Taux : la BCE doit viser une baisse « progressive », selon son économiste en chef
latribune.fr
Pour l'économiste en chef de la BCE, Philip Lane, le ralentissement prévu de la croissance des salaires l'an prochain devrait encore aider à réduire l'inflation.
YIANNIS KOURTOGLOU
Taux : la BCE doit viser une baisse « progressive », selon son économiste en chef
L'économiste en chef de la Banque centrale européenne (BCE), Philip Lane, a jugé ce lundi que la baisse des taux menée par l'institution monétaire doit suivre une trajectoire « progressive ». Et s'adapter au rythme de la désinflation et de la reprise économique.
À quel rythme la Banque centrale européenne (BCE) va-t-elle mener sa politique de desserrement monétaire entamée en juin et confirmée jeudi dernier ? L'économiste en chef de l'institution, Philipe Lane, a répondu à la question ce lundi.
« Pour l'avenir, une approche progressive »pour réduire les taux« sera appropriée »si les prévisions de baisse de l'inflation se confirment, a-t-il déclaré dans un discours au Luxembourg.
Pour rappel, l'inflation a ralenti, à +2,2% en zone euro au mois d'août et la BCE voit l'agrégat se stabiliser à +2%, sa cible idéale, au dernier trimestre de 2025.
La prochaine réunion pour décider de la politique monétaire aura lieu à la mi-octobre, suivie d'une dernière réunion pour 2024 en décembre. La présidente de la BCE a toutefois prévenu jeudi dernier qu'elle ne se fixe pas de plan sur la comète.
« Nous déciderons réunion par réunion et notre trajectoire, dont la direction est assez évidente, n'est pas prédéterminée, ni en termes de séquence, ni en termes de volume »,a averti Christine Lagarde.
Une vision appuyée ce lundi par Philip Lane. « Une réduction graduelle du degré de restriction (de la politique monétaire) sera appropriée si les données sont conformes au scénario de base », a-t-il indiqué. Et d'ajouter : « Nous devrions conserver une marge de manœuvre quant à la rapidité de cet ajustement ». Ainsi, si les données montrent une désinflation plus rapide ou un ralentissement de la reprise économique, une baisse plus rapide des taux pourrait être nécessaire. À l'inverse, si la désinflation est plus lente ou la reprise plus forte, un ajustement plus lent des taux serait justifié, a-t-il argué.
Les gouverneurs ne sont pas tous alignés sur la trajectoire que la BCE doit prendre. Isabel Schnabel, membre du directoire de l'institution rangée parmi les « faucons » - ceux qui prônent une stratégie monétaire restrictive - a récemment appelé à un assouplissement « progressif et prudent », argumentant que « l'inflation intérieure », c'est-à-dire celle des biens et services produits localement, « reste élevée à +4,4% » en zone euro, en grande partie à cause des prix élevés dans les services. Peter Kazimir, gouverneur de la banque centrale de Slovaquie et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a, lui, même plaidé ce lundi pour attendre le mois de décembre avant une prochaine baisse de taux.
Chez les « colombes », en revanche, adeptes d'une approche plus souple, Piero Cipollone, autre membre du directoire, a souligné le « risque » d'être trop restrictif, alors que l'économie chancelle et que l'investissement patine, dans un entretien au journal Le Monde.
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Sur le papier, les données de l'inflation de la zone euro sont encourageantes pour la BCE. Reste que la prudence est de mise, car la stabilité des prix repose sur des « hypothèses critiques ». Et notamment sur la modération attendue du mouvement de rattrapage des salaires, après la flambée des prix causée par la guerre en Ukraine, et sur l'absorption de ces hausses de salaires par les entreprises dans leurs marges.
Pour l'heure, les données sur les salaires et les profits en zone euro « sont conformes aux attentes » et le scénario d'une reprise économique se dessine en 2025, « tirée par la demande » grâce aux hausses de salaires, a détaillé Philip Lane. Bien que l'inflation reste élevée en raison des hausses salariales, surtout dans les services, le ralentissement prévu de la croissance des salaires l'an prochain devrait donc aider à réduire l'inflation, a-t-il conclu.
Dans le sillage de la BCE, la Banque centrale américaine (Fed) devrait annoncer une baisse de ses taux cette semaine, à l'issue de sa réunion prévue mardi et mercredi. Une décision indépendante de celle de son homologue européenne, qui s'explique par la baisse de l'inflation - qui a atteint +2,5% sur un an en août, contre +2,9% en juillet -, mais surtout l'inquiétude quant à la situation de l'emploi dans le pays. Le marché du travail suit une lente érosion aux États-Unis et la crainte d'une politique monétaire restrictive trop longtemps est d'augmenter le chômage et de conduire à une récession.
Ce devrait en tout cas être la première baisse des taux outre-Atlantique depuis 2020. Ils sont actuellement situés dans la fourchette de 5,25 à 5,50%, au plus haut en deux décennies.