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Caisse des dépôts : le dossier urgent de François Hollande

Séverine Sollier

Publié le 18 mai 2012 à 16:18

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Première nomination importante de la présidence de François Hollande, celle du nouveau directeur général de la Caisse des dépôts ne sera effective qu'après les élections législatives. Les commissions des finances des deux assemblées doivent en effet donner leur avis préalable sur le candidat.

Très attendue et très politique, la nomination du nouveau directeur général de la Caisse des dépôts (CDC) devrait être l'une des premières de la présidence de François Hollande. Depuis le départ du précédent directeur général Augustin de Romanet début mars, la fonction est exercée à titre intérimaire par son adjoint, en poste depuis 2010, Antoine Gosset-Grainville auparavant directeur adjoint du cabinet du premier ministre François Fillon de 2007 à 2010.

Nicolas Sarkozy avait décidé de reculer toutes les nominations dans les établissements et entreprises publiques après l'élection présidentielle. Et lors de son discours d'investiture le 15 mai, François Hollande a précisé que "les règles de nomination des responsables publics seront encadrées et la loyauté, la compétence et le service de l'intérêt général seront les seuls critères pour déterminer mes choix pour les grands serviteurs de l'Etat". La désignation du patron de la CDC sera sa première mise à l'épreuve.

La Caisse des dépôts sera en effet en première ligne pour mettre en oeuvre les mesures présidentielles déjà annoncées sur le doublement du plafond du Livret A, les créations d'un livret d'épargne de l'industrie et d'une banque publique d'investissement" dédiée aux PME. Il lui faudra aussi mettre sur les rails la nouvelle banque des collectivités locales succédant à Dexia, dont la CDC détient 35% et la Banque Postale  65% et qui peine à démarrer. Enfin, le directeur général de la CDC joue un rôle clef dans le Fonds stratégique d'investissement (FSI) qui pourrait bien être sollicité dans les prochains mois sur des dossiers sensibles.

Uu calendrier très serré 

Pour ces raisons, le temps presse. D'autant que la nomination à la CDC aura un effet ricochet immédiat chez CNP Assurances, l'une de de ses principale filiales cotée en Bourse qui doit elle aussi désigner à la fois un nouveau président et un nouveau directeur général. Pour la première compagnie d'assurance-vie, le compte à rebours est lancé : son conseil d'administration est programmé pour le 22 mai prochain. Il doit arrêter les propositions de résolutions qui seront soumises à la prochaine assemblée générale de CNP le 29 juin. Et, la marge de manoeuvre quant au calendrier est nulle. Compte tenu des régles applicables aux sociétés cotées, les résolutions doivent être publiées 35 jours avant l'assemblée générale, la date de cette dernière ayant déjà été repoussée à l'extrême limite autorisée.

Ce sera trop tôt pour la Caisse des dépôts. Le directeur général de la CDC doit d'abord faire l'objet d'un avis favorable des commissions des finances du Sénat et de l'Assemblée nationale avant d'être nommé en conseil des ministres. Or les travaux de l'Assemblée nationale sont actuellement suspendus dans l'attente des élections législatives le 10 et le 17 juin. La prochaine session parlementaire ouvrira le 26 juin mais il faudra sans doute quelques jours aux députés pour former groupes parlementaires et commissions, puis pour organiser les auditions, et enfin pour rendre un avis.

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Bref, il est très probable que la nomination effective en conseil des ministres du nouveau directeur général de la Caisse intervienne au mieux la première semaine de juillet, voire la deuxième. Même si, en toute logique, la nomination devrait d'abord avoir lieu à la Caisse des dépôts avant d'être décidé dans sa filiale, la maison CNP n'a pas le choix : elle devra procéder en deux temps (lire l'encadré ci-dessous).

L'un des postes les plus convoités de la République

Les candidats déclarés ou potentiels, à la direction de la CDC - l'un des postes les plus convoités de la République - ne manquent pas. Parmi les noms qui renviennent avec insistance, celui de Xavier Musca, ancien secrétaire général de l'Elysée et ancien directeur du Trésor, est le plus problématique.

Déjà en fin d'année dernière, l'éventualité de sa nomination à ce poste par Nicolas Sarkozy avait suscité la polémique. On disait à l'époque François Hollande opposé à cette idée. Manuel Valls, en tant que directeur de la communication de la campagne présidentielle socialiste, avait alors publiquement critiqué cette tentative de "verrouiller l'appareil d'Etat".

Deux profils  "techno": Xavier Musca et Jean-Pierre Jouyet

L'usage républicain veut néanmoins qu'une fonction prestigieuse soit proposée au secrétaire général sortant de l'Elysée par le nouveau Président de la République. Le choix de Xavier Musca par François Hollande comme patron de la Caisse des dépôts pourrait aussi être vu comme le signe éclatant de "l'impartialité de l'Etat" qu'il appelle de ses voeux. D'autant que la grande compétence de ce haut fonctionnaire de 52 ans, discret et efficace, est très largement reconnue. Même s'il est très proche de Nicolas Sarkozy, Xavier Musca n'a pas particpé à la campagne présidentielle et revendique clairement un profil plus "techno" que politique. En dehors de la CDC, on pense aussi à lui pour des postes européens, par exemple à la BCE où il est l'un des seuls en France à pouvoir revendiquer un profil à la Jean-Claude Trichet.

Le nom de Jean-Pierre Jouyet, actuel président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), circule également. Haut fonctionnaire, lui aussi ancien directeur du Trésor et à l'écart de tout engagement politique, il a l'avantage -ou est-ce désormrais un handicap, impartialité oblige ?- d'être "un ami de trente ans" de François Hollande. Ancien ministre d'ouverture de Nicolas Sarkozy, il est parfois critiqué pour sa fréquente présence dans les médias. Sa gaffe le 15 mai au micro de RTL, en annonçant avant l'heure la nomination de Jean-Marc Ayrault comme Premier Ministre, a fait sensation.

