« La construction européenne pourrait s’étendre sur deux siècles » (Thierry de Montbrial)
Philippe Mabille et Robert Jules
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Thierry de Montbrial, président de l'IFRI photo Christophe Peus
Christophe Peus
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Christophe Peus
LA TRIBUNE - Les élections européennes vont se tenir ce dimanche. Comment analysez-vous le projet européen face à la montée des populismes ?
THIERRY DE MONTBRIAL - Je n'ai jamais douté que la construction européenne était un processus qui pourrait peut-être s'étendre sur deux siècles. La mise en place d'une véritable politique étrangère et de défense commune nécessitera des décennies. On ne devrait pas s'en étonner quand on sait le temps qu'il a fallu pour que les Etats-nations se constituent. En revanche, je n'ai jamais été convaincu par le projet fédéraliste, qui ne me paraît pas réaliste. J'ai eu la chance de connaître Jean Monnet, considéré comme l'un des pères fondateurs de l'Union européenne. Ce n'était pas un intellectuel, il était extrêmement pragmatique. Il élaborait des projets concrets, et pensait que c'est en faisant travailler ensemble plusieurs acteurs que l'on peut faire émerger un intérêt commun.
Son raisonnement était très juste, et reste d'actualité. Dans la reconstruction de l'immédiat après-guerre, il a réussi à faire travailler Allemands et Français avec la communauté du charbon et de l'acier. Aujourd'hui, c'est plus difficile en raison du nombre de pays et des problèmes plus complexes comme celui posé par l'immigration. Mais l'idée fondamentale reste bonne. La plupart des grands problèmes qui se posent aujourd'hui ne peuvent pas être résolus au niveau des Etats. Il est nécessaire d'élargir le cadre, même pour de grands Etats comme la Chine, les Etats-Unis ou la Russie qui croient à tort pouvoir résoudre les problèmes tout seul. L'idée qu'il est préférable de résoudre des problèmes ensemble plutôt que chacun dans son coin est essentielle.
Quand vous voyez les positions prises par Emmanuel Macron, notamment lors de
son discours de la Sorbonne sur l'Europe, et le relatif désintérêt des enjeux
européens dans la campagne électorale en cours, que pensez-vous ?
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Philippe Mabille et Robert Jules