Sous pression, les banques bénéficient d'assouplissements réglementaires inédits

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Mis à rude épreuve par la crise économique liée au Covid-19, le système bancaire bénéficie dans le même temps de nombreuses mesures d'allègement réglementaire. En échange de ces mesures de clémence, la BCE demande de suspendre le versement de dividendes.

La crise économique provoquée par l'épidémie du coronavirus touche de plein fouet les banques. Pénalisées par l'écrasement des taux sur les marchés obligataires qui met à mal leur rentabilité, déjà entamée par un environnement de taux durablement bas, et le fort ralentissement économique, les banques n'ont pas été épargnées par la tempête boursière des dernières semaines. Elles se retrouvent également en première ligne pour soutenir les très nombreuses entreprises faisant face à des difficultés de trésorerie.

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Sans surprise, Moody's a donc abaissé, jeudi dernier, sa perspective pour le secteur bancaire français, le passant en surveillance "négative", contre stable auparavant. Les établissements de l'Hexagone ne sont bien sûr pas les seuls concernés. L'agence a également passé en perspective négative les banques italiennes, espagnoles, danoises, néerlandaises et belges.

Secteur placé sous surveillance négative

Moody's s'inquiète notamment de la dégradation de la qualité des actifs.

"Les prêts à risque des banques vont augmenter, au moment où l'augmentation des provisions pour risque de crédit va réduire la rentabilité des banques (européennes), déjà faible en comparaison de celle de leurs rivales mondiales", explique l'agence de notation.

Dans la plupart des systèmes bancaires européens, "la liquidité est forte et les réserves de capital sont importantes, ce qui offre une base solide pour absorber des pertes inattendues", souligne-t-elle néanmoins. Dans le cas de la France, elle estime même que le mécanisme de prêt garanti par l'Etat, lancé officiellement le 25 mars dans tous les réseaux bancaires de l'Hexagone, devrait diminuer les conséquences négatives du coronavirus sur le système bancaire.

Lire aussi : Le prêt garanti par l'Etat, comment ça marche ?

L'agence considère toutefois que les mesures prises par les gouvernements et la Banque centrale européennes (BCE) pour limiter les conséquences négatives de cette crise ne "seront pas suffisantes pour compenser pleinement l'impact négatif de l'arrêt d'activité lié au coronavirus". Moody's s'attend donc à ce que "l'environnement opérationnel" des systèmes bancaires européens "se dégrade de manière significative".

Par ailleurs, l'exposition des banques françaises au secteur pétrolier suscite également des inquiétudes, alors que le prix de l'or noir a atteint son plus bas depuis 17 ans. Ce lundi 30 mars, le baril du Brent de la mer du Nord s'échangeait ainsi à 23 dollars sur les marchés asiatiques. Du jamais vu depuis 2003.

La vaste réforme bancaire de Bâle 3 reportée

Si la pression sur le secteur s'accroît considérablement, les banques bénéficient dans le même temps d'une série d'assouplissements réglementaires inédits afin qu'elles puissent tenir le choc, tout en apportant le plus grand soutien possible aux entreprises en difficulté. Vendredi dernier, le comité de Bâle, l'organisme chargé de définir les règles bancaires internationales, a ainsi pris une mesure choc en annonçant le report d'un an des accords de Bâle 3, dont l'entrée en vigueur progressive était prévue entre 2022 et 2027.

Conclus il y a deux ans, ces accords devaient initialement être transposés cette année dans le droit européen et constituaient ainsi l'un des plus grands défis de l'année 2020 pour le secteur bancaire. Ces derniers visent à instaurer de nouvelles règles mondiales de solvabilité et devaient se traduire par des dizaines de milliards d'euros d'exigence en fonds propres supplémentaires pour les banques européennes, qui craignaient une augmentation du coût du crédit, une baisse des investissements et un affaiblissement de l'industrie financière.

A l'échelle du Vieux continent toujours, l'Autorité bancaire européenne (ABE), logée au sein de la BCE, avait annoncé dès le 12 mars dernier le report en 2021 des tests de résistance bancaire initialement prévus cette année, ceci afin de donner du temps aux banques pour qu'elles puissent se concentrer sur les conséquences de l'épidémie mondiale de Covid-19.

Exigences en capitaux propres allégées

Mercredi dernier, le superviseur européen a également autorisé les établissements bancaires à faire un usage plus souple des règles de prudence sur les crédits, pour éviter que les emprunteurs temporairement fragilisés par la crise ne soient pas automatiquement considérés comme défaillants. Dans un communiqué, l'autorité partage son soutien aux mesures prises par les différents gouvernements sous forme de moratoire général pour les emprunteurs.

