Le pays de Galles, petit poucet en football et en économie

Les Gallois jouent mercredi 6 juillet contre le Portugal en demi-finale de l'Euro 2016. Une surprise pour cette région qui est une des plus pauvres du Royaume-Uni et qui a beaucoup souffert des politiques récentes de Londres.

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Le Pays de Galles voudrait bien être aussi une surprise en économie.
Le Pays de Galles voudrait bien être aussi une surprise en économie. (Crédits : CHARLES PLATIAU)

Malgré les piètres performances de l'équipe nationale anglaise, le football est un sport anglais. Les règles du jeu ont été établies en Angleterre dans les années 1860 et ce fait a donné naissance à une particularité partagée cependant avec d'autres sports de même origine, comme le Rugby : il n'y a pas d'équipe du Royaume-Uni. Le premier match « international » de l'histoire de football est ainsi celle qui a opposé l'Angleterre à l'Ecosse en 1872. Ce privilège britannique - qui a de quoi faire enrager Catalans, Basques ou Bavarois - a perduré jusqu'à nos jours et a permis au Royaume-Uni d'aligner trois équipes « nationales » sur quatre lors de l'Euro 2016, dont une, le Pays de Galles jouera mercredi 6 juillet la demi-finale contre le Portugal.

Indépendance lointaine

L'indépendance du Pays de Galles est pourtant bien lointaine. C'est en 1282 qu'a été tué et vaincu par le roi d'Angleterre Edouard I le dernier prince indépendant gallois, Llywelyn ap Gruffydd. Pour bien marquer l'annexion de la région, le fils d'Edouard I est devenu « Prince de Galles », titre que portent depuis les successeurs putatifs au trône d'Angleterre. En 1535, Henri VIII, roi pourtant d'origine galloise promulgue le Laws in Wales Act et engage une anglicisation forcée du pays de Galles. La langue galloise, langue celte des Bretons repoussés au 5e siècle par les Anglo-Saxons et en ceci apparentée au Breton d'Armorique, a fortement reculé, mais n'a pourtant jamais disparu, résistant particulièrement dans les régions occidentales. Dans les années 1960, une renaissance culturelle a vu le jour, portée par le « Parti du Pays de Galles », le Plaid Cymru. En 1997, le Pays de Galles a connu une « dévolution » avec la création de son parlement et d'un gouvernement. Leurs pouvoirs sont cependant moins larges que ceux du parlement écossais ou nord-irlandais.

La plus « anglaise » des « nations » ?

Le Pays de Galles est donc la plus « anglaise » des quatre nations britanniques. Cette particularité se retrouve dans le niveau de vote pour le Plaid Cymru lors des élections régionales de mai dernier (20,8 % contre 41,7 % pour les nationalistes écossais du SNP) qui, malgré une progression, n'a pas réussi, comme en Ecosse, à remplacer les Travaillistes. Elle se retrouve aussi dans le vote gallois sur le référendum du 23 juin : le Pays de Galles a voté en faveur du Brexit à 52,5 %, comme l'Angleterre, et à la différence de l'Ecosse et de l'Irlande du Nord. Mais le pays de Galles n'en a pas moins une forte personnalité, marquée à l'ouest par le maintien de l'identité celte, et au sud par une vieille culture ouvrière issue de l'industrie sidérurgique qui a longtemps été la force de la région. Le sport, surtout le rugby, n'est pas pour rien dans le maintien de cette identité et la jubilation des footballeurs gallois lors de la défaite anglaise contre l'Islande permet de juger de cette volonté de différenciation.

Région pauvre

Aujourd'hui, l'économie galloise est une des plus fragiles du Royaume-Uni. La valeur ajoutée brute (VAB, en anglais GVA) par habitant de la région - donnée utilisée par les statistiques britanniques (ONS) - est la plus faible du Royaume-Uni à 17.573 livres, très loin des 42.666 livres du Grand Londres. La moyenne britannique se situe à 24.616 livres, soit 29,6 % de plus. Avec 5 % de la population britannique, le Pays de Galles ne produit que 3,4 % de l'économie nationale. En termes de revenus disponibles, les Gallois dépassent certes les Nord-Irlandais avec 15.302 livres par personne. Mais c'est encore 15 % de moins que la moyenne britannique. Quant au taux de pauvreté, il est de 23 % et est dépassé seulement par Londres avec 27 % de la population.

Structure économique différente

En réalité, la région ne s'est donc jamais vraiment remise de l'effondrement de l'économie sidérurgique qui avait fait sa richesse pendant un siècle et demi. La structure économique du Pays de Galles est assez différente du reste du Royaume-Uni, avec un nombre d'emplois faible dans la finance (17 % contre 26 % en moyenne) et une plus forte proportion d'emplois publics (31 % contre 25 % pour la moyenne britannique). L'industrie est un peu plus présente avec 24 % contre 21 %. La région est clairement coupée en deux zones : Cardiff et sa banlieue et le reste de la région. Autour de la capitale, l'économie est assez dynamique, tirée par les services financiers et l'immobilier. Ailleurs, les industries déclinantes ou l'agriculture et le tourisme dominent. Globalement, beaucoup de régions du pays de Galles ont souffert des politiques d'austérité et de la crise financière, à l'image des régions industrielles du nord de l'Angleterre. C'est notamment le cas de l'île d'Anglesey, à l'extrême ouest du pays de Galles, qui est la région la moins productive du Royaume-Uni. Les Gallois ont donc particulièrement souffert de la modération salariale et du désengagement de l'Etat.

Les raisons du « non » à l'UE

Politiquement, c'est une des raisons du vote en faveur du Brexit des Gallois, même si deux régions, le Gwynedd et le Ceredigion, deux zones de locuteurs gallois importants, ont voté en faveur de l'UE qui, comme en Irlande du Nord ou en Ecosse, est perçue comme une « défense » contre le pouvoir de Westminster. A Cardiff, le vote « Remain » a aussi été dominant, reflet d'une certaine prospérité. Mais ailleurs, le dédain anglais envers les Gallois et le relatif abandon de la région par les autorités centrales ont conduit à un net vote Brexit. Alors même que le Labour, dominant dans ces régions, avait appelé au maintien dans l'UE. C'est le rejet typique des électeurs travaillistes traditionnels de l'UE des zones désindustrialisés que l'on remarque aussi, par exemple, dans le nord de l'Angleterre. Si le Plaid Cymru a appelé comme le SNP à un nouveau référendum sur l'indépendance, il a peu de chance d'être entendu, car ici, à la différence de l'Ecosse, on n'a pas voté « Remain » contre l'Angleterre.

Le Pays de Galles réfléchit actuellement à une nouvelle constitution régionale qui devrait conduire à une nouvelle dévolution. Reste à savoir si cette nouvelle étape vers l'autonomie sera suffisante pour dynamiser une région qui en a besoin et qui va devoir faire face au ralentissement économique post-Brexit.

C'est dire si la demi-finale du 6 juillet opposera deux pays qui auront besoin de la victoire pour oublier leurs maux économiques. Mais si les Portugais sont des amateurs acharnés de football, une victoire galloise serait la revanche d'une région souvent oubliée du Royaume-Uni sur sa « métropole anglaise », une fierté qui n'est offerte par l'UEFA qu'aux « nations » britanniques...

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