Emettre un green bond, c’est « faire quelque chose de bien pour la planète »

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Suzanne Buchta considère que la France le, leader mondial des obligations vertes souveraines, constitue « un exemple à suivre » pour les autres États.
Suzanne Buchta considère que la France le, leader mondial des obligations vertes souveraines, constitue « un exemple à suivre » pour les autres États. (Crédits : BofAML)
Responsable de l’activité d’obligations vertes chez Bank of America Merrill Lynch, le leader mondial en la matière, Suzanne Buchta est convaincue que de plus en plus de secteurs industriels et d’États vont eux aussi se lancer dans ce nouveau type de financement de projets à l’impact environnemental positif. De passage en France, elle nous livre ses réflexions sur l’évolution de ce marché naissant mais en forte croissance, malgré un contexte politique et de marchés plus difficile.

Si la France est pionnière en matière de finance verte, c'est Bank of America Merrill Lynch qui a pris le leadership du côté des banques, les françaises Crédit Agricole et BNP Paribas étant toutefois très bien placées. Un engagement de longue date porté par Suzanne Buchta, la responsable mondiale de l'activité "obligations vertes" de Bank of America Merrill Lynch, qui a participé à la rédaction des "Green Bond Principles" en 2013, établissant de premiers standards pour ces emprunts obligataires finançant des projets à l'impact positif contre le changement climatique.

De passage en France pour les Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, cette militante de la démarche ESG (enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance) nous livre ses réflexions sur l'évolution de ce marché encore jeune, qui a bondi de 78% à 155 milliards de dollars l'an passé. Une goutte d'eau représentant encore à peine quelques pourcents de l'ensemble des marchés obligataires. La France, leader, constitue à ses yeux « un exemple à suivre » pour les autres États.

LA TRIBUNE - Bank of America Merrill Lynch est le leader mondial en matière d'arrangement de "green bonds" depuis trois ans et cette année à ce jour. À quoi tient cette première place ?

SUZANNE BUCHTA - Être leader ou un des leaders, selon les classements, est une grande satisfaction pour nous. Au premier trimestre 2018, nous avons participé à la mise en œuvre de plusieurs "muni bonds" [émis par des collectivités locales américaines, ndlr] et à celle de plusieurs obligations vertes d'entreprises, notamment françaises. Bank of America a été l'une des banques ayant arrangé le tout premier green bond, émis en 2007 [par la Banque européenne d'investissement (BEI), ndlr]. Quand je l'ai rejointe en 2010, on m'a expliqué qu'il fallait convaincre le comité d'approbation interne et mon prédécesseur m'a souhaité bonne chance dans mes efforts de coordonner la vente des obligations vertes. Nous nous sommes surtout demandé, avec l'appui de notre branche de gestion de patrimoine Merrill Lynch, comment faire pour que les "green bonds" changent de dimension, comment étendre ce produit au-delà des agences supranationales notées triple A, à toutes les catégories d'émetteurs, y compris ceux notés triple B.

Lire aussi : Qu'est-ce qu'un green bond ?

Nous avons acquis de solides connaissances dans le domaine. En 2013, Bank of America a été la première entreprise à émettre un green bond corporate de taille "benchmark" (de référence) en dollars, pour 500 millions de dollars, pour lequel nous avons été aussi coordinateur global. Nous en avons émis un autre de 600 millions de dollars en 2015, un troisième d'un milliard de dollars en novembre 2016. Nous venons d'émettre en mai 2018 notre quatrième green bond, d'un montant de 2,25 milliards de dollars. Nous retournons sur le marché, c'est important de montrer que c'est un engagement de long terme.

Je dois dire qu'il y a eu un travail de pédagogie interne important et qu'il est désormais très facile de s'associer sur la finance verte à nos banquiers en Asie, en Europe et aux États-Unis. Une fois qu'on a goûté aux "green bonds", au sentiment d'avoir fait quelque chose de bien pour la planète, d'avoir une histoire positive à raconter, on a envie de recommencer.

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Green bonds league table banques H1 2018

[Classement des banques arrangeuses de "green bonds" dans le monde par montant, nombre d'émissions et part de marché. Crédits : Global Capital / Dealogic]

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Est-ce compliqué de promouvoir la finance verte quand on est une banque américaine, dans le contexte de la sortie des États-Unis des Accords de Paris ?

