Le crowdfunding, une vraie source de financement des PME

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(Crédits : Reuters)
La réforme de la finance participative, ou crowdfunding, va dans le sens de l'histoire. Elle correspond à un vrai besoin des PME, et à une tendance des épargnants à vouloir investir localement, à privilégie le circuit court. Par Bernard Cohen-Hadad, président du Think tank Etienne Marcel, Président de la commission financement de la CGPME

Le gouvernement a annoncé récemment des mesures en faveur du développement de la finance participative. Cette réforme était nécessaire. On va dans le bon sens, celui d'un assouplissement de la réglementation, un nouveau devoir d'information sur les projets, un souci de transparence sur les coûts réels, un engagement de sécurité pour les investisseurs, et cela, quel que soit le montant des sommes versées. Ces évolutions normatives réclamées par tous les acteurs y compris par les PME sont un espoir. Les TPE et les PME ont, dans la crise qui dure, besoin de nouvelles sources de financement. Et il reste beaucoup à faire pour orienter utilement et directement une partie de l'épargne des français vers les entreprises moyennes.

Les banques seront toujours en première ligne

Reconnaissons d'abord les évidences. Dans notre pays, le financement des TPE et des PME patrimoniales passera toujours par le canal des banques universelles. Malgré la crise et les mécontentements, ici ou là, la relation banque-PME est dans nos traditions et le premier réflexe. C'est un gage de sécurité. Les établissements financiers restent le socle du financement des PME dans notre économie et dans nos territoires. Et c'est, sans doute, pour ces raisons que les banquiers, un peu sceptiques à l'origine sur le crowfunding, ne se sont pas opposés à cette évolution. Ils ont même joué le jeu. Le dispositif mis en place intègre ce qu'ils connaissent, maîtrisent et peuvent accompagner. Et qui existe déjà ailleurs, chez nos partenaires européens ou américains.

Pas de raz de marée de la désintermédiation, mais une vraie dynamique

La finance participative n'est donc pas un danger pour la finance. Ni un raz de marée de la désintermédiation. La dynamique enclenchée est pourtant encourageante puisque, tous secteurs confondus, on est passé en deux ans de moins de 8 millions à plus de 78 millions d'euros collectés. Les sommes passées par le crowfunding ont choisi précisément cette voie. Sans les plates-formes, elles seraient restées dans le bas de laine.

De l'utile, du responsable, du concret

L'enjeu est donc autre que le taux de rentabilité. Il est de sens, de valeur : faire de son argent un levier de proximité. En effet, l'intérêt nouveau pour beaucoup de TPE et PME régionales est de financer des projets en donnant du sens à la relation avec les investisseurs, en limitant les intermédiaires et en protégeant la direction de l'entreprise. Il en est de même pour les épargnants ou investisseurs privés qui veulent de l'utile, du responsable et du concret. Sur le papier, la démarche intellectuellement et matériellement peut prendre les apparences d'un militantisme « écolo » ou « baba cool » voire antisystème. Sur le fond il n'en est rien.

Le circuit court est gagnant

De plus en plus de TPE et de PME marchandes ont bien conscience que malgré la crise et malgré la mondialisation une des chances de leur survie - la reprise à leur niveau - passe par l'établissement de liens nouveaux à entretenir avec leurs partenaires financiers et commerciaux d'abord sur leur territoire. On aide mieux ce que l'on comprend, ce qui vous touche et ce que l'on connait bien. C'est le circuit court.

Le choix du local contrairement à une idée reçue n'est pas le signe d'un repli sur soi. Il est une ouverture sur ce qui entoure à échelle humaine. C'est une autre manifestation du regain d'intérêt pour les projets ou les produits fabriqués ou vendus localement. Ceux dont on connait l'histoire voire la traçabilité. La relation de proximité est donc porteuse de sens, de confiance et d'échange gagnant-gagnant. Depuis 2009, beaucoup d'épargnants ou d'investisseurs ont manifesté leur intérêt de soutenir des entreprises locales.

Les régions, de nouveaux modèles

Avec le rabotage puis la suppression des principaux avantages fiscaux TEPA, on avait refroidi leur générosité et pas vraiment encouragé le fléchage de proximité. Rien n'avait donc été préparé, même sans contrepartie. Et pourtant, dans les régions, avec le soutien des exécutifs locaux, on a vu naître des initiatives modestes qui ne cherchent pas à être des références institutionnelles. Leur volonté : se limiter dans l'espace et durer. Elles sont devenues de fait de « nouveaux modèles ».

