Après Younited et Budget Insight, c’est au tour de Leetchi et Mangopay d’être rachetés par des fonds d’investissement, reléguant Arkéa à un rôle d’actionnaire minoritaire. Un désengagement qui marque la fin d’une époque pour la banque alors que les fintechs qu’elle a su développer affichent des ambitions européennes, avec des besoins de financement de plus en plus élevés, mais aussi sur des bases de valorisation de plus en plus élevées.C'était un premier signe. Crédit mutuel Arkéa n'avait pas participé, l'été dernier, à la nouvelle levée de fonds, d'un montant de 170 millions de dollars, de la fintech Younited. Et ce pour la première fois depuis son entrée au capital, en 2012, de cette star montante du crédit à la consommation instantané, aux ambitions désormais européennes. Et, coup sur coup, depuis le début du mois d'avril, Arkéa vient de céder le contrôle de ses principales pépites dans la fintech, à l'occasion de nouveaux tours de table.
Il s'agit tout d'abord de Budget Insight, leader français de l'agrégation de données bancaires qui vient de lever 31 millions d'euros auprès du fonds américain PSG Equity, reléguant Arkéa au rang d'actionnaire minoritaire. C'était pourtant l'une de ses plus récentes acquisitions, en 2019. Même scénario, une semaine plus tard, avec la cession au fonds américain Advent de Leetchi, très populaire pour sa cagnotte, mais dont l'essentiel de sa valeur est concentré sur sa filiale Mangopay, qui a su se faire une place en or en tant de fournisseur de solutions de paiement pour les marketplaces, le segment le plus porteur de l'e-commerce.
Financeur de la Fintech
Est-ce la fin d'une époque ? Arkéa a su se faire une solide réputation dans les années 2010 de banque d'entrepreneurs, financeur de la fintech. Sur la période 2012-2017, la banque mutualiste concentrait à elle seule 30% des investissements dans la fintech française. Et son portefeuille était constitué des plus belles réussites, comme Younited, Leetchi et Mangopay, Linxo, Grisbee, Yomoni ou bien Pumpkin. Jusqu'à 15% de ses fonds propres étaient alors mobilisés pour le capital-investissement, une situation totalement atypique dans le paysage bancaire en France où ce ratio ne dépasse guère 5%.
Cette stratégie pour le moins audacieuse a été largement portée par un homme, Ronan Le Moal, directeur général, qui a quitté la banque en février 2020, sur fond de rumeurs de dissensions internes. Son président, Jean-Pierre Denis, devait quitter le groupe un peu plus d'un an plus tard. C'est donc une nouvelle équipe qui tient désormais les rênes du groupe mutualiste, sous la houlette de son nouveau président, Julien Carmona, venu du groupe immobilier Nexity. Avec au programme, la revue stratégique du portefeuille de participations.