Créances douteuses : un plafond de 5% du bilan des banques européennes

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La Grèce et Chypre emportent la palme des créances douteuses dans les encours des banques.
La Grèce et Chypre emportent la palme des créances douteuses dans les encours des banques. (Crédits : EBA)
La France et l'Allemagne se sont mises d'accord pour proposer de limiter les prêts "non performants" des banques de l'UE à 5% maximum du total des encours. Ce ratio dépasse les 10% en Italie, au Portugal, en Irlande, et les 30% en Grèce et à Chypre.

[Article mis à jour à 15h30]

Dix ans après la crise financière et quatre ans après la sortie de la crise des dettes souveraines, les créances douteuses dépassent les 700 milliards d'euros dans le bilan des banques européennes et continuent de plomber le bilan de certaines d'entre elles, en particulier des pays du Sud de l'UE. L'Allemagne et la France se sont mises d'accord pour proposer au prochain Conseil européen des 28 et 29 juin à Bruxelles d'imposer un plafond de ces "prêts non-performants" (dont le remboursement est peu probable) à 5% du total des encours.

"Il devrait y avoir un objectif de prêts non performants bruts de 5% et de prêts non performants nets de 2,5% pour toutes les banques suivies par le Conseil de résolution unique ainsi que toutes les autres banques", indique le document cité par l'agence Reuters.

En zone euro, le ratio moyen est tombé autour de 4% à fin 2017, contre plus de 6% un an plus tôt. Mais certains pays présentent des taux bien plus élevés.

Créances douteuses NPL BCE

[Ratio de prêts non-performants dans les institutions de crédit immatriculées en zone euro et dans l'UE. Crédit : BCE]

"Malgré des progrès importants, les prêts non performants restent un problème chez certaines grandes banques européennes", relevait ainsi l'agence de notation Moody's dans une note du 6 juin.

La Grèce, Chypre, le Portugal, l'Italie et l'Irlande en tête

En Grèce et à Chypre, le ratio avoisinait les 40% fin 2017 (44,9% pour l'une et 38,9% pur l'autre. Au Portugal, il dépassait les 15%, en Italie les 11% et en Irlande les 10%. La Pologne se situe juste au-dessus des 5%. L'Espagne affiche un taux de 4,5%, faussé par l'absence des prêts immobiliers sur les biens saisis.

A titre de comparaison, la France se situait à 3,1%, l'Allemagne à 1,9% et le Royaume-Uni à 1,5%.

créances douteuses NPL banques euro EBA

[Cliquer sur l'histogramme pour l'agrandir. Crédit : European Banking Authority/Moody's]

Le patron d'Ubibanca, la cinquième banque italienne, avait indiqué en janvier dernier que la Banque centrale européenne (BCE) exigeait que les banques ramènent rapidement à moins de 10% de leurs encours la part des créances douteuses (ou NPL pour non-performing loan). La première banque italienne, UniCredit, a vendu un portefeuille de 17,7 milliards d'euros de NPL à l'été 2017 aux fonds américains Pimco et Fortress. En avril dernier, Intesa a annoncé la cession de 10,8 milliards de créances douteuses. En février dernier, le sous-gouverneur de la Banque d'Italie estimait  à 30 milliards d'euros le total des NPL vendus par les établissements du pays l'an dernier et à 25 milliards le total prévu au cours du premier semestre 2018, prédisant un ratio net de prêts non-performants de 7,8%. Ces cessions s'opèrent généralement avec une décote par rapport à la valeur des prêts dans les comptes.

Si ce plafond est adopté, les banques risquent de devoir accélérer leur programme de nettoyage du bilan. Le document adopté par Emmanuel Macron et Angela Merkel précise toutefois que les "autorités compétentes" définiront des stratégies individuelles pour la réduction des stocks de prêts non performants pour les banques concernées, laissant la main aux banques centrales nationales.

"Dans certains pays, le niveau élevé de prêts non performants pourrait peser sur la capacité des banques à accompagner la croissance économique", analysait Alain Laurin, directeur associé chez Moody's France dans la note de juin.

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a écrit le 24/06/2018 à 1:30 :
„les "autorités compétentes" définiront des stratégies individuelles“ - s‘il y aura des divergences nationales dans l‘octroi des crédits, il sera logique d‘avoir aussi des réseaux nationaux garantissant les avoirs des clients au lieu d‘un système commun comme c‘est proposé dans le cadre d‘une union bancaire.
a écrit le 23/06/2018 à 13:17 :
les créances douteuses ne devraient pas dépasser les 1,5% pour tous les pays de l’UE.

il faudrait une réforme  sur les banques UE:

bloquer les «  investissements  et aides généraux » pour les banques qui «  n’ont pas « la provision  couvrante » sur l’année en cours » pour les créances douteuses .

ça permettrait « de responsabiliser » les banques UE qui s’adossent trop sur l’union Européenne , plus de sérieux et de professionnalisme en somme.
a écrit le 21/06/2018 à 7:52 :
Les créances douteuses... celles des Etats surendettés ? Comme la France ? Dont le montant de la dette est hors de contrôle et s'accroît année après année ?
Réponse de le 24/06/2018 à 11:04 :
Non car les créances des États sont des actifs de classe 3, alors que les prêts sont des actifs de classe 2.
a écrit le 20/06/2018 à 19:19 :
Ouuff.. Le hors-bilan est sauvé. Magnifique coup d'épée dans l'eau.
a écrit le 20/06/2018 à 19:10 :
700 milliards de créances douteuses, pour ne pas dire irrécouvrables, sans compter les hors bilan, c'est un peu alarmant. Plus d'un tiers des banques européennes sont sous le ratio de 5 % prévu, et la constitution des fonds nécessaire pour atteindre ce ratio prendra du temps, pendant lequel beaucoup de choses peuvent se passer . Mais comme " les autorités compétentes définiront les stratégies individuelles pour la réduction des stocks de prêts non performants ( ... ) ", il ne faut pas s'inquiéter .
a écrit le 20/06/2018 à 17:17 :
Il serait intéressant de connaitre pour chacun des pays la valeur en € Mlds de ces NPL.
Comment a été déterminé l'objectif 5 % des encours ?
Cordialement
Réponse de le 21/06/2018 à 2:53 :
"Comment a été déterminé l'objectif 5 % des encours ?"
Au pifomètre !
Réponse de le 24/06/2018 à 11:03 :
C’est une question très intéressante en effet, pourquoi 5 % et pas 7 ou 6,5 ?

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