Chypre pourrait ne pas faire appel à l'Union européenne pour sauver ses banques

Pour soutenir plusieurs banques en difficulté, le gouvernement chypriote envisage un prêt bilatéral car il ne veut pas que l'Europe lui impose des mesures d'austérité en contrepartie de son aide. Il pourrait avoir besoin de 4 milliards d'euros.
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Alors que le plan d'aide aux banques espagnol vient à peine d'être décidé, Chypre aimerait bien être traité de la même manière. L'Espagne ne s'est en effet pas vue obliger d'appliquer une politique d'austérité en contrepartie de l'aide qu'elle recevra de l'Union européenne, elle doit seulement s'engager à réformer son secteur bancaire. Mais Nicosie pourrait aussi opter pour une aide bilatérale plutôt que celle de l'Union européenne, a indiqué mercredi 13 juin le gouverneur de la Banque centrale. Encore faudrait-il qu'n investisseur se manifeste rapidement.
"Si nous décidons finalement d'entrer (dans un processus de demande d'aide à l'UE) -- et ce n'est pas dit que nous le ferons -- nous chercherons les meilleurs termes possibles pour l'économie et ceux-ci doivent concerner la consolidation du système bancaire et rien d'autre", a déclaré Panicos Demetriades aux médias.

Les banques touchées par la crise grecque

Plusieurs banques chypriotes sont touchées de plein fouet par la crise grecque. Chypre a rejoint l'UE en 2004 et l'euro en 2008.  "Si un recours éventuel au mécanisme de soutien n'a que pour seul objet le soutien au secteur bancaire, je pense qu'il n'y aura pas de conséquences supplémentaires pour le contribuable chypriote et je pense que la même chose vaut pour une aide bilatérale", a-t-il ajouté.

L'agence d'évaluation financière Moody's a abaissé mardi les notes de deux banques chypriotes, Bank of Cyprus et Hellenic Bank , invoquant "le risque accru de sortie de la Grèce de la zone euro". La note d'une troisième banque , Cyprus Popular Bank , a été mise sous surveillance en vue d'un éventuel abaissement.  Toutes ces notes sont dans la catégorie "spéculative", et correspondent à des emprunteurs peu fiables.

Le gouvernement veut éviter d'être contraint à des mesures d'austérité

Le gouvernement chypriote craint d'être contraint d'appliquer des mesures économiques d'austérité dans le cadre d'une aide européenne et de devoir notamment renoncer au taux d'imposition de 10% qui s'applique aux entreprises. Une telle mesure pourrait provoquer un départ des sociétés étrangères installées à Chypre. Les partis d'opposition pressent toutefois le gouvernement du président Demetris Christofias de demander l'aide européenne le plus tôt possible afin de pouvoir négocier des conditions favorables.

Un prêt bilatéral plutôt qu'une aide européenne

Le quotidien pro-gouvernemental Haravgi a indiqué mercredi que le gouvernement tentait d'obtenir un prêt bilatéral plutôt que de se tourner vers l'Union européenne. Il n'a pas précisé quel pays pourrait venir en aide à Chypre mais la Chine pourrait faire partie des pays sollicités alors que la Russie a déjà consenti au gouvernement chypriote un prêt bonifié de 2,5 milliards de dollars pour couvrir ses besoins de financement en 2012.

Mardi 12 juin, le porte-parole du gouvernement, Stefanos Stefanou, avait indiqué que Nicosie étudiait "différentes options" et qu'aucune décision sur un recours à l'aide européenne n'avait encore été prise. Le ministre des Finances Vasos Shiarly avait toutefois pour sa part laissé entendre devant une commission parlementaire lundi qu'une aide européenne n'aurait pas pour seul objet de soutenir les banques mais pourrait aussi subvenir à "d'autres besoins".

La deuxième banque du pays  doit être recapitalisée par le gouvernement

Le gouvernement chypriote a déjà apporté son soutien à un plan de recapitalisation de 1,8 milliard d'euros pour la deuxième banque du pays, Cyprus Popular Bank , qui est celle la plus exposée à la dette grecque.  une somme importante pour l'une des plus petites économies de la zone euro. Une émission destinée à recueillir les fonds nécessaires doit s'achever le 29 juin.

Chypre pourrait demander jusqu'à 4 milliards d'aide à  l'Union Européenne

Si aucun investisseur privé ne se manifeste d'ici la fin du mois pour fournir les fonds nécessaires à la recapitalisation de Cyprus Popular Bank, le gouvernement devrait alors se tourner vers l'Union européenne  et demander une aide qui pourrait atteindre 4 milliards d'euros, a déclaré mercredi 13 juin, le ministre chypriote délégué aux Affaires européennes à l'occasion d'un déplacement en Irlande. Selon Andreas Mavroyiannis, "tout est sur la table". Il pourrait s'agir aussi d'une combinaison de prêts bilatéraux de la Chine ou de la Russie et d'une aide européenne.

Le recours à des fonds publics semble exclu, le programme du gouvernement étant de ramener cette année le déficit budgétaire sous les 3% du Produit intérieur brut, contre 6,4% en 2011. Ni le gouvernement, ni les banques privées ne peuvent emprunter sur les marchés de la dette depuis un an en raison de l'abaissement de la note de Chypre à des niveaux spéculatifs.

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