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Entreprises & FinanceBanques / Finance

France Active, un Ovni financier au service des entrepreneurs engagés

Juliette Raynal

Publié le 08 novembre 2019 à 13:10

France Active fait partie des tous premiers investisseurs de l'école de code Simplon.co qui s'adresse aux populations précaires.

France Active fait partie des tous premiers investisseurs de l'école de code Simplon.co qui s'adresse aux populations précaires.

Frédéric Bieth Photography

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La semaine de la finance solidaire tient sa 12ème édition du 4 au 11 novembre. L'association France Active garantit les prêts bancaires des demandeurs d'emploi et investit dans les entreprises de l'économie sociale et solidaire. En 2018, elle a mobilisé 306 millions d'euros, soutenu 7.500 entreprises et permis la création ou le maintien de quelque 40.000 emplois, nous explique son président Pierre-René Lemas.

Utiliser l'ingénierie financière pour aider les chômeurs à créer leur propre entreprise et donc leur propre emploi. C'est sur ce créneau, assez proche de celui de l'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie) qui utilise le microcrédit comme arme de lutte contre le chômage, qu'est née l'association France Active, il y a plus de 30 ans. Derrière cette initiative de finance dite solidaire : Claude Alphandéry, figure de la Résistance française puis banquier, aujourd'hui âgé de 96 ans. Nous sommes alors en 1988 et, depuis quatre ans, la France connaît un chômage de masse avec un taux supérieur à 8%.

Comme l'Adie, France Active s'adresse aux personnes éloignées de la vie active. En 2018, 90% des entrepreneurs soutenus étaient demandeurs d'emploi, dont un tiers bénéficiaires des minima sociaux. 30% avaient moins de 30 ans lors de l'accompagnement et 20% ont entrepris dans des territoires fragiles, que ce soit dans les quartiers de banlieues ou en zones rurales.

"57% de nos créateurs d'entreprise ont le bac ou moins que le bac", précise Pierre-René Lemas, actuel président de France Active, ex-DG de la Caisse des dépôts et ancien secrétaire général de l'Elysée sous François Hollande.

En 2018, l'association a accompagné et financé 7.500 entreprises, mobilisant 306 millions d'euros et aidant à la création ou au maintien d'environ 40.000 emplois sur la même période.

"Quatre entrepreneurs sur cinq passent le cap des trois ans. Et, nous constatons qu'un emploi créé la première année, génère quatre emplois supplémentaires cinq ans plus tard. Ce sont non seulement des entreprises pérennes, mais en développement", souligne Pierre-René Lemas.

Asset manager social et société de garantie bancaire

Le mode opératoire de France Active est toutefois très différent de celui de l'Adie.

"France Active est un Ovni dans la finance. Nous sommes à la fois un asset manager [gestionnaire d'actifs] social et une société de garantie", expose Pierre-René Lemas.

Concrètement, France Active propose de porter une partie du risque des prêts réalisés par les demandeurs d'emplois. "Si un emprunteur ne parvient pas à rembourser, France Active remboursera une large partie du prêt à sa place. Pour la banque, le risque est donc très limité et cela a un véritable effet démultiplicateur", explique le dirigeant. En échange de cette facilitation d'accès au prêt, l'association prélève une commission de 2,5% à l'emprunteur.

Outre cette source de revenus, France Active, régulée par l'Autorité de contrôle prudentiel et de régulation (ACPR) adossée à la Banque de France, s'appuie surtout sur des ressources publiques (Caisse des dépôts, Bpifrance, collectivités territoriales, institutions européennes) et privées (Mirova, Humanis Gestion d'Actifs, Ecofi, Amundi ou encore le Fonds agir pour l'emploi EDF).

Près de 30 millions d'euros investis en 2018

France Active est aussi une société de gestion, dotée d'une enveloppe de 210 millions d'euros. Sa performance, modeste, oscille entre 0,2% et 0,5% selon les années. Elle investit en capital dans les entreprises de l'économie sociale et solidaire pour favoriser leur développement. Fin 2018, France Active comptait au total près de 1.900 entreprises en portefeuille. La plus connue est sans doute Simplon.co, l'école de code qui s'adresse aux populations les plus précaires, qui a récemment levé 12 millions d'euros pour se développer en réseau.

