L'Allemagne approuve le troisième plan d'aide à la Grèce

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Dans le camp conservateur de la chancelière Angela Merkel, 60 députés avaient dit non aux négociations sur un troisième plan d'aide à la Grèce.
Dans le camp conservateur de la chancelière Angela Merkel, 60 députés avaient dit non aux négociations sur un troisième plan d'aide à la Grèce. (Crédits : Reuters Axel Schmidt)
Le Parlement allemand a largement voté en faveur du plan d'aide d'un montant de 86 milliards accordé à la Grèce, déjà validé par l'Eurogroupe la semaine dernière. 454 députés sur les 585 élus du Bundestag présents ont voté pour, 113 contre et 18 se sont abstenus, selon les résultats officiels.

| Publié à 7h31, mis à jour à 12h27.

Pour la seconde fois cet été, les 631 élus du Bundestag, actuellement en vacances, ont été convoqués pour une nouvelle session extraordinaire ce mercredi 19 août. Il y a un peu plus d'un mois, le 17 juillet, ils avaient donné leur feu vert aux négociations pour que la Grèce obtienne un nouveau plan d'aide, le troisième en cinq ans, d'un montant de 86 milliards d'euros sur trois ans.

Ce mercredi matin, 454 députés sur les 585 élus du Bundestag présents ont finalement voté pour, 113 contre et 18 se sont abstenus, selon les résultats officiels.

Une partie de l'opposition approuve

Le oui de la chambre basse du Parlement allemand ne faisait aucun doute, car la "grande coalition" gouvernementale réunissant les sociaux-démocrates (SPD) et les Unions chrétiennes (CDU d'Angela Merkel et son alliée bavaroise CSU) dispose avec 504 sièges sur 631 d'une majorité au Parlement. Une partie de l'opposition approuve également cette nouvelle aide accordée à Athènes.

Du côté du SPD, l'affaire était entendue. Le chef du groupe parlementaire Thomas Oppermann a estimé mardi soir qu'on avait "cette fois-ci un meilleur programme". Les différends au sein du parti social-démocrate allemand ont pourtant chamboulé le parti de Sigmar Gabriel, également ministre de l'Economie ces dernières semaines.

Merkel désavouée par une partie de plus en plus importante de son camp

Mais c'est dans le camp des conservateurs que la grogne a pris de l'ampleur depuis plusieurs semaines, et ce malgré les nouveaux sacrifices demandés à Athènes. Pour rappel, le 17 juillet, seulement 60 des 311 députés CDU-CSU avaient dit non, soit deux fois moins que ce mercredi. Ils étaient seulement 29 lors du vote de février sur l'allongement des programmes d'aide à Athènes.

Avant le vote, le secrétaire général de la CDU, Peter Tauber avait prévenu : voter contre le texte "reviendrait à poignarder dans le dos la chancelière", dont 60% des Allemands se disent satisfaits.

Le chef du groupe parlementaire CDU-CSU, Volker Kauder, n'a pas non plus ménagé ses efforts. "Ceux qui ont voté non (le 17 juillet) ne peuvent pas rester dans les commissions où il faut maintenir une majorité, c'est-à-dire celle du Budget ou celle des Affaires européennes", a-t-il mis en garde. Il en faudra davantage pour impressionner les plus récalcitrants. Klaus-Peter Willsch, député CDU, partisan du "non", estime  que les menaces de Volker Kauder ne changeront rien :

"Les 60 qui ont voté non il y a trois semaines se sont aussi engagés face à leurs électeurs. Rien n'a vraiment changé en Grèce. Celui qui modifie maintenant sa position dit aussi aux citoyens de sa circonscription: je plie devant la direction" du parti, expliquait-il récemment dans le magazine Der Spiegel.

L'Allemagne ne fait plus confiance aux Grecs

Les partisans du non, les "Abweichler" (déviationnistes) comme les surnomme la presse, surfent sur une opinion publique largement convaincue d'avoir déjà trop payé pour la Grèce.

Selon un sondage de l'Institut Infratest Dimap paru juste avant le vote du 17 juillet, 49% des personnes interrogées considéraient que le Bundestag ne devait pas approuver les nouvelles négociations sur le troisième paquet d'aide (contre 46% pour un vote favorable). Dans un autre sondage de l'institut Forsa pour le journal Handelsblatt, 57% se prononcent contre ce troisième plan d'aide, et 84% estiment que la Grèce ne mettra pas en oeuvre les réformes exigées par les créanciers.

