Concurrence dans les paiements : sans réveil, les banques pourraient perdre gros
Juliette Raynal
Juliette Raynal
C'est un véritable paradoxe. Alors même que les revenus mondiaux générés par les activités de paiement devraient augmenter de 500 milliards de dollars au cours des six prochaines années pour atteindre 2.000 milliards de dollars en 2025, les banques risquent dans le même temps de perdre à l'échelle mondiale 15% de leurs revenus liés aux paiements, soit 280 milliards de dollars. C'est en tout cas l'estimation faite par le cabinet Accenture dans le cadre de son étude "Two ways to win in payments", menée auprès de 240 cadres dirigeants de banques réparties dans 22 pays et publiée ce mercredi 22 janvier.
Cette possible érosion des revenus dans un contexte de forte croissance des volumes s'explique par deux phénomènes concomitants : d'un côté, une hausse des coûts liés aux investissements d'infrastructure et d'organisation nécessaires au maintien de services de qualité et, de l'autre, une pression grandissante sur les revenus bancaires issus des transactions et des frais de cartes bancaires. En cause : des prix tirés à la baisse par une concurrence accrue, avec l'arrivée d'acteurs non bancaires sur ce marché comme les Gafa et les géants de la tech chinoise, mais aussi des startups de la finance, moins connues du grand public mais très puissantes sur le segment des paiements en ligne comme l'américain Stripe et la pépite néerlandaise Adyen. A cela s'ajoute de nouvelles contraintes réglementaires limitant les commissions interbancaires prélevées par les établissements à chaque paiement par carte chez un commerçant.
Dans le détail, les services de paiement gratuits, que proposent notamment les néobanques comme N26 et Revolut, menacent 8% des revenus liés aux paiements, selon les projections d'Accenture. A cela s'ajoute le développement des paiements dits "invisibles", que l'on expérimente par exemple lors d'une course Uber, qui pourraient capter 3,9% des revenus des banques.
Enfin, la perspective d'un remplacement d'une partie des paiements par cartes par des paiements instantanés met à risque 2,7% supplémentaires, avance l'étude. "Les banques françaises testent actuellement une monétisation de ces paiements instantanés mais, à l'échelle européenne, la perspective globale d'une monétisation risque d'être très limitée. Si ce n'est pas gratuit, ce sera très proche du gratuit. Ces transactions rapporteront donc moins aux banques que ce qu'elles pourraient gagner sur des paiements par carte", anticipe le spécialiste.
Leur principale arme ? Une solide image de sécurité, alors que les fintech, par exemple, pâtissent d'un grand déficit de confiance à leur égard. Une étude publiée par le cabinet Deloitte en 2018 montrait ainsi que seuls 5% des Français faisaient confiance aux fintech.
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Pour ne pas se laisser distancer, les établissements bancaires doivent toutefois s'adapter en développant de nouveaux modèles économiques qui puissent être déployés à grandes échelles de manière à obtenir un coût par transaction le moins cher possible. "Les banques doivent travailler sur l'expérience client, qui n'est pas encore au niveau de celle proposée par certaines fintech", estime Stéphane Ray. Selon lui, le recours aux technologies d'intelligence artificielle et d'automatisation sera indispensable. "Leurs concurrents utilisent des technologies à l'état de l'art. Pour pouvoir se battre avec eux, il faut utiliser les mêmes", affirme Stéphane Ray. Une conviction qui n'est toutefois partagée que par 22% des sondés de l'étude.
Les investissements nécessaires pour répondre à ces nouveaux enjeux sont tels, qu'à l'avenir, les plus petites banques pourraient décider de confier une partie de leurs activités de paiement à de plus grosses structures. "Ce sont des mouvements que l'on a déjà pu observer dans la monétique avec plusieurs partenariats industriels entre grandes banques", souligne l'expert.
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Un autre mouvement de fond devrait voir le jour : celui de la monétisation des données bancaires, comme, par exemple, la commercialisation auprès des commerçants de rapports de données agrégées et anonymisées leur permettant de mieux cibler leurs clients.
Juliette Raynal