondiale.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Le revirement en Europe du Sud s'explique en partie par leur économie, très largement fondée sur le tourisme. Après avoir subi le départ des touristes durant la crise du Covid, le secteur a bien profité de la reprise. Rien qu'en Espagne, 21,8 millions de touristes se sont rendus dans le pays cet été (+7,3% par rapport à 2023), un record. Le tourisme pèserait ainsi cette année un peu plus de 13% du PIB espagnol.
Le Portugal n'est pas en reste, avec 26,5 millions de visiteurs l'année dernière. La Grèce a accueilli 32,7 millions de touristes. Également un record.
Outre le tourisme, ces pays ont pu profiter du plan de relance européen post-covid, baptisé « NextGenerationEU », sous forme de prêts et de subventions. « Une aide précieuse pour soutenir la croissance avec des plans d'investissement d'une taille significative », précise Andreas Eisl. Et c'est l'Espagne qui en a le plus profité avec des subventions atteignant 79,85 milliards d'euros.
D'après Jérôme Creel, économiste à l'OFCE, ce rattrapage de croissance était surtout attendu pour ces pays en plein marasme économique après 2008. « La Grèce se remet d'une crise profonde et récupère désormais de la croissance perdue », note-t-il. Pour rappel, Athènes a fait face à une crise de sa dette publique, menaçant de s'étendre à toute l'Europe. Le pays a alors bénéficié de plans d'aide de la part de l'UE dès 2011, à condition de mettre en place un douloureux plan d'austérité.
« Le Portugal a subi la même crise que la Grèce, d'une ampleur un peu moindre », complète l'économiste. Un plan d'aide avait également été accordé au pays en 2011.
Résultat, ces pays ont été obligés d'assainir leurs dépenses publiques ces dernières années. Ce qui leur a notamment permis d'aborder la crise du Covid avec une meilleure situation budgétaire. « Le Portugal a mené sa stratégie de résorption de ses déficits publics plus tôt que la France, et se retrouve aujourd'hui dans une situation plus confortable pour financer sa dette à des taux peu prohibitifs », explique Jérôme Creel. Le pays a même dégagé un excédent en 2023 de l'ordre de 1,2% de son PIB. La Grèce enregistre, elle, un déficit de 1,6%.
De son côté, l'Espagne a également bénéficié d'un plan d'aide l'UE, notamment pour soutenir son secteur bancaire fragilisé après la crise de 2008 et la crise de la dette souveraine dans la zone euro. Plusieurs plans d'austérité ont ensuite été mis en place. En 2023, son déficit budgétaire s'est établi à 3,7% de son PIB, quasiment deux points de moins que celui de la France.
Si la situation semble favorable, le plus dur sera de garder cet élan à l'avenir. « Le tourisme ne fait pas forcément partie des secteurs qui apportent de la croissance sur le long terme », avertit Andreas Eisl. Ainsi, au Portugal, la croissance devrait légèrement ralentir en 2024, aux alentours de 1,2%.
Les mesures d'austérité imposées ont également laissé de lourdes cicatrices sur les économies. « Ces pays bénéficient du résultat de leurs efforts, mais ils ont été coûteux », pointe Jérôme Creel. En Grèce, les conséquences sociales ont été dramatiques. En 2023, le taux de risque de pauvreté et d'exclusion sociale atteint encore 26,3% de la population, d'après Statista, et le taux de chômage reste supérieur à 10%.
À lire également
Par ailleurs, même si la croissance est au beau fixe dans le sud, en termes de PIB par habitant, qui permet de mieux refléter le niveau de richesse d'un pays, la France et l'Allemagne restent toujours mieux lotis.