Brexit : le secret des eaux britanniques, si poissonneuses et si convoitées par les pêcheurs de l'UE

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Pour le poisson, côté français, toute la côte est une zone nourricière. À mesure qu'il grandit, il va prendre le large, et c'est pour ça qu'on va pêcher côté anglais, car on veut pêcher du poisson adulte, explique Pierre Leprêtre, artisan-pêcheur des Hauts-de-France.
"Pour le poisson, côté français, toute la côte est une zone nourricière. À mesure qu'il grandit, il va prendre le large, et c'est pour ça qu'on va pêcher côté anglais, car on veut pêcher du poisson adulte", explique Pierre Leprêtre, artisan-pêcheur des Hauts-de-France. (Crédits : Reuters)
En cas de "No Deal", nos pêcheurs de l'Union européenne à 27 se verraient refuser l'accès aux poissonneuses eaux britanniques. Cette richesse halieutique s'explique notamment par des mécanismes biologiques ancestraux, accentués par le changement climatique.

Les eaux britanniques, dont l'accès serait fermé aux pêcheurs européens en cas de "no deal" lors des négociations du Brexit, sont riches en poissons, une situation qui s'explique notamment par des mécanismes biologiques ancestraux, accentués par le changement climatique.

Les poissons remontent vers les eaux septentrionales en grandissant

"Pour le poisson, côté français, toute la côte est une zone nourricière. À mesure qu'il grandit, il va prendre le large, et c'est pour ça qu'on va pêcher côté anglais, car on veut pêcher du poisson adulte": ce constat de Pierre Leprêtre, artisan-pêcheur des Hauts-de-France, est corroboré par la communauté scientifique.

Le phénomène touche notamment les eaux de la mer du Nord. Clara Ulrich, ingénieure halieute et directrice adjointe à la direction scientifique de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), explique à l'AFP le mécanisme à l'oeuvre:

"Le sud de la mer est assez peu profond, assez sableux, et donc il y a beaucoup de poissons qui vont avoir le cycle suivant: les poissons adultes pondent dans les eaux centrales ou du nord, les oeufs sont transportés plutôt vers le sud de la mer du Nord et s'installent plutôt le long des côtes françaises et jusqu'au Danemark."

La tendance s'explique par les cycles de reproduction des poissons.

"Quand ils deviennent adultes, ils partent vers les eaux un peu plus profondes, un peu plus froides et un peu plus poissonneuses et oxygénées du nord. Ça permet aussi de pondre en amont du courant, comme ça les oeufs sont transportés par le courant jusqu'à arriver aux zones favorables du sud de la mer du Nord", explique Mme Ulrich.

Accentuation du phénomène pour le cabillaud et la plie

À l'en croire, la tendance ne semble pas près de s'inverser.

"Il y a pour certaines espèces, avec le réchauffement climatique et la surexploitation, une accentuation du phénomène", indique-t-elle.

Cette accentuation est particulièrement sensible pour le cabillaud et la plie, qui sont le plus présents partout en mer du Nord. En revanche, "d'autres espèces comme la sole, plus présente dans le sud, et l'aiglefin et le lieu noir, plus présents dans le nord, présentent moins de déséquilibres", détaille-t-elle.

L'occasion de réfléchir à la surexploitation des ressources halieutiques

De ce fait, "si l'accès aux eaux anglaises est fermé, tout le monde [parmi les pêcheurs de l'UE, Ndlr] va se retrouver côté français et, là, il va y avoir un gros problème de cohabitation et un gros problème de ressource", estime Pierre Leprêtre.

Lire aussi : La Bretagne se mobilise pour soutenir ses pêcheurs

En cas d'absence d'accord sur le Brexit, "je pense qu'il serait judicieux que chacun reprenne ses eaux le temps que les futures relations se négocient, c'est-à-dire les eaux françaises aux Français, les eaux belges aux Belges, etc.", estime son oncle Olivier Leprêtre, directeur du comité régional des pêcheurs des Hauts-de-France.

Il souhaite éviter ainsi "la surexploitation des ressources".

Une position qui semble sage, mais qui ne conviendra sûrement pas à ce pêcheur belge, dont le pays ne dispose que d'une toute petite façade maritime, et qui avouait sur FrancetvInfo, le 23 octobre dernier :

"95 % de nos revenus viennent des eaux britanniques."

