Une première : la BCE gèle tous les paiements d'une banque européenne

ABLV banque lettone BCE
ABLV

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Du jamais-vu dans l'Europe bancaire : la BCE a décidé, en urgence ce lundi, d'imposer un « moratoire » à la banque lettone ABLV, le troisième plus important établissement de crédit du pays balte, dans la tourmente depuis qu'elle n'avait plus accès aux marchés financiers, après une sanction des Etats-Unis.
Le moratoire, imposé au régulateur letton, a été jugé nécessaire « pour trouver une solution » en coordination avec les autorités lettones et remédier aux problèmes de pénuries de financement. Il s'agit aussi d'éviter un "bank run", une ruée au guichet des dépositaires, même si ABLV est plutôt une banque d'entreprise et de gestion de fortune. Une telle mesure n'avait pu être imposée l'an dernier au moment des difficultés de Banco Popular, rachetée pour un euro symbolique par Santander, car la loi espagnole ne permet pas de décréter de moratoire sur les dépôts.
Le réseau anti-délinquance financière du Département du Trésor américain a, en effet, rendu des conclusions alarmantes :
Dans son rapport, le FinCEN détaille que « l'activité illégale de la banque lettone inclut des transactions avec des parties connectées à des entités désignées par les Etats-Unis et l'Onu, dont certaines impliquées dans la fourniture ou l'export de missiles balistiques à la Corée du Nord. » Pointant la défaillance des systèmes de contrôle et procédures, il affirme aussi que la banque a vu transiter « des milliards de dollars dans la corruption publique et le dépouillement d'actifs par le biais de comptes de sociétés écrans. »
Fondée en 1993, la banque ABLV, issue de la privatisation d'une branche régionale de la banque nationale, est spécialisée dans la banque privée, de financement et d'investissement. Depuis son siège de Riga, elle s'est fortement développée dans les Etats de la CEI, Ukraine, Azerbaïdjan, etc. A la fin de 2017, elle disposait de liquidités de 1,7 milliard d'euros pour un total de bilan de 3,63 milliards d'euros et un produit net bancaire de 140 millions d'euros (en 2016). ABLV, qui emploie plus de 800 personnes, est la deuxième banque lettone en termes de dépôts (2,6 milliards d'euros, derrière la Swedbank et devant SEB). La cotation de son action a été suspendue à la Bourse Nadsaq de Riga.
La banque de Riga explique qu'elle a décidé « de mettre en gage une partie des titres à sa disposition en demandant à la Banque de Lettonie, à son tour, d'accorder un prêt à hauteur de 480 millions d'euros ». La solution pourrait passer par un rachat de ses actifs, à l'image du sauvetage de Popular par Santander.
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Cette affaire interroge sur la qualité des contrôles anti-blanchiment en Lettonie et de la supervision bancaire du régulateur national, le FCMC (Financial and Capital Market Commission), responsable de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, qui n'est pas dans les attributions directes de la BCE.
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L'affaire tombe au plus mal pour le pays balte : le gouverneur de la Banque centrale de Lettonie a été arrêté ce week-end par le bureau national anti-corruption. Il est soupçonné d'avoir reçu un pot de vin de 100.000 euros, dans un dossier qui n'a, semble-t-il, rien à voir avec les déboires d'ABLV, mais jette un voile de suspicion sur l'ensemble du système financier letton et ses gendarmes.