L'euro numérique sous le feu des fake news

Agathe Perrier

« L’euro numérique viendrait en complément des billets et pièces et constituerait une solution de paiement supplémentaire », indique la BCE.
DADO RUVIC

Agathe Perrier

« L’euro numérique viendrait en complément des billets et pièces et constituerait une solution de paiement supplémentaire », indique la BCE.
DADO RUVIC
Christine Lagarde a, à son insu, mis le feu aux poudres au sujet de l'euro numérique. La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) a rappelé qu'une phase préparatoire sur ce projet s'achèverait en octobre prochain, interrogée sur ce sujet lors d'une séance de questions/réponses avec des journalistes début mars, suite à la conférence de presse annonçant une nouvelle baisse de ses taux directeurs. Il n'en fallait pas plus pour que les réseaux sociaux s'embrasent de messages aux contenus trompeurs, relayés aussi bien par des citoyens que des politiques.
Il s'agirait d'une monnaie numérique de banque centrale, tout comme le sont déjà actuellement les espèces (pièces et billets). À la différence qu'elle serait sous forme électronique. « L'euro numérique viendrait en complément des billets et pièces et constituerait une solution de paiement supplémentaire », indique la BCE sur son site internet.
L'euro numérique pourrait être utilisé partout dans les vingt pays de la zone euro. Ce, pour réaliser n'importe quels types de paiements électroniques dans les magasins, sur internet ou entre particuliers.
L'euro numérique n'a pas vocation à remplacer les espèces qui « demeureront une option de paiement et ne disparaîtront pas », assure la BCE. Il vise à s'adapter aux usages des consommateurs, alors que les transactions en cash sont moins nombreuses au profit de formes électroniques. À titre d'exemple, en France, 48 % des paiements se font par carte bancaire, 43 % par espèce, 5 % par chèque ou virement et 4 % via un smartphone, d'après la Banque de France.
En outre, la BCE met en avant le fait qu'un euro numérique renforcerait « l'autonomie stratégique » de l'Europe. Car ce serait un service de paiement paneuropéen alors qu'aujourd'hui le marché des transactions est dominé par les géants américains comme Mastercard, Visa, Apple Pay ou PayPal. D'après la BCE, 13 des 20 pays membres de la zone euro dépendent de ces solutions pour les paiements effectuées entre leurs frontières.
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Cette dépendance « expose l'Europe à des risques de pression économique et de coercition », a averti la semaine dernière Philip Lane, chef économiste de la BCE, faisant référence aux tensions transatlantiques depuis le retour au pouvoir du président américain Donald Trump. Selon lui, l'euro numérique permettrait aussi de contrer l'influence des « stablecoins », des monnaies numériques privées indexées sur le dollar américain et de plus en plus populaires.
Concrètement, les euros numériques de chaque particulier seront conservés dans un portefeuille numérique lié à son compte bancaire et créé via sa banque. Il y a aura un plafond fixé à ce portefeuille et s'il est atteint, il faudra alors simplement transférer les fonds sur son compte bancaire.
Cette limite est justifiée par la BCE pour « éviter les sorties excessives de dépôts bancaires » et donc « favoriser la stabilité financière ». L'institution l'assure : l'euro numérique « ne deviendrait en aucun cas une monnaie programmable, c'est-à-dire une monnaie numérique utilisée à des fins ou pour une durée limitées, comme un coupon. Au contraire, un euro numérique pourra être utilisé sans contrainte, et il conservera toujours sa valeur ».
Christine Lagarde a bien évoqué, lors de la conférence de début mars, la « date limite » d'octobre 2025. Mais il s'agit de la fin de la phase préparatoire du projet d'euro numérique, qui a débuté le 1er novembre 2023 pour une durée de deux ans.
Cette phrase préparatoire a suivi une phase d'étude, qui s'est elle aussi étalée sur deux ans (entre octobre 2021 et octobre 2023). Ses « principaux objectifs comprennent l'élaboration d'un projet de règlement pour l'euro numérique, la sélection des fournisseurs potentiels pour la plateforme et l'infrastructure de l'euro numérique, ainsi que la poursuite des expérimentations et des consultations des parties prenantes », précise la BCE.
Au terme de cette période, le Conseil des gouverneurs décidera de la suite. À savoir passer, ou non, à la phase suivante des préparatifs.
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« Nous ne serons pas en mesure de progresser si [...] la Commission, le Conseil et le Parlement ne concluent pas leur processus législatif », a rappelé Christine Lagarde début mars. Une législation spécifique doit en effet être adoptée par les institutions européennes pour définir les règles et modalités d'utilisation de l'euro numérique, ce qui n'est pas encore le cas actuellement.
La BCE ne donne pas de date quant à l'éventuel lancement de cet euro numérique. Selon des responsables interrogés par l'AFP, il reste improbable avant 2027 ou 2028.
Agathe Perrier