Concurrence dans les paiements : sans réveil, les banques pourraient perdre gros

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(Crédits : DR)
Selon une étude d'Accenture, les banques risquent de perdre à l’échelle mondiale jusqu'à 15% des revenus liés aux paiements, soit 280 milliards de dollars. En cause : la nouvelle concurrence menée par les géants de la tech et les fintech ainsi que l'essor des paiements digitaux, de plus en plus instantanés, invisibles et gratuits.

C'est un véritable paradoxe. Alors même que les revenus mondiaux générés par les activités de paiement devraient augmenter de 500 milliards de dollars au cours des six prochaines années pour atteindre 2.000 milliards de dollars en 2025, les banques risquent dans le même temps de perdre à l'échelle mondiale 15% de leurs revenus liés aux paiements, soit 280 milliards de dollars. C'est en tout cas l'estimation faite par le cabinet Accenture dans le cadre de son étude "Two ways to win in payments", menée auprès de 240 cadres dirigeants de banques réparties dans 22 pays et publiée ce mercredi 22 janvier.

"Ces 280 milliards de dollars correspondent aux pertes d'opportunités de revenus", précise Stéphane Ray, directeur exécutif et responsable des paiements innovants et de l'open banking chez Accenture.

Cette possible érosion des revenus dans un contexte de forte croissance des volumes s'explique par deux phénomènes concomitants : d'un côté, une hausse des coûts liés aux investissements d'infrastructure et d'organisation nécessaires au maintien de services de qualité et, de l'autre, une pression grandissante sur les revenus bancaires issus des transactions et des frais de cartes bancaires. En cause : des prix tirés à la baisse par une concurrence accrue, avec l'arrivée d'acteurs non bancaires sur ce marché comme les Gafa et les géants de la tech chinoise, mais aussi des startups de la finance, moins connues du grand public mais très puissantes sur le segment des paiements en ligne comme l'américain Stripe et la pépite néerlandaise Adyen. A cela s'ajoute de nouvelles contraintes réglementaires limitant les commissions interbancaires prélevées par les établissements à chaque paiement par carte chez un commerçant.

Vers des paiements gratuits, invisibles et instantanés

Dans le détail, les services de paiement gratuits, que proposent notamment les néobanques comme N26 et Revolut, menacent 8% des revenus liés aux paiements, selon les projections d'Accenture. A cela s'ajoute le développement des paiements dits "invisibles", que l'on expérimente par exemple lors d'une course Uber, qui pourraient capter 3,9% des revenus des banques.

"Ce type de paiement pose problème car les banques ne sont plus au cœur de la relation client et ne peuvent plus tirer autant parti de la richesse des données liées aux transactions. Elles ne sont plus visibles et se retrouvent réduites à un rôle de plombier", analyse Stéphane Ray.

Enfin, la perspective d'un remplacement d'une partie des paiements par cartes par des paiements instantanés met à risque 2,7% supplémentaires, avance l'étude. "Les banques françaises testent actuellement une monétisation de ces paiements instantanés mais, à l'échelle européenne, la perspective globale d'une monétisation risque d'être très limitée. Si ce n'est pas gratuit, ce sera très proche du gratuit. Ces transactions rapporteront donc moins aux banques que ce qu'elles pourraient gagner sur des paiements par carte", anticipe le spécialiste.

Le recours à l'intelligence artificielle "indispensable"

"Notre analyse montre que si les banques ne font rien, leur avenir dans les paiements est très mal engagé. Toutefois, c'est un marché en croissance où il y a des opportunités et les banques ont plusieurs atouts", poursuit le spécialiste.

Leur principale arme ? Une solide image de sécurité, alors que les fintech, par exemple, pâtissent d'un grand déficit de confiance à leur égard. Une étude publiée par le cabinet Deloitte en 2018 montrait ainsi que seuls 5% des Français faisaient confiance aux fintech.

Pour ne pas se laisser distancer, les établissements bancaires doivent toutefois s'adapter en développant de nouveaux modèles économiques qui puissent être déployés à grandes échelles de manière à obtenir un coût par transaction le moins cher possible. "Les banques doivent travailler sur l'expérience client, qui n'est pas encore au niveau de celle proposée par certaines fintech", estime Stéphane Ray. Selon lui, le recours aux technologies d'intelligence artificielle et d'automatisation sera indispensable. "Leurs concurrents utilisent des technologies à l'état de l'art. Pour pouvoir se battre avec eux, il faut utiliser les mêmes", affirme Stéphane Ray. Une conviction qui n'est toutefois partagée que par 22% des sondés de l'étude.

La monétisation des données comme relais de croissance

Les investissements nécessaires pour répondre à ces nouveaux enjeux sont tels, qu'à l'avenir, les plus petites banques pourraient décider de confier une partie de leurs activités de paiement à de plus grosses structures. "Ce sont des mouvements que l'on a déjà pu observer dans la monétique avec plusieurs partenariats industriels entre grandes banques", souligne l'expert.

Un autre mouvement de fond devrait voir le jour : celui de la monétisation des données bancaires, comme, par exemple, la commercialisation auprès des commerçants de rapports de données agrégées et anonymisées leur permettant de mieux cibler leurs clients.

"En France, la monétisation de la donnée bancaire est naissante mais elle va devenir inévitable car dans un modèle où le client n'est pas prêt à payer pour l'acte de paiement, il faut forcément dégager de nouvelles sources de revenus", prédit Stéphane Ray.

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Commentaires
a écrit le 24/01/2020 à 8:58 :
"les banques pourraient perdre gros"

Des promesses, toujours des promesses !

Les banques étant protégées par nos politiciens ne perdent jamais puisque quand elles se ratent, de plus en plus, l'argent public vient réparer systématiquement leurs incompétences.

L’assistanat envers les riches c'est bien pire qu'envers les pauvres.
a écrit le 24/01/2020 à 8:58 :
"les banques pourraient perdre gros"

Des promesses, toujours des promesses !

Les banques étant protégées par nos politiciens ne perdent jamais puisque quand elles se ratent, de plus en plus, l'argent public vient réparer systématiquement leurs incompétences.

L’assistanat envers les riches c'est bien pire qu'envers les pauvres.

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