De son côté, le Haut conseil de stabilité financière, sous la houlette de Bercy, a décidé de relâcher intégralement le coussin de fonds propres bancaires contra-cyclique, une réserve supplémentaire de capital à mettre de côté par les banques en cas de retournement de la conjoncture financière. Ce coussin était de 0,25% des fonds propres des banques depuis le 1er juillet 2019 et devait passer à 0,5% le 2 avril prochain. Sans ce geste, environ 8 milliards d'euros auraient dû être immobilisés par les banques tricolores pour des raisons réglementaires. Cette somme pourra désormais servir, entre autres, à accorder des prêts aux entreprises.

Le versement des dividendes suspendu ?

En échange de ces différentes mesures de clémence, la BCE attendait une action de la part des banques. Elle leur a ainsi demandé de ne pas verser de dividendes jusqu'au 1er octobre 2020 au moins, la priorité devant être donnée à l'utilisation de leur capital pour soutenir l'économie. "Contrairement à la crise financière de 2008, les banques ne sont pas cette fois la source du problème. Mais nous devons nous assurer qu'elles peuvent faire partie de la solution", a souligné le président du superviseur bancaire, l'Italien Andrea Enria, dans un post de blog publié parallèlement sur le site de la BCE.

Ce renoncement aux dividendes pourrait libérer pas moins de 30 milliards d'euros de capitaux, ajoute-t-il. Ce capital conservé au lieu d'être distribué pourrait être utilisé "pour soutenir les ménages, les petites entreprises et les entreprises emprunteuses" et aussi "absorber les pertes sur les expositions existantes sur ces emprunteurs", explique la BCE dans son communiqué. Deux banques néerlandaises, ABN Amro et ING, ont d'ores et déjà annoncé qu'elles suivraient la recommandation de la BCE, mettant ainsi sous pression les autres banques de la zone euro pour qu'elles suivent le même chemin. Dans l'Hexagone, les grands établissements bancaires ne se sont pas encore prononcés alors que dans le sillage de la BCE, le superviseur bancaire français a procédé aux mêmes recommandations. L'autorité de contrôle a ajouté qu'elle examinera si une nouvelle suspension des dividendes est souhaitable après le 1er octobre 2020.

(Avec AFP)

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a écrit le 31/03/2020 à 12:34 :
Les bques doivent rester les interlocuteurs privilégiés des centaines de milliers de TPE et PME dt elles vont constituer la seule bouée de sauvetage crédible et opérationnelle pour cette crise et la suite.
Leurs actifs menacés mais non toxiques restent sous contrôle.
C'est la différence fondamentale avec les crises de1929 et de 2008 où les bques et assurances étaient touchées de plein fouet ds la valeur de leurs actifs par une spéculation débridée de plusieurs années sans filet. Ce qui a conduit à des faillites généralisées avec panique chez les déposants et épargnants en 29 et nationalisation ou soutien par les Etats d'ets financiers en quasi faillite en 2008.
Elles vont donc financer avec des garanties de financement des bques ctrales relayées par la BCE et les Etats, les avances sur trésorerie, report de charge, crédit à échéance rallongée de ts ces acteurs de l'économie réelle qui vont bénéficier par ailleurs d'une compensation à la perte de CA et du financement du chômage partiel pour leurs salariés.
A période exceptionnelle, décision exceptionnelle, elles perdent une bonne partie des filets de sécurité mis en place pour gonfler leurs fonds propres et leurs réserves.
Il faut toutefois que la vigilance redouble pour les autorités financières sur la montée des risques générés.
a écrit le 31/03/2020 à 10:39 :
"Contrairement à la crise financière de 2008, les banques ne sont pas cette fois la source du problème"

Partiellement faux. Suite à la crise financière de 2008, les états du sud de l'europe ont pris des mesures d'austérité, ce qui s'est notamment traduit par des coupes dans la santé publique (ce n'est pas le hasard si ce sont ces mêmes états les plus impactés). D'où le fait de ne pouvoir gérer correctement le problème du virus aujourd'hui, de devoir appliquer un confinement sévère, qui débouche sur une crise économique très forte (qui dégradera les comptes des états, et on est reparti pour un tour).
Donc même si les banques ne sont évidemment pas la seule cause du problème, elles en font partie ! (avec les défauts de construction de l'eurozone, les logiques néo-libérales, etc.)
Réponse de le 31/03/2020 à 12:38 :
C'est un peu reducteur. Vous avez l'Allemagne qui avec deux fois moins de fonctionnaires par rapport a la population que la France fait la meilleure figure sur la gestion de la crise sanitaire. La question qui se pose est si l'austerite a ete appliquee la ou il a des gaspillages.
Réponse de le 31/03/2020 à 14:06 :
@test:
1. En Allemagne, les emplois hospitaliers ne sont pas comptabilisés en emploi public (simple différence comptable). Dans l'enseignement, la démographie et les différences d'organisation dans le pré-primaire expliquent une part importante de la différence.
(je vous invite à ne pas me croire sur parole, et à chercher par vous-même sur internet).

