Encaisser un chèque avec son mobile ? Pas si simple !

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La Caisse d'Epargne Rhône Alpes a été la première banque en France à lancer le scan de chèque par smartphone. Le Crédit Agricole teste l'encaissement par smartphone en Normandie et en Midi-Pyrénées. Au Royaume-Uni, le secteur bancaire prépare la généralisation de cette technologie à partir d'octobre.
La Caisse d'Epargne Rhône Alpes a été la première banque en France à lancer le scan de chèque par smartphone. Le Crédit Agricole teste l'encaissement par smartphone en Normandie et en Midi-Pyrénées. Au Royaume-Uni, le secteur bancaire prépare la généralisation de cette technologie à partir d'octobre. (Crédits : Cheq'Scan CERA)
Le Crédit Agricole a lancé cet été la remise de chèque d'une simple photo avec son smartphone dans deux caisses régionales. La Caisse d’Epargne Rhône-Alpes teste cette fonction depuis trois ans. La dématérialisation du chèque butte en France sur l’obligation légale de la remise au format papier et la crainte de la fraude.

Des inscriptions aux activités extra-scolaires à la consultation du médecin, le chèque reste un moyen de paiement incontournable dans le quotidien des Français. Il faut pourtant se déplacer en agence pour le déposer ou l'envoyer par courrier (affranchi en général, même à La Banque Postale depuis peu) et attendre quelques jours pour le voir crédité. L'an dernier, les Français ont signé quelque 2,1 milliards de chèques, selon les données de la Banque de France, pour un montant total de 1.077 milliards d'euros : même si ces chiffres sont en baisse de 8% par rapport à 2015, la France détient le record d'Europe en la matière, puisqu'elle est à l'origine de près de 7 chèques sur 10 émis dans l'UE ! La Banque de France et le gouvernement, dans le cadre de la stratégie nationale sur les moyens de paiement, font la promotion des alternatives, telles que le virement ou le prélèvement, qui seront bientôt instantanés.

Certaines banques essaient de moderniser ce moyen de paiement, introduit en France il y a plus de 150 ans, qui peut sembler archaïque à l'heure de la carte sans contact et de la banque mobile, afin de le faire basculer à l'ère numérique.

Date de valeur au jour même

Le Crédit Agricole a commencé à tester depuis juillet « avec de vrais clients » dans deux caisses régionales, en Normandie et Nord-Midi-Pyrénées, la fonctionnalité de scan du chèque par smartphone, au sein de son application mobile MaBanque.

« Le dépôt à distance répond à une demande récurrente des clients, car se déplacer ou affranchir constitue une cause d'irritation chez nombre de clients », nous explique Michèle Guibert, directrice relation client et innovation au Crédit Agricole S.A.

La remise de chèque se fait en prenant une photo avec son téléphone : l'utilisateur doit vérifier les données et envoyer la photo via l'application. « C'est simple et sécurisé », promet la banque. Seul hic : il faut quand même envoyer le chèque par courrier, pour des raisons légales.

« L'avantage de l'encaissement par mobile, pour le client bénéficiaire, est d'être crédité en date de valeur de la photo du chèque, sous réserve d'encaissement du chèque. Cela améliore aussi l'expérience client. L'envoi se fait par courrier, sans affranchir, un coût que nous absorbons »,  fait valoir Michèle Guibert.

Chèque scan mobile Crédit Agricole

[Démonstration de la fonctionnalité de remise de chèque par mobile. Crédit : Crédit Agricole S.A.].

Digitalisation du traitement du chèque

La fonctionnalité a été développée en interne par le GIE informatique du groupe Crédit Agricole mais pour l'instant activée uniquement pour les deux caisses pilotes. Un premier bilan sera dressé à la mi-septembre avant une probable généralisation. Au cours du premier mois, en juillet, la Banque verte a enregistré 500 remises de chèques par mobile. Un chiffre encourageant même s'il reste modeste au regard des 200 millions de chèques déposés par mois à l'ensemble des 40 caisses régionales du Crédit Agricole (soit environ 800.000 par caisse en moyenne).

« Pour la banque, cela facilite le traitement et son automatisation : le chèque arrive directement au centre de traitement, sans passer par l'agence où il doit habituellement être scanné par un des personnels. C'est tout l'intérêt de la digitalisation : on gagne en efficacité et les collaborateurs peuvent se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée », souligne la directrice innovation et relation client au Crédit Agricole S.A.

Les clients de la banque en ligne du Crédit Agricole, BforBank, peuvent déjà numériser leurs chèques avec une application mobile dédiée, B Check, mais les commentaires des utilisateurs sur les app stores sont mitigés.