Mardi soir, la chancelière semblait pouvoir contenir la grogne de ses troupes : un vote blanc n'a donné que 56 non.

Dompter la rébellion s'avère pour Merkel et la direction du parti conservateur d'autant plus difficile que la position du FMI complique son travail.

Allègement de la dette, le FMI persiste, et signe

Le Fonds monétaire international s'est en effet laissé jusqu'à octobre pour décider de sa participation au plan d'aide, conditionnée à une réduction de la colossale dette grecque jugée "insoutenable".

Les Allemands s'opposent catégoriquement à cette exigence tout en souhaitant pouvoir compter sur le FMI qu'ils considèrent, du fait de son indépendance et de sa rigueur, comme une assurance de voir remboursés les prêts accordés à la Grèce.

"Je suis tout à fait sûr que le FMI va prendre part à ce programme", a fait savoir Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand en début de semaine.

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 19/08/2015 à 15:17 :
@Mobius le 19/08/2015 à 13:55
Excellente remarque !
Ce sont en effet des prêts mais dans la passé, des prêts se sont transformés en "aides" car il y a eu effacement d'une partie de la dette. Si en novembre 2015, on revoit à la baisse les taux d'intérêts des prêts existants (ce qui est fort possible car cela permettrait à tout le monde de sauver la face), une partie des prêts pourra être considérée comme une aide.
Cordialement
Réponse de le 21/08/2015 à 9:25 :
Merci beaucoup pour cette réponse!
Donc de fait, nous n'avons encore rien "donné" à la Grèce.
Est-ce que l'opinion allemande, dont une grande partie semble contre ce plan "d'aides", est bien consciente que ces plans ne coûteront de l'argent aux contribuables que si la spirale du surendettement empêche la Grèce de rembourser?

Finalement, on s'aperçoit rétrospectivement qu'il aurait peut-être été plus simple que la ZE paie dès le début la dette Grecque (sans doute une goutte d'eau à l'échelle des pays de la ZE) en imposant l'équilibre budgétaire une fois revenu à dette zéro : pas de spirale d'endettement, pas un appauvrissement aussi massif de la Grèce (qui aurait continué d'importer des produits allemands...). Mais j'en conviens, il y a "l'aléa moral" à considérer...
a écrit le 19/08/2015 à 11:28 :
Les Allemands ne sont pas dupes. Il savent tres bien que tous ce paquets d´aides ne servent à rien. Le premier, le second n ont eu aucun effet et avec ce 3 eme rien ne changera. Angela Merkel ne veut en aucun cas reconnaitre qu elle a fait une lourde erreur en supportant les 2 premiers paquets. Elle ne peut plus et ne veut plus faire marche arriere, coûte que coûte pour les contribuables qui vont payer une grosse part de l addition. On se reverra aux prochaines élections dans 18 mois !
Attendons le resultat du vote d aujourd hui !
Réponse de le 19/08/2015 à 12:30 :
@papa fox
En effet, les 2 et 3ème plans d'aide n'ont pas eu beaucoup d'effet. En revanche, le plan actuel (dans la version adoptée par les négociateurs) est précis et très contraignant et fera l'objet d'un suivi régulier par les institutions. Il y a des actions précises (certaines prioritaires) avec des dates. C'est encore plus jouable si en novembre 2015, ils se mettent d'accord pour décaler et réduire le fardeau de la dette durant les trois prochaines années.
Ceci étant écrit, la situation politique en Grèce est assez déconcertante, ce qui n'est pas très favorable pour ramener la confiance et faire les réformes nécessaires au niveau de la gouvernance qui est essentielle pour la réussite. Exemple: si les gens paient en liquide et que la TVA n'est pas déclarée, cela ne marchera pas.
A noter qu'au niveau de la ZE, l'addition supplémentaire n'est pas très lourde. .
Cordialement
Réponse de le 19/08/2015 à 13:55 :
Concrètement qu'est-ce que les citoyens de la zone euro paie? Les "aides" ne sont-elles pas que des prêts?

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