De manière générale, beaucoup de facteurs rendent difficiles la comparaison directe entre pays : une prise en charge publique/privée différente (une santé privatisée ne veut pas dire qu’il ne faudra pas payer et que ce sera moins cher et plus efficace collectivement, cf. les USA) ; une externalisation ou un recours à la sous-traitance qui diminuent en apparence la masse salariale, mais qui reste un coût pour l’administration publique, etc.
Très souvent, ces différences sont utilisées pour décrier le système social français. Mais sans analyse fine et profonde des choix sociétaux sous-jacents, c’est trop orienté pour avoir valeur.

2. Dans mon premier commentaire, je mentionnais sans développer les défauts de construction de l’eurozone. Par exemple, une monnaie différente équilibre les forces de deux pays à travers les taux de changes (investissement, commerce extérieur). A partir du moment où vous avez une monnaie commune, soit vous mettez en place un budget fédéral (ex : USA), soit le résultat sera de rendre les pays/zones les plus fortes encore plus fortes, et d’enfoncer encore plus celles en difficulté.
(et je ne parle même pas de la mobilité des capitaux, et autres facteurs).

Résultat : l’Allemagne a deux fois plus de lits (comprendre lit, matériels, personnels) pour affronter la crise, et pourra peut-être (à voir) s’éviter un confinement généralisé et total, ce qui aggrave la crise économique qui découle de la crise sanitaire. Donc sortira encore renforcée par rapport au sud de l’europe. Et les forces centrifuges continuent….
Réponse de le 31/03/2020 à 14:34 :
[complément pour clarifier la fin de ma réponse précédente]

Résultat des manques de construction de l'eurozone : l’Allemagne n'a pas eu à appliquer d'austérité, et a aujourd'hui deux à trois fois plus de lits en comparaison des pays qui ont été touchés par les mesures d'austérité, mais sans bénéficier d'un budget fédéral pour organiser des transferts en contre-partie. Ce n'est pas un hasard que ce soit ces pays qui s'en sortent le plus mal aujourd'hui... (l'Italie a part exemple fermé 70.000 lits ces dernières années)
a écrit le 31/03/2020 à 10:03 :
On s'approche du problème petit à petit mais on voit bien que la classe dirigeante ne veut surtout pas toucher, parler de son grisbi planqué dans les paradis fiscaux, alors que c'est la solution qui réglerait tout vu qu'il y a là l'argent pour un new deal économique vital.

Maintenant de part la compromission entre politiciens et hommes d'affaires, interdire de verser des dividendes c'est déjà moins alimenter les paradis fiscaux des mégas riches qui nous ont anéanti.
a écrit le 31/03/2020 à 9:59 :
Comment organiser le désordre... Mettre en place des mesures encore plus dures (Bâle 3) pour qu'en situation de crise, on constate qu'il faille les reporter. (on imagine que leurs effets délétères sont évidents). chacun appréciera en fonction de ses convictions, mais perso, j'appelle cela le bazar...
a écrit le 31/03/2020 à 9:51 :
Je pense que tout le monde se pose la même question : comment se fait-il que des règles censées protéger les banques doivent être gelées quand les banques sont en danger ?
Suivi d'une autre question : comment protéger une épargne que le système nous oblige à confier à des établissements qui sont menacés (banques, gestionnaires de fonds) sans qu'on maitrise leurs choix, leurs délais d'exécution ni même la certitude que les ordres exécutés en leur nom plutôt que celui du client ont vraiment été exécutés? Sous prétexte de lutter contre le blanchissement on oblige l'épargnant à faire une confiance aveugle à un système qui a permis sinon encouragé les Madoff et autres courtiers célèbres pour leur malhonneteté ou leur inconscience.
Et ce n'est que le début. On peut logiquement s'attendre à des taux négatifs sur les comptes courants, tandis que l'usage des liquidités deviendra encore plus difficile.
Réponse de le 31/03/2020 à 12:40 :
Pas etonnant que les autrichiens demandent l'inscription dans la constitution du droit a l'usage des especes.

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