« La construction européenne pourrait s’étendre sur deux siècles » (Thierry de Montbrial)

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Pour le président de l'Ifri, les pays membres de l'UE doivent continuer à travailler ensemble pour ne pas devenir des pays vassalisés, des sortes de colonies, autrement dit des objets et non plus des sujets de l'histoire.
Pour le président de l'Ifri, les pays membres de l'UE doivent continuer à travailler ensemble pour ne pas devenir "des pays vassalisés, des sortes de colonies, autrement dit des objets et non plus des sujets de l'histoire". (Crédits : Christophe Peus)
INTERVIEW. Thierry de Montbrial est président de l’Institut français des relations internationales (Ifri) qu’il a créé et qui fête cette année ses 40 ans d’activité. A la veille des élections européennes, il fait le point sur les difficultés que rencontre la construction européenne en la remettant dans un contexte international dominé par la compétition entre les Etats-Unis et la Chine.

LA TRIBUNE - Les élections européennes vont se tenir ce dimanche. Comment analysez-vous le projet européen face à la montée des populismes ?

THIERRY DE MONTBRIAL - Je n'ai jamais douté que la construction européenne était un processus qui pourrait peut-être s'étendre sur deux siècles. La mise en place d'une véritable politique étrangère et de défense commune nécessitera des décennies. On ne devrait pas s'en étonner quand on sait le temps qu'il a fallu pour que les Etats-nations se constituent. En revanche, je n'ai jamais été convaincu par le projet fédéraliste, qui ne me paraît pas réaliste. J'ai eu la chance de connaître Jean Monnet, considéré comme l'un des pères fondateurs de l'Union européenne. Ce n'était pas un intellectuel, il était extrêmement pragmatique. Il élaborait des projets concrets, et pensait que c'est en faisant travailler ensemble plusieurs acteurs que l'on peut faire émerger un intérêt commun.

Son raisonnement était très juste, et reste d'actualité. Dans la reconstruction de l'immédiat après-guerre, il a réussi à faire travailler Allemands et Français avec la communauté du charbon et de l'acier. Aujourd'hui, c'est plus difficile en raison du nombre de pays et des problèmes plus complexes comme celui posé par l'immigration. Mais l'idée fondamentale reste bonne. La plupart des grands problèmes qui se posent aujourd'hui ne peuvent pas être résolus au niveau des Etats. Il est nécessaire d'élargir le cadre, même pour de grands Etats comme la Chine, les Etats-Unis ou la Russie qui croient à tort pouvoir résoudre les problèmes tout seul. L'idée qu'il est préférable de résoudre des problèmes ensemble plutôt que chacun dans son coin est essentielle.

Quand vous voyez les positions prises par Emmanuel Macron, notamment lors de
son discours de la Sorbonne sur l'Europe, et le relatif désintérêt des enjeux
européens dans la campagne électorale en cours, que pensez-vous ?

Emmanuel Macron a été élu président à 39 ans. Il a vécu une expérience peu commune. Il appartient à une catégorie d'hommes politiques qui ont une dimension intellectuelle. Même s'il ne faut pas exagérer sa proximité avec le philosophe Paul Ricoeur, il en a reçu l'influence. Or Ricoeur invite à rechercher l'identité d'une personne en s'interrogeant sur sa « mise en intrigue », à travers notamment de récits, de formulations. Le discours d'Emmanuel Macron à la Sorbonne en fait partie. Le problème est qu'il a dû composer avec certaines réalités. Angela Merkel, comme Margaret Thatcher, est une dirigeante très concrète.

Et puis il y a les aléas comme des élections dans les pays voisins qui peuvent changer la donne. Les Allemands ont toujours eu une conscience aigüe de leurs propres...

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Commentaires
a écrit le 26/05/2019 à 2:37 :
Aucuns regrets de m'en etre barre.
Attendre deux siecles ? Ca va pas non.
a écrit le 24/05/2019 à 17:52 :
Deux siècles égalent trois générations a endoctriné pour suivre le dogme initial!
Sans savoir si cela sera adapté aux circonstances!
Mais le dogme ne sert que les intérêts de court terme ce qui est inadaptable sans de nouvelles réformes!
a écrit le 24/05/2019 à 13:18 :
" en la remettant dans un contexte international dominé par la compétition entre les Etats-Unis et la Chine"

Sauf que au début de la construction du consortium financier européen, un vocabulaire plus précis et plus juste ne serait pas du luxe hein, la Chine s'était que dalle et depuis le début de cette construction nous nous sommes faits dépasser par tout le monde.

Dans deux siècles il restera quoi ?

N'importe quoi et particulièrement désespérant, cette croyance européiste qui nous a mené au nazisme en 36 est en train d'anéantir 500 millions de citoyens.

Quand est-ce que l'on vire enfin tout ces curés néolibéraux qui n'ont que misère à apporter ?

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