Elections allemandes : le casse-tête d'une coalition inéluctable

Selon les derniers sondages, le SPD devance de quelques points la CDU-CSU, suivie des Verts et des libéraux du FDP. Le résultat des élections législatives dimanche devrait confirmer l'éclatement de la scène politique allemande, rendant nécessaire la constitution d'une coalition, avec à la clé de longues tractations. Décryptage.
Robert Jules

4 mn

Préparation des élections fédérales à Berlin.
Préparation des élections fédérales à Berlin. (Crédits : Reuters)

A  un jour du scrutin des élections législatives en Allemagne, l'indécision domine. Si une quarantaine de partis doivent s'affronter, seulement cinq sont susceptibles d'être partie prenante d'une probable négociation sur un contrat de gouvernement, après les 16 années de pouvoir d'Angela Merkel.

Les modalités du vote sont aux antipodes de celles de la France. "Chaque électrice ou électeur émet deux votes. D'abord, elle ou il émet un vote pour une personne candidate de sa circonscription. La personne candidate ayant la majorité des voix est automatiquement élue au Bundestag. C'est donc un scrutin majoritaire propre à chaque circonscription. Ensuite, elle ou il émet un vote pour un parti. Ce parti peut être différent de celui de la personne pour laquelle elle ou il a voté au scrutin de la circonscription. A l'échelle nationale, c'est un scrutin proportionnel", explique Eric Dor, directeur des études économiques, à l'IESEG School of Management de Lille, dans un note d'analyse des programmes économiques des principaux partis.

Un projet d'union bancaire européenne à 27

Selon les derniers sondages, le Parti social-démocrate (SPD) d'Olaf Scholz est en tête, avec environ 25% des intentions de vote, suivi par l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Armin Laschet et ses alliés bavarois de la CSU, qui se situent autour de 21%. Olaf Scholz, actuel ministre des Finances, qui occupe aussi le poste de vice-chancelier dans la "grande coalition" CDU-SPD aujourd'hui au pouvoir, a indiqué que s'il arrivait en tête, il préférerait une alliance à gauche avec les Verts, qui se placent troisièmes dans les sondages, autour de 16%. Cette coalition marquerait une rupture majeure pour l'Allemagne comme sans doute pour l'Union européenne. Par exemple, le dirigeant social-démocrate est favorable à la création d'une union bancaire entre les Vingt-Sept.

Dans un Bundestag qui s'annonce une nouvelle fois très fragmenté, le SPD et les Verts ne devraient pas pour autant disposer d'une majorité. Ils devront s'allier avec un troisième partenaire, ce qui serait une situation inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et  rend plus complexes les négociations pour trouver un accord de gouvernement.

Alliance de gauche avec les libéraux

Si les conservateurs ont brandi dans les derniers jours de la campagne la menace d'une coalition "rouge" avec Die Linke, qui n'est crédité que de 5% dans les sondages, seuil minimal pour avoir des élus au Bundestag, SPD et Verts pourraient se tourner vers les libéraux du FDP, qui retrouvent les faveurs des électeurs en recueillant autour de 11% dans les sondages, et assurés d'être présents au parlement.

Mais leur programme économique est très éloigné de celui du SPD et des Verts. En matière fiscale, les sociaux-démocrates entendent relever l'imposition sur les ménages les plus aisés, le FDP veut les baisser. De même, ce dernier est opposé à l'augmentation du salaire horaire minimum, que le SPD et les Verts prévoient d'augmenter de 9,60 euros à 12 euros.

Quant à la fiscalité des entreprises, le FDP veut réduire le taux de taxation de leurs bénéfices à 25%, et "autoriser la dépréciation en deux ans pour les investissements privés dans le numérique et la protection du climat", là où, au contraire, les Verts veulent "instaurer une taxe numérique nationale", note Eric Dor.

En matière d'investissements publics, les écologistes veulent un supplément annuel de 50 milliards d'investissements publics pendant 10 ans, le SPD veut construire 100.000 logements sociaux publics, tandis que les libéraux veulent consacrer les investissements publics à la numérisation de l'enseignement et de l'administration, l'Allemagne accusant un retard en la matière par rapport à d'autres pays européens.

La dette reste un tabou

Quant au mécanisme constitutionnel du "frein à l'endettement" qui limite le déficit public fédéral structurel à 0,35% du PIB, si aucun parti ne le remet en cause, seuls les Verts veulent l'alléger à l'endettement "pour permettre des investissements publics jusqu'à une limite prédéterminée".

Le FDP est notamment opposé au projet du SPD et des Verts d'accélérer la transition écologique et la numérisation de l'économie grâce à des investissements financés par l'émission de dette, un tabou pour une partie des Allemands. Les libéraux divergent aussi sur les émissions de CO2, préférant un marché de quotas de CO2 à une taxe carbone que préconisent les écologistes et les sociaux-démocrates. Ces fortes divergences rendent à ce stade problématique une coalition de gauche avec le FDP.

Malgré la campagne en dents de scie d'Armin Laschet, la CDU-CSU n'a pas perdu toute chance de pouvoir intégrer une coalition avec les Verts et le FDP, même si le bloc conservateur aborde ce scrutin en position de faiblesse.

"Le résultat le plus important de l'élection fédérale, c'est que les Verts sont présents dans chacune des coalitions et vont donc jouer un rôle majeur dans le gouvernement à venir, ce qui pourrait avoir plusieurs conséquences", remarque ainsi François Rimeu, stratégiste senior à La Française AM.

En attendant, pour Angela Merkel, une importante défaite électorale de son parti non seulement la ferait sortir par la petite porte mais la contraindrait à rester pour expédier les affaires courantes en attendant la formation d'une coalition de gouvernement dont les négociations s'annoncent d'ores et déjà longues. En 2017, il avait fallu attendre 172 jours pour que les deux grands partis, CDU-CSU et SPD, trouvent un accord!

Robert Jules

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Commentaires 3
à écrit le 27/09/2021 à 12:39
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Nous , c'est plus simple au deuxième tour, PS,LR ,centre etc...vont appeler à voter Macron pour ...sauver la démocratie.

à écrit le 27/09/2021 à 12:02
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Finalement, l'éclatement d l'électorat est général, en Allemagne comme en France, rendant évidemment très diffuses les réformes.

à écrit le 25/09/2021 à 10:06
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"L'esprit allemand est une véritable indigestion, il n'arrive à en finir avec rien."Nietzsche Bref à l'Est rien de nouveau, jamais.

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