La Caisse d'Epargne Rhône-Alpes avait été la première banque en France à proposer cette innovation : elle avait lancé en septembre 2014 une application (pour iPhone et Android), Cheq'Scan, spécialement conçue pour la remise de chèque par smartphone à partir de la solution Scantopay de l'éditeur de logiciels Tessi. « Le client gagne du temps et de l'argent » se félicitait au lancement la Caisse d'Epargne, qui mettait aussi en avant la « diminution des coûts de traitements grâce à un gain de temps pour les collaborateurs du front et du back-office.»

Le test est toujours en cours et n'a pas été étendu à d'autres caisses du groupe BPCE pour l'instant : l'application a été améliorée et ouverte à la clientèle des professionnels, l'envoi de chèque par courrier est gratuit depuis le printemps, ce qui en a accéléré l'adoption.

« En un an, le nombre de clients utilisateurs et le nombre de chèques remis ont été multipliés par deux », nous précise un porte-parole des caisses d'épargne, sans communiquer sur le volume.

La France en retard

Malgré les attentes des clients, ce n'est pas, semble-t-il, un axe de développement prioritaire pour les autres banques françaises : il n'y a d'ailleurs aucune réflexion de place sur le sujet, nous indique la Fédération bancaire française (FBF). En réalité, les banques n'ont surtout pas envie de faire la promotion du chèque, un moyen de paiement qui leur coûte cher (2,5 milliards d'euros par an selon certaines estimations).

La France est en retard dans ce domaine. Aux Etats-Unis, la remise de chèque par smartphone, lancée en 2009 par la banque USAA (ses clients sont les militaires américains et leur famille), s'est généralisée ces cinq dernières années. La deuxième plus grande banque de détail du pays, Bank of America, propose le « dépôt mobile de chèque » depuis 2012. Au deuxième trimestre de cette année, ses clients ont remis quelque 31 millions de chèques par mobile, soit plus de 10 millions par mois, ce qui a représenté plus 20% de l'ensemble des chèques déposés auprès de la banque.

« Le processus est entièrement numérique », nous précise une porte-parole de Bank of America.

[Démonstration de la fonctionnalité Mobile Check Deposit de l'application de Bank of America]

Inutile en effet d'envoyer le chèque par courrier ou même de le conserver : une loi remontant à 2003, « Check 21 » (loi pour la compensation du chèque au 21ème siècle) autorise les bénéficiaires d'un chèque à en créer une version numérique de substitution.

Au Royaume-Uni, le système bancaire va basculer dans la numérisation du chèque à partir du 30 octobre : l'organisme de place Cheque & Clearing Company va « introduire une nouvelle méthode plus rapide de compensation des chèques en utilisant la technologie du 21e siècle », Image Clearing System. Ce système de compensation d'image-chèque fonctionnera d'abord avec un groupe limité de banques (qui ne s'enverront plus que la ligne de code et le scan du chèque), puis sera généralisé au second semestre 2018.

La Barclays a pris les devants et commencé un pilote il y a plusieurs mois : ses clients peuvent utiliser leur smartphone pour scanner leur chèque, à condition que ce dernier soit de la même banque (pour l'instant) et inférieur à 500 livres. Environ 175.000 clients ont participé au test. Chaque banque proposera son application, ou non, à son rythme, mais les clients devraient tous gagner en termes de date de valeur, d'un jour ouvrable contre six maximum actuellement. Ce basculement ne sera pas anecdotique : les Britanniques sont les deuxièmes plus gros émetteurs de chèques en Europe (477.000 en 2016).

Le papier, rempart contre la fraude ?

Pourquoi la France semble-t-elle autant à la traîne ? Alexandre Stervinou, chef du service de la surveillance des moyens de paiement scripturaux à la Banque de France, relativise :

« Pour la partie interbancaire, le système est entièrement automatisé et dématérialisé depuis 2001. Les banques françaises ne s'échangent plus les chèques sous format papier, sauf pour des montants élevés ou lors de contrôles aléatoires, mais sous format électronique, en lignes de code informatique », nous rappelle-t-il.

En revanche, le législateur a préféré rester pour le moment sur le principe que seul le papier fait foi.

« Un chèque doit être rédigé sur un support papier, comme l'exige le code monétaire et financier. Toute initiative de dématérialisation, par exemple le scan par un commerçant, n'empêche pas la nécessité de remettre physiquement le chèque à la banque. Il est important de noter que malgré la baisse de son usage, le chèque fait encore l'objet d'une fraude importante, comme relevé par l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement », souligne Alexandre Stervinou.

