Quelle place pour le gaz dans l'avenir énergétique de l'UE ?

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(Crédits : Reuters)
Pour lutter contre le réchauffement climatique, les Etats-membres de l'Union européenne vont devoir concilier des objectifs ambitieux de réductions des émissions de CO2 et la nécessité de recourir au gaz naturel dont certains pays sont très dépendants pour réaliser leur transition.

Très dépendante du gaz, qui représente un quart de sa consommation d'énergie et qu'elle importe abondamment, l'Union européenne est confrontée à un dilemme sur la place de cette source d'énergie fossile dans sa politique climatique ambitieuse. Le débat a rebondi dans la bulle européenne cet été avec la volonté de la Banque européenne d'investissement (BEI) d'écarter à l'avenir le financement de projets liés aux énergies fossiles, y compris le gaz -- la décision finale à ce sujet est attendue jeudi. Puis avec la publication la semaine passée de la liste des "projets d'intérêt commun" (PIC).

Une trentaine de projets gaziers

Il s'agit de projets d'infrastructure transfrontalière reliant les systèmes énergétiques des États membres de l'UE, dont l'un des objectifs affichés est de soutenir les objectifs climat de l'UE et la décarbonation à long terme de son économie. La liste compte une trentaine de projets gaziers (sur un total de 151), qui bénéficient de procédures simplifiées et du droit de demander un financement européen.

"Absolument ridicule", pour Colin Roche, de l'ONG Friends of the Earth. "Les entreprises vendent l'idée que le gaz est une énergie de transition. Mais au final, il faut être 100% énergie renouvelable", dit-il. L'ONG voit dans la politique de l'exécutif européen une dichotomie fondamentale: comment à la fois apporter son soutien à des projets basés sur une énergie fossile et prôner la neutralité carbone d'ici 2050 ? La future Commission emmenée par Ursula von der Leyen "a des ambitions pour une Europe neutre en carbone mais travaille toujours avec une vieille politique énergétique", déplore Colin Roche.

La Commission de son côté a souligné "une tendance clairement à la baisse pour le financement d'infrastructures gazières, en faveur de l'électricité notamment". "Nous avons été clairs et transparents sur le besoin d'avoir recours au gaz dans le bouquet énergétique de l'UE. Nous nous concentrons sur la diversification ainsi que la transition vers des énergies plus propres, et le gaz va certainement jouer un rôle encore quelque temps", a expliqué une porte-parole, Anna-Kaisa Itkonen.

Le gaz émet 40% moins de CO2 que le charbon

Le gaz est souvent présenté comme la plus "propre" des énergies fossiles: il émet par exemple 40% moins de CO2 que le charbon. La Commission voit la part de gaz naturel dans la consommation d'énergie de l'UE atteindre encore 20% en 2030, et d'ici 2050 reculer à 7-9% dans un scénario de réduction de 80% des émissions de gaz à effet de serre, 3-4% dans des prévisions plus ambitieuses.

Le gaz "est appelé à jouer un rôle, même essentiel, pour les dix prochaines années au moins", estime Carole Mathieu, responsable des politiques européennes au sein du Centre énergie et climat de l'IFRI. "En revanche, dès qu'on se projette au-delà de 2030, et surtout dès qu'on envisage la neutralité carbone à 2050, on est face à des choix plus radicaux", explique la chercheuse. "Et, en général, les énergies fossiles n'ont plus leur place dans les scénarios", souligne-t-elle.

Or les PIC sont des projets d'infrastructures à long terme, et il est difficile d'imaginer qu'elles ne seraient opérationnelles qu'une dizaine d'années. "Il y a un gain environnemental certainement à court et moyen termes, mais à long terme il faut prévoir leur déclin ou alors considérer soit des techniques de captage et de stockage de CO2, soit le verdissement du gaz", à savoir un déploiement du biogaz, de l'hydrogène, pour l'instant plutôt au stade la R&D, prévient Carole Mathieu.

Des exceptions pour certains pays?

En juillet, la BEI a préconisé de ne plus investir dans les projets liés aux énergies fossiles, y compris le gaz. Un projet accueilli prudemment par les Etats membres. "On ne peut pas exclure qu'un certain nombre de pays, comme l'Allemagne, ait besoin de façon temporaire de développer un peu plus de gaz ou de cogénération, des centrales très performantes pour faciliter la sortie du charbon sans compromettre la sécurité de l'approvisionnement", note Carole Mathieu. Idem en Belgique qui se tourne vers le gaz pour accompagner sa sortie du nucléaire.

