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ÉconomieUnion européenne

Déjà en berne, les exportations allemandes souffrent de la faiblesse de l'économie européenne

latribune.fr

Publié le 04 décembre 2023 à 13:32 - Mis à jour le 04 décembre 2023 à 14:28

Ce recul mensuel des exportations s'explique par un net tassement des flux vers les pays de l'UE.

Ce recul mensuel des exportations s'explique par un net tassement des flux vers les pays de l'UE.

CATHRIN MUELLER

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Les chiffres officiels attestent d'un net tassement des exportations allemandes vers le Vieux Continent tirant à la baisse le niveau général : -0,2%. Un recul qui s'ajoute à celui des exportations chinoises alors que l'industrie outre-Rhin souffre déjà de la flambée des prix de l'énergie et de l'augmentation des taux d'intérêts dans la zone euro. De quoi renforcer le risque de récession qui plane déjà sur l'Allemagne depuis plusieurs mois.

Nouveau signal négatif pour l'Allemagne. Jadis meilleur élève de la zone euro, le pays voit son économie en grande difficulté, notamment en raison de la baisse de ses exportations. Et pour cause, s'il souffrait déjà d'une baisse de la demande provenant de Chine, il se voit également pénalisé par l'essoufflement, y compris en Europe.

C'est ce dont témoignent les chiffres officiels publiés ce lundi par l'Office des statistiques Destatis. Les statistiques font en effet état d'un net tassement des flux vers les pays de l'UE, de 2,7% en octobre. Le recul atteint 1,9% avec la zone euro (les vingt pays à avoir adopté la monnaie unique), tant côté exportations qu'importations.

Baisse générale des exportations

Or, cette faiblesse de l'économie sur le Vieux Continent pèse sur le niveau général des exportations de l'Allemagne. Ainsi, elles ont baissé de 0,2% en octobre sur un mois. Au total, le pays a exporté en septembre pour 126,4 milliards d'euros, en données corrigées des variations saisonnières (CVS).

D'autant que ces résultats sont moins bien qu'attendus par un panel d'analystes sondés par Factset, qui prévoyait un rebond de 1% des exportations sur un mois. Néanmoins, les importations ayant, de leur côté baissé plus sensiblement, de 1,2% par rapport à septembre, il ressort une balance commerciale en amélioration sur un mois, à 17,8 milliards d'euros.

La Chine diminue ses exportations

De son côté, la Chine, faute d'une demande suffisante de la part de sa population, voit ses exportations diminuer sans cesse. Elles accusaient, en effet, un recul considérable de 6,4% sur un an en octobre, selon des chiffres publiés par les Douanes du pays le 7 novembre dernier. Et l'Allemagne n'échappe pas à ce phénomène : en juin dernier, ses exportations vers la Chine avaient ainsi chuté de 5,9% avant de remonter légèrement de 1,2% en juillet et en août.

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« Les frictions sur la chaîne d'approvisionnement, une économie mondiale plus fragmentée et la capacité croissante de la Chine à produire des biens qu'elle achetait auparavant à l'Allemagne sont autant de facteurs qui pèsent sur le secteur des exportations allemandes »,explique, ainsi, Carsten Brzeski, analyste pour ING.

D'autant que « le développement économique en Chine et les nouveaux conflits commerciaux émergents entre l'UE et la Chine dans le domaine des véhicules électriques [en raison de l'enquête ouverte par l'UE sur de potentielles subventions illégales accordées par la Chine à ses constructeurs, ndlr] constituent une menace pour l'économie allemande orientée vers l'exportation », comme le soulignait, fin septembre, l'économiste Olivier Holtemöller.

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Point positif néanmoins : le reste du monde a absorbé davantage (+2,9%) de produits made in Germany en octobre, avec notamment un bond de 5,7% en direction des Etats-Unis, confortant leur place de premier client de l'Allemagne.

Le moteur de l'Europe en difficulté

Pas de quoi pour autant soutenir l'économie allemande, dont le modèle reposant sur une forte industrie exportatrice, a été frappée par deux chocs intenses : d'une part, la flambée des prix de l'énergie dans le sillage de la guerre en Ukraine et, d'autre part, la montée rapide des taux d'intérêt en zone euro.

Pour rappel, l'institution monétaire a mené un resserrement monétaire sans précédent entre juillet 2022 et septembre 2023 pour tenter de faire redescendre une inflation qui dépassait les 10% en octobre 2022 au sein de la zone euro. Après de multiples hausses successives, les taux directeurs ont été portés à leur plus haut historique. Et si l'institution monétaire a décidé de ne pas recourir à une nouveau relèvement lors de sa dernière réunion d'octobre, le principal taux directeur rémunérant les dépôts, référence pour le crédit en zone euro, demeure à 4%.

Et pour cause, si l'inflation connaît un net ralentissement - elle atteignait 2,4% en novembre sur un mois, son plus bas depuis juillet 2021 - elle demeure supérieure à l'objectif fixé par la BCE, à savoir 2%. Celle-ci pourrait donc maintenir les taux à ce niveau élevé encore un certain temps, pensant ainsi sur la croissance des Etats membres... dont l'Allemagne.

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Conséquence, le pays - le seul du G7 - devrait voir son activité se contracter cette année et donc entrer en récession. Le Fonds monétaire international (FMI) estime, en effet, que Berlin va voir son produit intérieur brut (PIB) se replier de 0,5% en 2023, une prévision plus pessimiste que la précédente (-0,3% en juillet). Les principaux instituts économiques allemands voient même le recul du PIB atteindre -0,6% cette année.

De son côté, le gouvernement allemand 

table sur une baisse de -0,4% de sa croissance en 2023, selon ses dernières prévisions révélées le 11 octobre. Mais il prévoit une stagnation de l'économie pour le troisième trimestre de l'année.

Des perspectives toujours moroses

Et 2024 ne s'annonce guère meilleure, avec une croissance économique allemande attendue à 0,6%, en raison de la faiblesse des exportations, contre 0,9% pour la zone euro, selon les prévisions économiques publiées fin novembre par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

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Outre la faiblesse démographique et un retard d'investissements, l'Allemagne est désormais exposée à « deux nouveaux facteurs de risques : l'austérité budgétaire et l'incertitude politique », après la récente décision de la Cour constitutionnelle allemande qui a annulé 60 milliards de dépenses mal budgétées, relève Carsten Brzeski, chez ING. En ajoutant à cela les effets du resserrement monétaire de la Banque centrale européenne, le lent déstockage dans les entreprises et les nouvelles incertitudes géopolitiques, « il est difficile d'imaginer que la stagnation économique de l'Allemagne prenne fin de sitôt », conclut l'économiste.

(Avec AFP)

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