Lire aussi : Brexit : le Royaume-Uni joue les durs face à l'UE sur les zones de pêche

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a écrit le 12/11/2020 à 16:31 :
Je rajouterais évidement le golfe de gascogne ravagé par des forbans espagnols.
Formés par les pêcheurs arabes qui ont appris aux pêcheurs croixdeviots à pêcher sardines et anchois et surtout tisser les filets qui sont spéciaux, un pêche traditionnelle depuis des centaines d'années faisant vivre plusieurs conserveries, avec l'Europe l'Espagne s'est ruée dessus et reste plus rien, quand aux anchois ils se réservent la plus grande part car soi-disant ils en ont besoin.
Chaque état doit pêcher sur ses eaux, y compris la France.
a écrit le 12/11/2020 à 15:48 :
L'allemagne, la france, la belgique, et l'angleterre ont balancés la plupart de leurs stocks d'armes chimiques à la mer, il se trouve qu'ont arrivent à la période d'oxydation des munitions contenant les gaz chimiques et qu'ont courent le risque qu'elle se déversent par millions de litres, d'après plusieurs reportages dont certains sont passés sur arte, donc je me dis que la profession de pêcheur dans l'atlantique, la mer du nord, la medittéranée est voué à disparaitre, parce que personne ne voudra risquer de manger du poisson qui a du gaz moutarde en lui.
Pêcheur profession d'avenir ? Perso je le crois pas.
a écrit le 11/11/2020 à 19:43 :
Si les pêcheurs français avaient moins ravagé les fonds des côtes françaises à coups de chalut depuis 40 ans, au mépris total des réglementations, on aurait encore de bonnes ressources halieutiques en France, en Manche, notamment, où il ne reste plus grand chose, et ils n'auraient pas ce problème.
Mais voilà : comme on fait son lit, on se couche.
a écrit le 11/11/2020 à 15:11 :
OK, article très intéressant. Une question : est-ce que cela vaut seulement pour la Manche et la mer du Nord ou aussi pour l'Atlantique Nord-est ? Cela promet de belles bagarre en mer entre Britanniques et Français si ces derniers "débordent" un peu, mais aussi entre Français et Espagnols comme au bon vieux temps... Cela promet aussi un bel embouteillage entre pêcheurs européens aux larges des côtes irlandaises et en mer celtique...
a écrit le 11/11/2020 à 10:19 :
"et c'est pour ça qu'on va pêcher côté anglais, car on veut pêcher du poisson adulte"

O que c'est beau ce discours désintéressé, écologique même ! :D

Ils nous prennent pour des idiots surtout oui, il est bien évident que le RU retrouvant sa souveraineté doit pouvoir faire ce qu'il veut avec ses zones territoriales telles qu'elles soient.

Ah ça va remettre de l'ordre dans le système particulièrement foutraque qui organise la pêche française avec ses mégas privilégiés qui ont tout sans rien donner et ceux qui travaillent durement.

"Quand quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros" Kohr.
a écrit le 11/11/2020 à 2:01 :
seuls les ponctionnaires gavés s'en sortiront toujours : l'iFremer grands incompétents aussi nuls que l'ONF mais bien gavés continueront à bien vivre au dépens des pecheurs !!!!!!!!!!!!
a écrit le 10/11/2020 à 17:31 :
Vu l'état de la ressource, la réduction des armements serait un moindre mal. Pour financer la reconversion des pêcheurs, taxer le poisson anglais.
a écrit le 10/11/2020 à 15:56 :
Ça donnerait un peu de répit aux poissons de la mer du Nord.
a écrit le 10/11/2020 à 15:18 :
"Il souhaite éviter ainsi "la surexploitation des ressources"." j'avais lu que des pêcheurs GB qui détestaient les quotas de pêche de l'UE, pourtant destinés à préserver la ressource, disaient que quand y aura plus du tout de poisson dans les mers, ben, ils vendront leurs bateaux. Il faut pêcher un maximum, tant qu'il y en a (c'est la base de leurs revenus), vision à court terme (so british ? :-) ).
Va-t-on leur en acheter en quantité du poisson aux britanniques après le Brexit ? Pourront-ils fournir de telles quantités ? A quel prix ? Et si on les évite, réduit la consommation, ils vont faire quoi ? Les problèmes étaient répartis sur les autres, avant, là, ce seront les leurs.

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