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ÉconomieUnion européenne

Post-Brexit: les pêcheurs français promettent aux Anglais de couler leur Christmas, Paris tonne à Bruxelles

latribune.fr

Publié le 06 octobre 2021 à 09:39 - Mis à jour le 28 octobre 2021 à 13:40

L'ue demande des explications a londres sur les licences de peche

Mardi 28 septembre, alors que la France lui avait demandé 47 permis de pêche, Londres ne lui en a accordé que 12, soit un taux de refus de... 75%.

Pascal Rossignol

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À l'origine de ce conflit récurrent, comme un manque de fair-play des Britanniques vis-à-vis des professionnels français qui voient rejetée la majorité de leurs demandes de permis de pêche. Hier, Jean Castex a réclamé l'intervention explicite de la Commission européenne, lui rappelant que c'est à elle de faire respecter les termes de l'accord de Brexit. Mais le gouvernement français menace aussi la puissance insulaire de rompre des accords bilatéraux, faisant même allusion à couper l'approvisionnement en électricité. Rien de moins...

Comme les Britanniques continuent de rationner les autorisations permettant d'aller prélever la ressource halieutique dans les riches eaux britanniques, les pêcheurs français menacent de gâcher leur Noël en bloquant les ports français et le tunnel sous la Manche. Les festivités de fin d'année déclenchent, ici comme ailleurs, un pic de consommation, et un coup de frein sur les importations à ce moment-là risque de provoquer la colère des Britanniques qui sortent à peine d'une période de pénurie de carburant.

Le risque d'escalade est réel d'autant que, face aux restrictions drastiques des Britanniques sur les permis de pêche, le gouvernement français a également haussé le ton, mardi, le Premier ministre Jean Castex réclamant l'appui "plus ferme" de Bruxelles et menaçant de remettre en cause les coopérations bilatérales avec le Royaume-Uni.

« Si la négociation échoue, nous empêcherons tous les produits français et européens d'atteindre le Royaume-Uni, et nous empêcherons tous les produits britanniques d'atteindre l'Europe»,a déclaré Olivier Lepretre, chef du puissant comité des pêches du nord de la France. « À moins que Boris ne recule [d'ici à quinze jours], les Britanniques n'auront pas beaucoup de bonnes choses à manger ce Noël. J'espère qu'on n'en arrivera pas là», martèle leprésident duComité régional des pêches maritimesdes Hauts-de-France, rapporte leDaily Mailce matin.

Jean Castex rappelle à l'ordre la Commission européenne

Ainsi, hier à l'Assemblée nationale, le chef du gouvernement a informé les députés qu'il avait "saisi" la Commission européenne du conflit qui oppose la France au Royaume-Uni sur la pêche, et qu'il avait demandé à sa présidente allemande, Ursula van der Leyen, qu'elle "bouge davantage" et soit "plus ferme" avec Londres, lui rappelant au passage qu'il incombe à Bruxelles de "veiller au respect du terme de l'accord" du Brexit.

« Si cela ne suffit pas, alors nous saisirons le panel arbitral de l'accord pour conduire les Britanniques à respecter leur parole (et) nous questionnerons toutes les conditions de mise en œuvre plus globale des accords conclus sous l'égide de l'Union européenne, mais aussi, s'il le faut, lescoopérations bilatéralesque nous avons avec le Royaume-Uni», a encore menacé le chef du gouvernement français, évoquant une situation « intolérable».

L'accord post-Brexit, conclu in extremis à la fin de l'année dernière entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition d'obtenir une licence, accordée s'ils peuvent prouver qu'ils y pêchaient auparavant.

|Lire: Pêche: après des mois de tensions, l'UE et le Royaume-Uni signent un accord

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L'île anglo-normande de Jersey a annoncé le mercredi 29 septembre l'octroi de 64 licences définitives à des bateaux français (contre 169 demandées par Paris, soit un taux de refus de plus de 60%) et le rejet de 75 dossiers.