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Sur la seule année 2018, France Active a investi 28,6 millions d'euros dans 434 entreprises contribuant à la création et à la consolidation de plus de 19.500 emplois sur les différents territoires. Les fonds qu'elle investit proviennent de différentes sources. L'épargne est collectée soit auprès des partenaires institutionnels, telles que les banques et les mutuelles, soit par l'intermédiaire de sociétés de gestion qui distribuent auprès de leurs clients des produits d'épargne solidaire.

Développer l'épargne solidaire

"Nous souhaitons passer de près de 30 millions d'euros d'épargne solidaire mobilisée aujourd'hui à 100 millions d'euros dans cinq ans", indique Pierre-René Lemas, qui mise sur le développement de l'épargne solidaire, dont les produits sont encore très peu diffusés auprès des particuliers. Fin 2018, les encours globaux de l'épargne solidaire représentaient en France 12,4 milliards d'euros selon le baromètre de l'association Finansol, soit 0,26% de l'épargne totale en France. "Une goutte d'eau !", s'exclame Pierre-René Lemas.

Les encours solidaires sont toutefois en hausse de 8,7% sur un an et ont été multipliés par quatre depuis 2012. Cette accélération est directement liée à la plus large diffusion de l'épargne salariale en France, qui représente environ deux tiers des encours solidaires grâce à la mise en place, via la loi Fabius en 2001, des fonds dits "90/10", investis pour 90% en investissements socialement responsables (ISR) et pour 10% dans des entreprises non cotées à forte utilité sociale.

"La bonne nouvelle, c'est que la loi Pacte prévoit que dans chaque produit d'assurance vie, il soit proposé au moins un produit d'épargne solidaire [ou vert]. Cette disposition ne sera toutefois effective qu'à partir de 2022", regrette Pierre-René Lemas.

Néanmoins, grâce à ce nouveau levier de distribution, les acteurs du secteur espèrent voir l'épargne salariale peser 1% des encours globaux d'ici à 5 ans.

Accompagner les "pré-entrepreneurs" et structurer des filières

En parallèle, France Active multiplie les initiatives pour renforcer son aide aux entrepreneurs engagés. "Nous souhaitons mettre l'accent sur la phase de l'émergence, située juste avant la création de l'entreprise", explique l'ancien directeur général de la Caisse des dépôts. Depuis septembre dernier, France Active a ainsi mis en place un nouveau dispositif baptisé La Place de l'Emergence. Le programme consiste à accompagner un "pré-entrepreneur" de l'innovation sociale sur une période de 6 à 8 mois. Celui-ci bénéficie de conseils en stratégie financière, est hébergé par une entreprise partenaire et perçoit une aide financière (des primes) grâce aux partenaires privés finançant le programme. France Active entend accompagner 150 personnes sur un an.

À lire également

  • Le microcrédit : une arme efficace de lutte contre le chômage
  • Envol des encours d'investissement responsable à 1.400 milliards d'euros
  • Epargne verte et responsable : les Français intéressés mais encore peu investis
  • Caisse des Dépôts : le DG Pierre-René Lemas fait campagne pour rester

L'association, qui compte 2.500 bénévoles et emploie 650 salariés à travers 42 antennes en régions, entend également créer en janvier prochain un fonds d'amorçage pour les entrepreneurs sociaux. L'objectif est de financer 100 entreprises en deux ans. Le fonds pourrait être doté d'une enveloppe de 10 millions d'euros et les tickets osciller entre 20 et 100.000 euros.

" A plus long terme, nous souhaiterions également contribuer à structurer des filières en finançant des modèles économiques globaux, comme l'économie circulaire par exemple. Nous souhaitons aller au-delà de l'addition de financements d'entreprises individuelles", confie Pierre-René Lemas.

Juliette Raynal

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