Le secteur bancaire italien en pleine recomposition
Raphaël Melka

Monte dei Paschi di Siena est la plus ancienne banque encore en activité.
Reuters
Raphaël Melka

Monte dei Paschi di Siena est la plus ancienne banque encore en activité.
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Le secteur bancaire italien connaît une série de rapprochements, marquant le début d'une phase de consolidation. Dernière action en date : mercredi 24 juin, la Banque centrale européenne (BCE) a donné son feu vert à l'acquisition de la banque Mediobanca par Monte dei Paschi di Siena, une opération à laquelle Mediobanca cherche à échapper à tout prix. Dans sa contre-attaque, elle a lancé, en avril, une offre d'achat sur Banca Generali, la banque de l'assureur italien Generali.
À la mi-juin, la BCE a également autorisé Unicredit, deuxième banque d'Italie, à lancer une offre publique d'échange (OPE) sur sa concurrente Banco BPM, pour un montant d'environ 10 milliards d'euros. Mais cette dernière opération semble désormais compromise, puisque le gouvernement italien a imposé à Unicredit des conditions très handicapantes pour réaliser son OPE avec succès. Autre transaction en cours : BPER Banca - anciennement Banca Popolare dell'Emilia Romagna - qui a lancé une offre publique d'échange volontaire pour s'emparer de Banca Popolare di Sondrio. Seule opération non problématique du lot, le rapprochement des deux banques devrait être acté le 11 juillet.
Les grandes manœuvres de la consolidation du secteur bancaire italien
Le secteur bancaire italien est très morcelé. Pour des raisons de concurrence et de prix, Rome souhaite faire émerger une troisième banque italienne de taille importante, aux côtés des deux premières Intesa Sanpaolo et Unicredit. Rome cherche aussi à protéger et relancer la plus ancienne des banques encore active (fondée en 1472), la très fragile banque Monte dei Paschi di Siena (MPS). D'abord en la sauvant de faillite, en 2017 - et devenant ainsi son premier actionnaire. Ensuite, en tentant de la marier avec une autre banque plus forte, pour créer un grand pôle bancaire.
En 2018, la présidente du conseil italien a ainsi jeté son dévolu sur Unicredit, comme prétendant à MPS. Mais deux dirigeants successifs de la banque, le Français Jean-Pierre Mustier, puis l'Italien Andrea Orcel, refusent de l'intégrer. La banque de Sienne se tourne dès lors vers Banco BPM. Mais en novembre dernier, c'est Unicredit qui prend de vitesse le gouvernement en lançant une OPE sur Banco BPM. Une manœuvre très mal reçue par Rome, qui décide alors de bloquer l'opération.
En parallèle, MPS, dont la capitalisation ne s'élève qu'à 8,7 milliards d'euros, veut changer de dimension et devenir le troisième pôle du secteur bancaire italien. Elle tente une opération risquée : une OPA hostile sur Mediobanca, célèbre banque d'affaires italienne. Cette offensive, lancée en janvier, est très mal accueillie par les marchés, qui ne voient pas les synergies possibles entre les deux établissements : MPS est une banque de détail, tandis que Mediobanca est tournée vers l'investissement et le conseil. Mediobanca dénonce un « manque de justification industrielle et financière ». La banque milanaise rejette l'offre et prépare sa riposte.
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Pour éviter de devenir une cible facile, Mediobanca élabore alors une stratégie défensive : racheter Banca Generali, filiale bancaire de l'assureur Generali, en échange de sa propre participation dans ce dernier, qui date des années 1950. Cette manœuvre permettrait à Mediobanca de se renforcer dans la banque en ligne et de devenir un acteur moins digeste pour MPS.
Mais ce plan de défense a pris du retard : le vote des actionnaires, prévu le 16 juin, a été reporté à septembre, faute de soutien suffisant pour mener l'opération à bien. Pour tenter coûte que coûte de gonfler sa capitalisation boursière et ainsi éviter d'être absorbée par MPS, Mediobanca a déclaré vendredi prévoir d'offrir à ses actionnaires des récompenses d'une valeur de 4,9 milliards d'euros sur trois ans et jusqu'en 2028.