Deux profils "financiers" : François Villeroy de Galhau et Dominique Marcel

Parmi les candidats pour diriger la CDC, il y a aussi un... banquier. François Villeroy de Galhau, directeur général délégué de BNP Paribas, aurait le bon profil. Cet inspecteur des finances a notamment été conseiller budgétaire du premier ministre Pierre Bérogovoy entre 1990 et 1993, directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn de 1997 à 1999 puis de Christian Sautter de 1999 à 2000 au ministère de l'Economie, des finances et de l'Industrie, avant d'être nommé directeur général des impôts et d'entrer ensuite dans le groupe BNP Paribas en 2003 où il a dirigé Cetelem puis le pôle banque de détail. Il combine donc à la fois l'expérience de la haute administration et de la banque.

C'est aussi le cas de Dominique Marcel. Ancien conseiller économique de François Mitterrand, Dominique Marcel a dirigé le cabinet de Martine Aubry au ministère de l'Emploi et de la Solidarité, puis été directeur de cabinet adjoint de Lionel Jospin à Matignon en 2000. Inspecteur général des finances en 2002, il a ensuite rejoint la Caisse des dépôts comme directeur financier de 2003 à 2008 au côté du directeur général de l'époque Francis Mayer. Depuis juillet 2008, il préside le directoire de la Compagnie des Alpes. Cette entreprise qui exerce notamment dans le domaine des remontées mécaniques de sports d'hiver et des parcs de loisirs, est détenue à 33% par...la Caisse des dépôts. Le principal atout de Dominique Marcel est sans doute son expérience du fonctionnement de l'institution comme des cabinets ministériels et de l'Elysée qu'il a fréquentés. De quoi lui donner un peu d'avance sur les dossiers urgents que la CDC aura à traiter.

Une candidature de dernière heure n'est cependant pas exclue. Et même si ce n'est pas l'hypothèse la plus probable, certains vont même jusqu'à anticiper une confirmation d'Antoine Gosset-Grainville, l'actuel directeur général par interim, dont les qualités font l'unanimité. Les négociations ne font que commencer.

La CNP devra attendre le mois de juillet

Le calendrier de la CNP est impératif : elle doit obligatoirement tenir son Assemblée générale le 29 juin. Et les résolutions qu'elle doit soumettre aux actionnaires à cette occasion doivent être décidées lors du conseil d'administration du 22 mai. Or parmi ces résolutions figurent le renouvellement de la quasi totalité des administrateurs (17 sièges sur 18). C'est parmi eux que sera désigné le futur président de CNP Assurances.

La solution la plus simple : la prolongation d'Edmond Alphandéry à la présidence
L'actuel président Edmond Alphandéry, bientôt 69 ans, ancien ministre de l'Economie de 1993 à 1995 dans le gouvernement Balladur, a demandé la prolongation d'une seule année de son mandat. Pour certains spécialistes, cette solution aurait le mérite de la simplicité. Elle serait aussi une solution d'attente dans la mesure où le futur directeur général de la Caisse des dépôt, actionnaire majeur de la CNP ne sera pas encore en fonction fin juin.

Michel Bouvard, député UMP de la Savoie spécialiste des questions financières, était considéré il ya encore quelques semaines comme son principal concurrent. Il est aussi président de la Commission de surveillance de la Caisse des dépôts, cette dernière étant placée sous le contrôle du parlement.

Certains prêtent aussi à Augustin de Romanet, qui s'est officiellement déclaré candidat à la direction générale de la CNP, le souhait secret de réunir les deux fonctions pour en devenir le Président-directeur général. Le poste serait alors à la mesure de l'ancien directeur général de la Caisse des dépôts tant les enjeux auxquels va être confronté le premier assureur de personnes de France sont majeurs sur fond de réforme des produits d'épargne et de leur fiscalité.

La nomination du directeur général en suspens
Le futur directeur général de la CNP ne sera pas forcément administrateur, contrairement au DG actuel, Gilles Benoist, qui a la double casquette. N'étant pas administrateur, son nom n'a pas à être soumis à l'assemblée générale. Mais comme le mandat de Gilles Benoist se termine en juin, il faudra trouver une solution transitoire avant la désignation définitive de son successeur.

Il est très probable que le premier conseil des nouveaux administrateurs de CNP le 29 juin, désignera à la direction générale à titre intérimaire le directeur financier Antoine Lissowski. Juste pour quelques semaines, en attendant que le nouveau directeur général titulaire de la Caisse des dépôts soit officiellement nommé la première ou deuxième semaine de juillet et puisse sièger au conseil de CNP.

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Le choix à la direction générale de l'assureur sera alors soit celui la continuité avec Antone Lissowski dont les qualités techniques et financières sont davantage vantées que celles de meneur d'hommes ; soit celui de la modernisation avec Jean-Pierre Menanteau, ancien directeur financier de la Caisse des dépôts, et ancien Pdg d'une filiale d'assurance anglo-saxonne. Le jeu de taquet, qui agite le tout Paris des affaires, n'est donc pas terminé. Augustin Romanet reste en embuscade, sans compter les candidats de la dernière heure qui peuvent surgir d'ici la mi-juillet. Une chose est sûre : si des candidats parlementaires de gauche veulent s'affirmer, pour la présidence de la CNC, il faudra qu'ils soient dans liste des administrateurs.

Séverine Sollier

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