« Aux États-Unis, les banques sous-estiment la catastrophe à venir »

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John Plassard, spécialiste en investissement chez Mirabaud Banque.
John Plassard, spécialiste en investissement chez Mirabaud Banque. (Crédits : DR)
ENTRETIEN. John Plassard est spécialiste en investissement chez Mirabaud Banque. Il analyse le risque auquel vont être exposées les banques face à l'impact de la crise sanitaire sur l'économie des États-Unis, en particulier l'avalanche prévisible de défauts de crédits à la consommation.

LA TRIBUNE - Vous qui suivez l'évolution de la conjoncture outre-Atlantique, est-ce que les banques américaines sont vraiment en meilleure posture que les européennes face à la crise du coronavirus?

JOHN PLASSARD - Tout d'abord, une remarque liminaire sur la rentabilité des banques américaines: il faut savoir que, globalement, elles bénéficient d'une législation plus souple qu'en Europe, ce qui leur permet de dégager des bénéfices « plus facilement » que leurs homologues européennes. Maintenant, avec la crise sanitaire sur le sol américain, les bénéfices des JPMorgan, Bank of America, Citi Group et autres Goldman Sachs, ont bien évidemment fondu comme neige au soleil au premier trimestre. Dans ce genre de crise, d'un côté les emprunteurs se font plus rares, et de l'autre, les banques sont moins enclines à prêter, tout le monde fuyant le risque. Certes, on a vu quelques établissements, spécialisés dans le trading, tirer profit de la volatilité en février et mars, mais cela est resté très localisé, très ponctuel.

Lire aussi : Coronavirus : pourquoi les banques mettent des milliards de côté

Le deuxième point important sur la situation des banques américaines, c'est qu'elles ont constitué des provisions pour faire face à des défauts de paiement prévisibles de la part des entreprises et des personnes physiques. Ce risque de défaut est aujourd'hui massif: il faut se rappeler qu'aux États-Unis, il y a 50 millions de personnes qui travaillent dans les services (notamment la restauration, l'hôtellerie, le tourisme, le transport...), le secteur tertiaire représente plus des trois-quarts du PIB américain (77%). Et c'est ce secteur qui est le premier affecté par le confinement, tout a été mis à l'arrêt (hôtels, restaurants fermés, avions cloués au sol)... En outre, l'État de New York (le plus touché par le Covid-19) et la Californie également très touchée, représentent à eux seuls plus de 20% du PIB américain. L'instauration du confinement pour notamment ces deux États a donc un impact direct sur l'économie américaine.

Les banques ont donc mis de l'argent de côté : JPMorgan a ainsi provisionné 8,3 milliards de dollars, contre 1,5 milliard au premier trimestre 2019 (soit 5,5 fois plus), Citi Group 7,7 milliards, contre 2,2 milliards un an auparavant (soit 3,5 fois plus).

Comment sont constituées ces provisions, comment les banques hiérarchisent-elles les risques ?

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Commentaires
a écrit le 18/05/2020 à 11:51 :
on a pu lire l'année dernière dans le Wall Street Journal des articles sur les ménages américains qui s'endettaient de façon toujours plus déraisonnable :
- les familles s'endettent lourdement pour se maintenir dans la classe moyenne (article du 01/08/2019)
- durée d'endettement toujours plus longue pour l'achat de voitures que la classe moyenne ne peut normalement pas s'offrir (article du 01/10/2019)
- ménages américains qui se retrouvent avec des mensualités de prêt automobile supérieures à leur revenu disponible, les concessionnaires ayant manipulé les données sur la solvabilité des clients (article du 21/12/2019)
- de plus en plus de ménages étaient submergés par leurs emprunts automobiles (article du 09/11/2019)
a écrit le 18/05/2020 à 9:10 :
"Cela fait 500 ans que les banques existent elles ne sont pas prêtes de disparaître !"

C'est ici que j'ai lu cette phrase tellement éloquente, 500 ans c'est gigantesque cela leur a permis de se répandre partout à tous les postes de pouvoir à tel point que dorénavant ce sont elles qui dictent aux citoyens du monde comment ils doivent vivre. 500 ans à part les religions qui a fait mieux ?

Les banques ne risquent rien du tout et encore moins les banques américaines, si elles se retrouvent avec un problème qu'elles n'avaient pas prévu, nombreux j'en conviens tellement le manque d'adversité les aliène, elles ont leurs politiciens pour le régler.
a écrit le 18/05/2020 à 8:01 :
Et quiconque cherche à tirer profit en bourse de la déconfiture, ne fait que l'accroître

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