L'urgence de la consolidation du système bancaire italien
Consolider le paysage bancaire italien est souhaité depuis longtemps par la présidente du conseil, Giorgia Meloni, qui veut un secteur financier fort et souverain. Or, depuis 2022, la remontée des taux profite aux banques italiennes. Elles disposent aujourd'hui d'abondantes réserves de capitaux disponibles pour s'engager dans des fusions-acquisitions.
Pour les banques, fusionner permettrait de réaliser des économies d'échelle, d'augmenter leurs parts de marché et de diversifier leurs activités en Italie. Hormis l'affaire Mediobanca-MPS, les marchés ont jusque-là réagi favorablement : depuis 2022, année du début des grandes manœuvres, l'indice rassemblant les banques italiennes (FTSE Italia All Share Banks) s'est apprécié de 228 % et reste au plus haut depuis sa création. Mais derrière ces chiffres, les tensions politiques restent vives.
Le rôle de l'exécutif italien dans la restructuration du paysage bancaire
Le gouvernement joue un rôle central dans la recomposition du paysage bancaire italien, afin d'atteindre son objectif d'avoir trois pôles bancaires nationaux. En 2017, il sauve Monte dei Paschi, au bord de la faillite et en devient actionnaire majoritaire, avant de revendre ses parts en 2024, pour ne plus conserver que 11,7 % de MPS.
L'État dispose également d'un levier pour protéger ses fleurons nationaux : le golden power. Il s'agit d'un mécanisme qui permet à l'exécutif italien d'imposer des conditions spécifiques lors de rachats d'entreprises. Jusqu'ici, il a toujours été utilisé contre des entreprises étrangères, mais il vient d'être activé contre l'Italien Unicredit, pour l'empêcher de facto de racheter Banco BPM en lui imposant des conditions draconiennes. C'est réussi : le président d'Unicredit, Andrea Orcel, a jugé dans un communiqué que la transaction n'a plus qu'environ 20 % de chances de se réaliser, en cas d'assouplissement des règles édictées par Rome.
Ce que cache l'utilisation du golden power contre Unicredit
Derrière la restructuration du secteur se dessine une lutte d'influence entre trois figures clés : Giorgia Meloni, cheffe du gouvernement italien, Andrea Orcel, patron d'Unicredit et Francesco Caltagirone, homme d'affaires influent.
En toile de fond, des tensions personnelles pèsent sur les décisions politiques : Meloni reproche à Orcel, le patron d'Unicredit, d'avoir refusé de racheter MPS, après s'y être engagé, avant de court-circuiter l'État en lançant son OPA sur Banco BPM. En parallèle, Meloni a des liens étroits avec Caltagirone, qui a racheté 3,5 % de MPS lorsque l'État a vendu 15 % de ses parts l'an dernier. Non sans faire polémique : la Commission européenne souhaite encore en examiner les conditions exactes. L'État et Caltagirone, qui a augmenté sa participation dans à MPS à plus de 9 %, sont désormais les deux plus grands actionnaires de MPS. Le blocage du rachat de BPM par Unicredit pourrait permettre au tandem Caltagirone-Meloni de racheter BPM au nez et à la barbe du géant italien.
Une restructuration du secteur bancaire à imiter en France ?
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La situation italienne n'est pas comparable à celle de la France. Dans l'Hexagone, la consolidation du secteur bancaire s'est déjà produite dans les années 1980 à 2000. En 2022, cinq banques françaises concentraient plus de 80 % du secteur bancaire. Leur intérêt se trouve dans la diversification à l'international. En Italie, le Crédit agricole détient ainsi 19 % de Banco BPM et BNP Paribas représente, à travers sa filiale BNL, la sixième banque du pays.
Raphaël Melka