Salaire minimum: l'Allemagne veut l'augmenter à plus de 15 euros de l'heure
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L'Allemagne a introduit le salaire minimum seulement en 2015, contre 1950 pour la France par exemple.
ANGELIKA WARMUTH
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L'Allemagne a introduit le salaire minimum seulement en 2015, contre 1950 pour la France par exemple.
ANGELIKA WARMUTH
C'est un bond à deux chiffres que pourrait faire le salaire minimum allemand d'ici un peu plus d'un an. Le ministre allemand du Travail, Hubertus Heil, souhaiterait en effet le relever afin qu'il soit conforme à une directive européenne, qui le fixe à au moins 60% du salaire moyen des employés à temps plein. Il a fait part de cette volonté dans une lettre adressée à une commission nommée par le gouvernement sur le sujet, composée de représentants du patronat et des salariés, et consultée ce lundi par l'agence de presse Reuters.
Selon les calculs de la Confédération syndicale allemande (DGB), si la directive européenne était respectée, le salaire minimum allemand grimperait à 15,27 euros par heure, soit autour de 2.316 euros sur un mois (à raison de 35 heures par semaine). Ce qui correspond à une hausse de +22,88% comparé à son niveau actuel (12,41 euros de l'heure) et de +18,95% par rapport à celui de l'année prochaine, étant déjà acté que le salaire minimum augmentera à 12,82 euros de l'heure.
Rien n'est toutefois encore acté. La commission allemande instaurée sur le salaire minimum doit se prononcer d'ici mi-2025 sur cette éventuelle augmentation à partir de 2026.
Pour rappel, l'Allemagne a introduit le salaire minimum seulement en 2015 (contre 1950 pour la France, par exemple). Une décision prise après des débats passionnés sur ce principe en rupture avec l'autonomie tarifaire des branches. L'objectif était double : « Rendre sa dignité au travail et au salarié - pour reprendre les propos du ministre de l'Économie du gouvernement d'alors - mais aussi de redynamiser le système de négociation collective », comme l'expliquent Odile Chagny et Sabine Le Bayon, chercheuses à l'OFCE (observatoire français des conjonctures économiques) dans un rapport sur le sujet paru en 2020. Il avait été fixé à 8,50 euros de l'heure au moment de sa toute première introduction.
Le salaire minimum allemand a connu par la suite plusieurs séries d'augmentation. La dernière fois qu'elle a été à deux chiffres remonte à 2022. Entre le début et la fin de cette année-là, il est passé de 9,82 euros de l'heure à 12 euros de l'heure (+22,2%), en deux fois (une hausse en juillet et une autre en octobre). Cette mesure avait été une des promesses centrales du programme de campagne du chancelier social-démocrate Olaf Scholz à la tête de l'actuelle coalition avec les Verts et les libéraux. Elle avait alors permis d'améliorer la rémunération de près de 6,2 millions de salariés sur une population active de 45,2 millions de personnes.
La décision de cette importante augmentation du salaire minimum allemand avait été saluée par les syndicats. Il faut dire que le pouvoir d'achat des ménages allemands était alors rogné par une inflation qui enchaînait les records depuis près d'un an et s'élevait à +7,6% en juin 2022, au moment où la hausse avait été actée.
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Reste que cette mesure ne faisait pas l'unanimité. 89% des chefs d'entreprises craignaient qu'elle renchérisse leurs coûts et donc in fine les prix, avec une nouvelle accélération de l'inflation, selon un sondage de l'organisation patronale « Familienunternehmen » auprès de 800 de ses membres. Le risque était toutefois relativisé par certains experts. « Des augmentations de salaire raisonnables sont (...) nécessaires pour stabiliser l'économie, même en cette période de crise », soulignait le président de l'influent institut économique DIW, Marcel Fraztscher (toujours en poste aujourd'hui).
Il résulte en tout cas que cette augmentation a permis de réduire les inégalités de rémunération entre les plus aisés et les plus modestes, d'après un bilan dressé l'année dernière par l'Office fédéral des statistiques (Destatis). « En avril 2022, sur l'échelle des salaires, les 10% les plus élevés étaient 3,28 fois supérieurs aux 10% les plus bas. En avril 2023, cet écart avait fondu : ils étaient 2,98 fois supérieurs. Cette réduction des inégalités est remarquable car l'écart n'avait pas bougé entre 2018 et 2022 », a constaté l'institut. Et les statisticiens sont formels : cela s'explique par la forte hausse du salaire minimum.
Ainsi, entre avril 2022 et avril 2023, les 10% situés au bas de l'échelle des salaires (moins de 12,25 euros de l'heure en avril 2023) ont vu leur rémunération augmenter de +12,4% en moyenne en un an, selon Destatis. Et de relever toutefois un bémol : « Il n'en a pas été de même pour les autres catégories de salariés. Au milieu de l'échelle, les rémunérations ont augmenté de +4,3 %. Tout en haut de l'échelle (36,48 euros de l'heure et plus), elles ont crû de +1,9 % sur un an ».
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En matière de salaire minimum, l'Espagne s'affiche comme modèle ces dernières années puisque, depuis l'arrivée de Pedro Sánchez au pouvoir à l'été 2018, le salaire minimum espagnol a connu six revalorisations successives, pour une hausse totale de +54%. Des chiffres à regarder avec prudence : le salaire minimum espagnol était en effet extrêmement faible et a surtout connu un rattrapage. Il est ainsi passé de 859 euros bruts par mois il y a six ans (735 euros sur 14 mois, les salariés espagnols bénéficiant d'un 13e et d'un 14e mois) à 1.323 euros mensuels aujourd'hui (1.134 euros sur 14 mois).
En France, le salaire minimum est de 11,65 euros de l'heure, soit 1.766,92 euros par mois. Sa dernière augmentation remonte au 1er janvier dernier (+1,13%). Comparé à 2018, où il s'élevait à 9,88 euros, il a connu une progression de +17,9%.
A contrario, certains pays dans l'Union européenne n'ont toujours pas instauré de salaire minimum. C'est ainsi le cas en Italie dont les députés de la majorité de droite et d'extrême droite ont enterré fin 2023 une proposition de loi de l'opposition de centre gauche prévoyant un seuil de 9 euros brut de l'heure. Avec la Finlande, la Suède, le Danemark et l'Autriche, le pays figure ainsi parmi les cinq derniers des Vingt-Sept où les salaires sont déterminés par la seule négociation collective entre patronat et syndicats.
(Avec agences)
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