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"La France manque cruellement de robots"

Propos recueillis par Michel Cabirol

Publié le 05 juin 2012 à 09:31

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Dans une interview accordée à "latribune.fr", le directeur général du Syndicat des entreprises de technologies de production (Symop), Vincent Schramm, estime que "les entreprises doivent retrouver une vision industrielle". Ce qui passe par un renouvellement de l'outil de production et de ses processus afin de regagner en compétitivité.

Quel constat faites-vous de l'outil de production en France ?

La part de l'industrie dans le PIB ne cesse de baisser depuis une dizaine d'années. L'industrie a perdu cinq points sur cette période et sa compétitivité s'effrite d'année en année. Entre 2009 et 2011, 900 sites industriels et 100.000 emplois ont été supprimés. Beaucoup d'entreprises ont déjà disparu, d'autres ont préféré délocaliser pour aller chercher les marchés en forte croissance dans les pays émergents. Cette tendance est beaucoup moins prononcée en Allemagne qu'en France et, outre-Rhin, l'adaptation industrielle est favorisée par la collaboration et le partage de valeur dans les filières.

Pourquoi ?

Grâce à la force des ETI allemandes, qui sont extrêmement attentives à l'innovation dans le produit mais aussi dans le process. Elles dynamisent le tissu industriel allemand. Elles se sont spécialisées pour la plupart dans des marchés de niche où elles sont en général parmi les leaders mondiaux grâce une offre très compétitive. En France, elles n'ont pas la même force et, surtout, il y en a deux fois moins qu'en Allemagne.

Les entreprises françaises ont-elles perdu la bataille de la compétitivité ?

La reconquête de la compétitivité industrielle doit s'appuyer sur trois leviers : le coût du travail, la formation et la qualification des salariés, la productivité de l'outil de production. Le coût du travail est le seul des trois piliers qui fasse l'objet d'un débat politique et médiatique. Il est au c?ur de nos préoccupations, car les écarts sont considérables : une heure de travail coûte plus de 33 euros en France, contre 3 euros en Bulgarie. Ce problème est à l'origine de la plupart des délocalisations. Ces dernières années, 20 à 30.000 emplois ont été détruits annuellement par des entreprises quittant la France pour des pays à bas coût. Mais ce n'est qu'un des piliers. La formation/qualification est également un levier important. Il faut adapter les personnels à la demande et à l'évolution de l'industrie. Enfin, il est indispensable de moderniser l'outil de production français.

Les entrepreneurs français n'investissent-ils pas assez ?

Il faut que les entreprises retrouvent une vision industrielle. Cela passe par un renouvellement de l'outil de production et de ses processus afin de regagner en compétitivité. Tout l'enjeu est là. Il y a certaines filières comme l'aéronautique, qui ont repensé tout leur fonctionnement industriel grâce à de nouvelles technologies, mais pas totalement. Les petits sous-traitants en sont exclus encore. Et ce sont les PME/PMI où il y a le plus de retard dans la robotisation. Aujourd'hui, les industriels doivent produire rapidement dans les délais et en conservant un niveau de qualité irréprochable grâce à un outil industriel bien contrôlé et bien pensé.

Ce n'est pas le cas ?

Quand on compare le parc de robots installés en Allemagne, en Italie et en France, les industriels tricolores sont très nettement en retard. Alors qu'il y a 34.495 robots en France, il y a deux fois plus en Italie (62.378) et surtout quatre fois plus en Allemagne (148.195). Et l'écart tend à se creuser. Quand les industriels français installaient un peu plus de 3.000 nouveaux robots en 2011, outre-Rhin ils en ont acheté 19.500. C'est très inquiétant pour la compétitivité future de nos industries. En Corée, le parc s'élève à 101.080 tandis qu'au Japon, le leader mondial, il atteint 285.800 robots. Clairement la solution pour ne pas délocaliser est d'installer des robots. La France doit se mettre à niveau rapidement sous peine de se faire dépasser par de nouveaux pays émergents, qui s'équipent à marche forcée et fabriquent pour les marchés occidentaux.

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Plus de robots signifie-t-il moins d'emplois ?

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Non. Il n'y a qu'à regarder en Allemagne le nombre d'emplois industriels. Plus il y a de robots, plus il y a des emplois industriels. La robotisation permet aux pays, à l'image de la Chine où il y a une course à l'acquisition de robots (52.290 fin 2010), de se développer et donc de créer des emplois industriels. Selon une étude de Metra Market, un million de robots peut créer trois millions d'emplois directs. En revanche, ils permettent la suppression des emplois très peu qualifiés comme les emplois postés et de réorienter ces salariés vers des emplois plus qualifiés n'ayant pas la même pénibilité.

Propos recueillis par Michel Cabirol

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