L'obligation verte de la France atteint le record de 14,8 milliards d'euros

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Les fonds levés dans le cadre de l'émission de l'obligation verte de la République française seront utilisés majoritairement pour financer des projets dans le bâtiment, la biodiversité et l'agriculture, le transport et les énergies.
Les fonds levés dans le cadre de l'émission de l'obligation verte de la République française seront utilisés majoritairement pour financer des projets dans le bâtiment, la biodiversité et l'agriculture, le transport et les énergies. (Crédits : DR)
La France a ouvert une quatrième tranche de son green bond émis en 2017 pour lever 4 milliards d'euros supplémentaires. Sa place de premier émetteur souverain mondial sera difficile à tenir.

Le double du montant initial. L'Agence France Trésor a annoncé avoir levé 4 milliards d'euros supplémentaires dans le cadre de la quatrième tranche de son OAT verte à 22 ans, émise en janvier 2017 pour un montant de 7 milliards. À l'époque, la France s'était fait devancer de peu par la Pologne pour être le premier État au monde à émettre une "obligation verte", ce type d'emprunt obligataire émis sur les marchés financiers, pour financer des projets liés à la transition écologique. Depuis, d'autres pays ont suivi, les îles Fidji, le premier émergent à lancer un emprunt vert, en octobre dernier, le Nigéria en décembre, l'Indonésie et la Belgique en février. La Pologne a émis son second green bond en février pour un milliard d'euros, la Lituanie son tout premier pour 20 millions d'euros en avril.

"L'encours de l'OAT verte, qui s'établit désormais à 14,8 milliards d'euros, conforte la France dans son positionnement de premier émetteur souverain sur le marché de la finance verte", se félicite l'Agence France Trésor dans son communiqué, ajoutant que cette opération "permet à la France [...] de réaffirmer l'importance qu'elle attache au financement de la transition énergétique"

Lire aussi : Qu'est-ce qu'un green bond ?

La demande des investisseurs a été forte : elle s'est élevée à 13,75 milliards d'euros, plus du triple des titres effectivement servis. Les investisseurs (gestionnaires d'actifs, banques, assureurs, fonds de pension) sont à 29% français, à 28% britanniques, suivis d'Allemands, de Néerlandais et de Nordiques (seulement 6% d'Américains). L'opération a été réalisée par syndication, les chefs de file étant BNP Paribas, Citigroup, Crédit Agricole CIB, Natixis et Société Générale CIB. Au dernier pointage, selon Dealogic, les banques françaises sont toujours bien positionnées sur le marché des green bonds : Crédit Agricole est au deuxième rang mondial, derrière Bank of America, devant BNP Paribas et Citigroup.

Lire aussi : La France pionnière et moteur de la finance verte

Crédit d'impôt, recherche, spatial et forêt

Ce nouvel abondement fait suite à une émission de 1,1 milliard d'euros par adjudication en avril. L'assiette maximale des dépenses vertes éligibles identifiées pour 2018 a été fixée à 8 milliards d'euros. Les fonds doivent être majoritairement utilisés pour des projets dans le bâtiment, la biodiversité et l'agriculture, le transport et les énergies.

Conformément à ses engagements de transparence, l'Agence France Trésor vient de publier le premier rapport d'allocation et de performance de l'OAT verte qui établit la conformité de l'usage des fonds aux objectifs initiaux : le crédit d'impôt transition énergétique (pour travaux de rénovation de l'habitat) et la recherche dans le domaine de l'environnement (Cirad, Cnrs, Ifremer, Inra, etc) ont récolté les plus gros montants alloués (3,2 milliards et 2,2 milliards), devant la technologie spatiale pour l'observation de la Terre (674 millions), l'entretien des voies navigables (470 millions) et la gestion de la forêt (467 millions).

L'obligation verte "continuera d'être abondée, selon la demande qui sera exprimée par le marché, dans la limite des dépenses vertes éligibles", précise l'Agence France Trésor.

Lire aussi : « Il faut une stratégie pour réorienter l'épargne des Français vers la finance verte »

Concurrence de Hong Kong

Sa première place ne sera pas facile à défendre. Le gouvernement de Hong Kong a annoncé en mars son intention de lancer un programme de green bonds de 100 milliards de dollars hong-kongais, environ 11 milliards d'euros, dans son budget 2018-2019. Ce qui, à l'époque, avant les abondements de l'OAT verte, lui permettait d'imaginer de battre le record français et de briguer la première place.

D'autres green bonds souverains pourraient être émis cette année : les candidats potentiels cités par les banques sont les Pays-Bas, l'Irlande et la Suède, et en Afrique,  le Maroc et le Kenya. De nombreuses collectivités locales sont aussi émettrices, la Région Île-de-France, la Rhénanie du Nord Westphalie, la Californie, la Ville de Paris et celle du Cap en Afrique du Sud par exemple.

Le marché des green bonds a atteint un record de 155,5 milliards de dollars l'an dernier, la France apparaissant comme le deuxième émetteur public, derrière l'agence américaine de prêts hypothécaires Fannie Mae. L'agence Moody's table sur près de 250 milliards cette année, soit une croissance de 60%. Depuis le début de l'année, on en est encore loin : ce sont 71 milliards de dollars d'obligations vertes qui ont été émises selon le recensement de Climate Bonds Initiative.

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Commentaires
a écrit le 29/06/2018 à 16:54 :
La France finance sont développement durable à crédit. A savoir comment les fonds sont utilisés alors qu'ils sont en " réserve " pour les opérations futures?
a écrit le 28/06/2018 à 17:57 :
C'est un peu normale que la France est le leader mondiale des obligations vertes, car ce n'est que du bla bla, et dans domaine aussi la France est le leader mondiale.
Un "Green-Bond" est comme une autre obligation, il faut la rembourser à l'échéance et il faut payer les intérêts chaque année. Rien de nouveau, sauf le bla bla en plus.
a écrit le 28/06/2018 à 17:18 :
Verte ou pas ça reste de la dette qu'il faudra rembourser.
a écrit le 28/06/2018 à 16:50 :
"L'obligation verte"

Ça ne s'invente pas...

"Repeindre le capitalisme en vert" https://www.monde-diplomatique.fr/publications/manuel_d_economie_critique/a57052 (article gratuit)

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