Un compromis au niveau de la BEI pourrait être de définir des critères d'émissions pour les investissements, avance Carole Mathieu: elle "ne financerait que les centrales à gaz les plus performantes".

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Commentaires
a écrit le 14/11/2019 à 11:52 :
A mourir de rire irradié par les commentaires...
Vous lisez un journal économique, 112 euros du Mwh, contre 60 pour l'énergie bois, 20 à 30 pour le solaire thermique et 15 à 20 pour l'hydraulique, ensuite, moins cher, c'est l'hélium-3!
Et vous avez Keynes qui planifie sur 60 ans et Hayek qui fait des sauts technologiques de plus en plus gros et de plus en plus rapprochés!
Et pendant que Hayek par faire du ski sur Titan, Keynes ne peut plus payer le crédit de sa maison, ni les soins pour sa famille, malade de vivre trop près de la centrale qui tombe en décrépitude faute d'argent!
Votre EPR, c'est l'inutile Ariane 6 qui se fait exploser par Space-X!
a écrit le 12/11/2019 à 9:51 :
Le gaz est un élément geostrategique des pays comme les pays du Golfe, les USA ou encore la Russie ? Bientôt la Chine ? Oui l'Europe et les pays qui la compose sont très dépendants de cet influence geostratégique surtout avec la Russie. Mais pour respecter les critères ecologiques et combattre le rechauffement climatique en diminuant les rejets de CO2 dans l'atmosphère il faut diminuer le fait de brûler du gaz et des rejetter du CO2 dans l'atmosphère. Cependant le gaz naturel rejette moins de 40% de CO2 que le charbon donc reste plus ecologique que le charbon. Mais pour diminuer la temperature planétaire et le taux de CO2 il faudrait des chauffages et installations qui n'utilise pas de gaz de type CH4 (méthane). Système à l'hydrogène ? pas de charbon ou autre source non energivore qui ne produit pas de CO2 ou de gaz à effet de serre.
a écrit le 12/11/2019 à 8:46 :
"Le gaz émet 40% moins de CO2 que le charbon"

C'est quand même pas l'euphorie hein... Et pourquoi ne pas permettre à l'agro-industrie d'utiliser des OGM afin de générer de l'ethanol pour avoir une production de ce carburant suffisante et peu consommatrice de ressources naturelles ? Tout en la forçant de quitter le secteur agro-alimentaire.

Les moteurs ne peuvent pas attraper de cancer !
a écrit le 11/11/2019 à 23:50 :
L'UE ne veut plus : de pétrole, de gaz, de nucléaire, de charbon.

Alors que faire ? Les éoliennes ont un rendement médiocre et nécessitent des terres rares (chinoises), le solaire est moyen (avec des panneaux fabriqués principalement en Chine et des réserves mondiales de silicium en tension), l'hydro-électricité ne peut pas être produite partout...