Il est vrai que l'on a observé un léger ralentissement du marché américain. L'an dernier, seules deux grandes entreprises américaines ont émis des obligations vertes [Apple pour un milliard de dollars et MidAmerican Energy, une société contrôlée par Warren Buffett, ndlr]. Cette année, ont émis sur le marché une compagnie d'électricité du Michigan, nous-mêmes avec notre green bond de 2,25 milliards, une société immobilière et puis une banque australienne a réalisé sa première émission en dollars américains [National Australia Bank, ndlr]. Nous en sommes au commencement. Il est à noter que plus de 1.500 entreprises ont signé le manifeste "We are still in" pour exprimer leur soutien aux Accords de Paris. Il est plus facile de convaincre les états-majors, car au niveau des CEO, l'enjeu stratégique est mieux perçu.

Le message que nous faisons passer aux entreprises est le suivant : si vous êtes déjà engagés dans une démarche durable, les green bonds sont un excellent moyen de mettre en valeur tout le travail accompli. Si ce n'est pas le cas, il faut se dire que ce serait peut-être bon aussi pour le business, car il y a énormément d'innovation dans le "green" et le durable.

Lire aussi : Brexit : Bank of America choisit une pointure pour diriger Paris

Un peu plus de 70 milliards de dollars d'obligations vertes ont été émises depuis janvier. Comment voyez-vous le marché évoluer ?

Il y a une bonne impulsion. Je pense que le second semestre 2018 sera au moins aussi dynamique que le premier. Ceci dit, nous faisons face à des marchés financiers de plus en plus difficiles, nous avons mis en pause certains mandats. Nous avons un carnet très solide de projets dans les tuyaux, dans tous les segments, les entreprises, les supranationaux, et dans toutes les géographies. À chaque fois qu'un nouveau secteur s'ouvre, il y a généralement un leader qui joue les défricheurs, mais cela prend toujours un certain temps avant que les autres acteurs ne suivent.

Nous allons voir de plus en plus de secteurs industriels entrer sur le marché. Quant aux souverains, je ne peux pas parler des discussions que nous avons, mais lorsqu'un émetteur aussi important que la France - le leader mondial en matière d'obligations vertes souveraines - est aussi actif, les autres pays voient un exemple à suivre. Nous nous attendons à ce que les États prennent les "green bonds" de plus en plus au sérieux dans les années à venir.

Propos recueillis par Delphine Cuny

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VOIR AUSSI L'INTERVIEW DE SUZANNE BUCHTA
LORS DES RENCONTRES ECONOMIQUES D'AIX

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Commentaires
a écrit le 12/07/2018 à 8:46 :
"Mon nom est Bond, Green Bond et je viens sauver le monde !"

Bah, même si on est de moins en moins bien payé pour toujours plus travailler au son des nombreuses mascarades on peut bien rigoler.
a écrit le 11/07/2018 à 17:52 :
Le leader dans ce domaine c'est Crédit Agricole CIB et c'est une banque fraçaise.

Essayez de promouvoir une banque française aulieu de mettre en valeur une banque américaine
a écrit le 11/07/2018 à 13:34 :
Toutes les solutions sont bonnes à prendre.
Si l'on attend après les Etats, on voit que l'on est tout aussi rapidement soumis aux contradictions et aux intérêts conservateurs de chacun. Plus le paquebots est gros, plus il a de mal à changer de cap.
Au moins dans ce cas on a une tentative de rentabilité financière, ce qui prouve en partie que le modèle économique et la préservation de l'environnement humain peuvent cohabiter.
Cela peut aussi aller dans le sens des populations elles mêmes, puisque les moyens de production propres peuvent par leur développement massif (par exemple dans le domaine des énergies renouvelables) faire baisser les prix tout en polluant moins. La ressource étant par définition quasi illimitée.
C'est aux pays occidentaux de montrer l'exemple, d'ailleurs si tous les autres pays suivent le même schéma de développement que nous, il est probable que cela se termine par une crise planétaire majeure.
a écrit le 11/07/2018 à 13:12 :
quand l industrie fait de l ecologie cela donne les pellets (au début les copeaux et sciures d'usine) maintenant abattage des arbres par milliers
combien d exemples de cette nature
a écrit le 11/07/2018 à 11:46 :
Quelle hypocrisie! Faire de la finance verte pour ne pas sortir du ronron de l'exploitation et la transformer en du virtuel qui n'existe que si l'on y croit!
a écrit le 11/07/2018 à 9:33 :
LOL !

Merci c'est bien agréable de rire de bon matin de la sorte !

"Catastrophes climatiques cotées en Bourse: Quand la finance se branche sur la nature" https://www.monde-diplomatique.fr/2014/03/KEUCHEYAN/50199 (article gratuit)

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