La veille, mardi 28 septembre, Londres avait accordé 12 autorisations supplémentaires dans ses eaux, dans la limite des 6 à 12 milles nautiques de ses côtes (contre 47 demandées, soit un taux de refus de 75%).

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Conflit post-Brexit sur la pêche: Paris menace l'approvisionnement électrique de Jersey: "totalement inacceptable" (Ian Gorst)

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« Dans les prochains jours, nous prendrons des mesures européennes ou nationales de pression sur le Royaume-Uni », avait affirmé dès mardi matin le secrétaire d'État français aux Affaires européennes Clément Beaune, en agitant la menace de l'arme énergétique.

« Par exemple, on peut imaginer, les îles anglo-normandes, le Royaume-unidépendant de notre approvisionnement en énergie...», avait-il ajouté, sans finir sa phrase.

Ce n'est pas la première fois que Paris brandit cet argument. En mai, la ministre de la Mer, Annick Girardin, avait déjà fait allusion à des répercussions éventuelles sur le « transport d'électricité par câble sous-marin » qui alimente l'île de Jersey depuis la France.

Et le 30 septembre, Mme Girardin avait indiqué que Paris présenterait sous peu des "mesures de rétorsion" en réponse au faible nombre de licences britanniques octroyées aux pêcheurs français.

« Notre patience a une limite claire, celle de l'exaspération et celle de nos pêcheurs»,a insisté Clément Beaune. « Cela fait neuf mois que nous discutons calmement, gentiment. Ça suffit !», a-t-il dit.

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De son côté le ministère de la Mer a publié son calendrier de travail sur le dossier, pour montrer sa détermination à se tenir aux côtés des professionnels de la pêche.

Mercredi, "réunion avec les parlementaires nationaux et européens, les Conseils régionaux de Bretagne, Hauts-de-France et Normandie, les conseils départementaux et les maires concernés", annonce-t-il. Lundi 11 octobre, "déplacement à Luxembourg afin de rencontrer les ministres européens de la pêche. Préparation d'une liste des mesures de rétorsion européenne et déplacement à Bruxelles" pour rencontrer le Commissaire européen en charge de la pêche et échanger sur les mesures de rétorsion européenne.

L'« annonce des réponses européenne et française » est promise pour « la deuxième quinzaine d'octobre ».

| Lire: Brexit : le secret des eaux britanniques, si poissonneuses et si convoitées par les pêcheurs de l'UE

Les Anglais campent sur leurs positions

Face aux menaces des Français, le vice-Premier ministre Dominic Raab minimise l'affaire, disant d'un côté qu'il ne pense pas que ce soit vraiment la guerre avec la France, tout en assurant, de l'autre, qu'il ne reculera pas car le 10 Downing Street est «résolu à défendre nos pêcheurs», selon le quotidien britannique The Sun.

Il a même enfoncé le clou en ces termes :

« Ce à quoi les Français doivent s'adapter, c'est la nouvelle réalité: celle où nous avons quitté l'UE.Nous avons un accord de libre-échange - il inclut un cadre sur la pêche, mais les Français ne peuvent pas s'attendre à retrouver le genre de quotas qu'ils avaient auparavant, avec un accès illimité.»

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Quant à l'ancien chef du parti conservateur Iain Duncan Smith (surnommé "IDS"), il a adopté le même schéma réthorique, selon le Sun, affirmant d'un côté que la posture du gouvernement Castex était simplement conjoncturelle, un épiphénomène à l'approche des élections du printemps prochain, tout en martelant de l'autre:

« Il n'y a aucune raison pour que nous reculions.Nous avons négocié quelque chose, pas de chance. Si les Français n'aiment pas, ils devraient aller botter le derrière du négociateur de l'UE (*).»

(avec AFP)

___

(*) Le Français Michel Barnier a été le négociateur en chef du Brexit pour l'Union européenne de 2016 à 2020. Il est aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle.

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