Nos gouvernants européens baignent tellement dans une idéologie folle qu'ils sont bien capables de nous obliger à pédaler pour faire tourner des dynamos !
a écrit le 11/11/2019 à 21:52 :
nous sommes en plein ridicule: il faut être decarbone en 2050 et on investit dans le gaz (sur certainement plus de 40 ans). Construire un gazoduc, comme celui pour les allemands, ne peut être rentable qu’a Long terme. Et certains estiment (quel euphémisme !) qu’intégrer Du gaz pourrait être nécessaire ? Mais c’est une nécessité notamment pour l’allemagne qui doit arrêter ses centrales nucléaires en 2022. Quant aux ecolos qui veulent du 100% renouvelables sans gaz, ils fantasment totalement: le gaz est le pendant des renouvelables dans 70% du temps. Bref, c’est le bal des faux culs et on est pas prêt de respecter nos engagements.
a écrit le 11/11/2019 à 17:30 :
Le gaz n'est pas la cause du réchauffement climatique, la principale raison c'est la démographie non contrôlée qui poussera les hommes à se chauffer , se déplacer et se nourrir
Le sujet est tellement réel et si politiquement incorrect que pas un journaliste ou homme politique n'ose s'y aventurer.Les pays qui comme la France veulent une forme de décroissance, seront avalés par ceux qui n'ont qu'un but, accéder à la consommation.
Réponse de le 11/11/2019 à 18:16 :
Exact ! Sujet tabou mais là est le problème : beaucoup trop de monde et tout le monde veut vivre comme un Américain. Autant dire que ce n'est pas tenable et que ça mal finir.
a écrit le 11/11/2019 à 17:14 :
Du gaz on n'y coupera pas tant qu'on n'aura pas trouvé une technologie de stockage de masse de l'électricité produite par les énergies renouvelables (est-ce l'hydrogène produit par l'électrolyse de l'eau ?). Sinon pour une énergie complètement décarbonée, il n'y a actuellement que le nucléaire avec son lot de problème (sécurité, déchets radioactifs sur des milliers d'années).
Réponse de le 11/11/2019 à 19:09 :
l'hydrogène
a écrit le 11/11/2019 à 16:12 :
J'ai longtemps cru à tort que le gaz allait être l'énergie du XXI siècle...
Big Fucking Rocket vient de me faire réaliser mon erreur!
La bien nommée tant les américains sont les maîtres du jeu...
62 tonnes de fret, une cargaison à 62 milliards de dollars...
Dès 2030, Lockheed Martin va vendre ses réacteurs à fusion à l'hélium-3...
Ils tiennent dans un camion et seront produits à la chaîne!
Alors certes, il faudra 20 ans pour équiper la planète, en attendant, l'UE devrait promouvoir le solaire thermique pour tous les bâtiments,seule énergie produite localement à pouvoir concurrencer l'hélium-3, dix fois moins cher que le MWh de l'EPR!
Mais pour exploiter les terres rares et les nodules polymétalliques par 6000m de fond, il faudra des sous-marins ravitailleurs équipés de réacteurs à l'hélium-3!
Et l'hélium-3, c'est sans CO2 et sans déchets radioactifs...
Réponse de le 11/11/2019 à 19:11 :
La fusion nucléaire est étudiée à Cadarache.
Réponse de le 13/11/2019 à 11:20 :
Oui avec un projet à 20 milliards, prix de démarrage pour quelque chose qui ne doit pas produire d'électricité, fusion au tritium/deutérium qui produit des déchets radioactifs et qui na nous faire un joli trou noir au beau milieu de la Provence!
a écrit le 11/11/2019 à 15:37 :
"Quelle place pour le gaz dans l'avenir énergétique dans l'avenir de l'UE?" Quand vous aurez un brin de réponse, nous ferons un commentaire!
a écrit le 11/11/2019 à 14:45 :
Merci Bachoubouzouc, rien a ajouter. On peut être "écolo", et admettre que pour le moment le nucléaire est la meilleure option. C'est mon cas
a écrit le 11/11/2019 à 14:06 :
Si on installait des centrales au gaz en backup des ENR, en s’interdisant le nucléaire, elles resteraient en place tant qu’une nouvelle technologie n’apparaîtrait pas pour prendre leur rôle de sécurisation de l’approvisionnement.

On risquerait d’attendre longtemps, probablement éternellement (la physique a ses limites).

De même, ça nous interdirait d’utiliser l’électricité pour décarboner le chauffage et les transports, car l’électricité resterait durablement carbonée.

Bref, on tourne en rond pour ne pas admettre l’évidence :

1) Le PV et l’éolien sont des technologies impropres à la production électrique de masse, du fait de leur intermittence.

2) Le nucléaire est l’énergie de la transition, quoi qu’on en dise :

C’est l’énergie la plus bas carbone, la moins nocive à l’environnement et la santé humaine, la moins consommatrice de ressources naturelles, etc
Réponse de le 11/11/2019 à 15:38 :
Exact et c'est assez remarquable que les personnes qui se disent écolos prennent des positions qui vont limiter le développement des énergies renouvelables (comment augmenter l'éolien si on ne peut gérer l'intermittence?) et qui vont surtout augmenter les émissions de CO2 (on ne peut diminuer les émissions de CO2 sans nucléaire pour l'instant). L'écologie, et le respect de nos environnements, ce concept majeur de la fin du XXième siècle, et du début du XXI ième siècle, pour lequel les dits "écolos" n'auront apporté que de fausses solutions!
a écrit le 11/11/2019 à 12:14 :
Essentielle pour l'après pétrole qui se dessine.

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