Le papier n'est apparemment pas un rempart contre la fraude. En 2016, la fraude sur les chèques payés en France a représenté un montant total de 272 millions d'euros, soit un taux de fraude de 0,025% (l'équivalent d'un euro de fraude pour 4.000 euros de transaction), qui reste plus de deux fois inférieur à celui de la carte. Il s'agit majoritairement de l'utilisation frauduleuse de chèques perdus ou volés, ou de falsifications (montant, bénéficiaire).

S'il n'y a pas de blocage de principe à l'égard de la dématérialisation des chèques, les pouvoirs publics se montrent assez circonspects :

« Les technologies de scan de chèque ne sont pas toutes égales et une nécessaire vigilance est à apporter sur leur usage », fait valoir l'expert de la Banque de France.

Un changement de législation ne semble donc pas pour tout de suite. D'autant que le chèque reste essentiellement national et ne fait pas partie des instruments SEPA (Espace unique de paiement en euros), à la différence de la carte, du virement et du prélèvement, considérés comme des moyens de paiement modernes et d'avenir.

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a écrit le 12/09/2017 à 7:41 :
Les chinois payent avec WePay ou AliPay avec leurs Smartphone, alors que les français s'obstinent de payer un des chèques en papier comme au 19ème siècle.
a écrit le 12/09/2017 à 6:06 :
En France l'habitude a la vie dure. Le cheque ce moyen de paiement datant du siecle dernier alors qu'en Chine, presque la totalite des reglements se font par telephone.
Alors President ?
a écrit le 11/09/2017 à 19:46 :
scanner du chèque
a écrit le 11/09/2017 à 11:03 :
Non mais on peut payer en relais colis, c'est un moyen très pratique car souvent gratuit de se faire livrer et on paye sur place, du coup refuser les chèques est complètement ridicule.

Si je dis que le moyen le plus sécurisé de payer par internet c'est le chèque ce n'est pas pour payer en carte bleue, la moitié des mes connaissances se sont fait escroquer au moins une fois en payant en ligne en plus pour la comptabilité c'est bien plus pratique.

"C'est étonnant, nombreux ne jurent que par le liquide qu'on peut stocker sous le matelas par précaution anti-bancaire"

L'argent liquide permet surtout aux PME et indépendants de ne pas tout déclarer étant donné que s'ils déclarent tout ils ferment les portes puisque les gros actionnaires et les multinationales ne payent rien l'état, le serviteur des riches, imposant de façon disproportionné les petits et moyens. Vous y voyez donc un moyen de fraude, j'y vois moi un moyen de résistance à notre société oligarchique injuste et inhumaine d'autant que mafia et finance ne faisant plus qu'un les mafieux n'ont plus besoin de liquides surtout qu'en plus pour les activités à 100% illégales ils ont maintenant le bitcoin et dérivés.

Bref c'est le "Triomphe de l'oligarchie". https://www.monde-diplomatique.fr/2010/06/A/19241
a écrit le 11/09/2017 à 10:16 :
Le paiement internet le plus sécurisé c'est le chèque, dommage par contre que des boites comme CDISCOUNT qui prennent le liquide ne prennent pas les chèques, du coup je vais chez ldlc et en plus le service après vente y est tout simplement formidable, quand on a besoin de quelque chose on téléphone et on a un humain qui nous répond !

Alors maintenant que mafia et finance ne font plus qu'un ils veulent se débarrasser des chèques et du liquide mais je vois mal comment ils pourront y parvenir...
Réponse de le 11/09/2017 à 10:39 :
Ils ont une boutique Cdiscount (Bordeaux) ? Je ne les connais que par le web, Ldlc aussi, Lyon est à perpèt de Chambéry, et de Paris c'était pire.
Parfois c'est pour éviter les fraudes, mais le plafond a été abaissé pour payer en liquide. La CB, vous n'en avez pas (ma Gold est gratuite, banque en ligne) ?
C'est étonnant, nombreux ne jurent que par le liquide qu'on peut stocker sous le matelas par précaution anti-bancaire, ou dans des valises (attention aux cambriolages), il faut bien payer avec pour le dépenser. :-)
Réponse de le 11/09/2017 à 11:05 :
Oups désolé j'ai fais une erreur d'aiguillage je vous ai répondu plus haut du coup...
a écrit le 11/09/2017 à 7:28 :
Pourquoi encore investir de l'argent dans le moyen de paiement du siècle passé??
Supprimons ces chèques et passons à quelque chose de plus moderne comme le reste du monde.

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