La réforme du crowfunding, si elle va encourager le financement des entreprises par effet de leviers, va également stimuler ce type de projets, la créativité, mettre en lumière ces entreprises qui avec le soutien des populations locales protègent leur patrimoine commun, sont attentives à l'accueil des salariés, mettent en avant la qualité de la vie, des produits et encouragent naturellement la transmission des savoirs faire dans un souci de développement durable.

"Biovallée", une belle histoire de passionnés

Ainsi, dans la vallée de la Drôme, il y a une belle histoire celle de « Biovallée » qui réunit des passionnés: élus, entrepreneurs, salariés et associations. A l'heure de la mondialisation, cette initiative sur un petit territoire, 50.000 habitants, pour ce qu'elle est réellement, mérite d'être valorisée, soutenue et étendue à ceux qui veulent la rejoindre. Avec comme ligne de conduite que, quelles que soient les chapelles (la rose ou le réséda), tout devient plus « convaincant» si l'on réussit à conjuguer performance économique, développement durable et création d'emplois.

Bernard COHEN-HADAD

Président du Think tank Etienne Marcel

Président de la commission financement de la CGPME

 

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Commentaires
a écrit le 31/10/2014 à 14:17 :
L’angélisme de Monsieur Cohen Haddad est confondant, notamment sur l’Equity. Si le crowdfunding du don est une évidence, car il n’y a pas d’attente de gains, l’investissement dans une startup pose évidemment plus de questions.

Ces questions portent sur la valeur d’une entreprise, sur le niveau de protection juridique de l’investissement et des investisseurs (pacte d’actionnaires), sur la capacité collective des actionnaires à défendre leurs intérêts ou à suivre leurs investissements à l’occasion des 2eme, 3eme, 4eme tours de financement, sur l’organisation de la liquidité etc…..

Bref autant de questions essentielles auxquelles les plateformes de crowdfunding ne peuvent répondre, laissant notre journaliste d’un jour s’enivrer de doux rêves.
Nota Bene : Pour votre information, le concept de « crowdfunding equity » qui va dans le « sens de l’histoire » est en fait un très très vieux concept. A l’époque les gens appelaient ça une bourse ! Mais ça s’était à l’époque.
a écrit le 30/10/2014 à 19:12 :
L’angélisme de Monsieur Cohen Haddad est confondant, notamment sur l’Equity. Si le crowdfunding du don est une évidence, car il n’y a pas d’attente de gain, l’investissement dans une startup pose évidemment plus de questions.

Ces questions portent sur la valeur d’une entreprise, sur le niveau de protection juridique de l’investissement et des investisseurs (pacte d’actionnaires), sur la capacité collective des actionnaires à défendre leurs intérêts ou à suivre leurs investissements à l’occasion des 2eme, 3eme, 4eme tours de financement, sur l’organisation de la liquidité etc…..
Bref autant de questions essentielles auxquelles les plateformes de crowdfunding ne peuvent répondre, laissant notre journaliste d’un jour s’enivrer de doux rêves.

Nota Bene : Pour votre information, le concept de « crowdfunding equity » qui va dans le « sens de l’histoire » est en fait un très très vieux concept. A l’époque les gens appelaient ça une bourse ! Mais ça s’était à l’époque.
a écrit le 14/03/2014 à 18:18 :
Le crowdfunding, va dépendre de la capacité à entuber son auditoire. Donc, du marketing associé.
C'est ENCORE une arnaque.
a écrit le 14/03/2014 à 14:05 :
je trouve ça extraordinaire, je n'ai pas pu terminer mon commentaire, tout a été effacé: le crowdfundig est source de créations d'emploi, c'est tourné vers l'avenir; aidez donc les entreprises porteurs de ces projets à émerger; les banques ne jouent pas le jeu .Les projets tournés vers l'écologie au sens noble du terme participeront à la protection de notre planète pour l'avenir de nos enfants et petits enfants, sans quoi que leur laisserons-nous? une bien triste planète ...........avec toutes les conséquences!!!
a écrit le 13/03/2014 à 13:12 :
Le problème du crowdfunding réside dans le fait qu'il représente pour les start-ups innovantes une solution de facilité, si ce n'est un pis-aller. Aucune plateforme de crowdfunding en France ne possède l'expertise ni les contacts qu'a un fonds type Kima (le VC de Niel), et la capacité de lever des fonds pour les deuxièmes et troisièmes rounds. Ainsi, les start-ups à très fort potentiel ont très peu de chance d'arriver chez les crowdfunders, les fonds de VC traditionnels ne leur laissant que le second choix, les projets refusés par les capitaux risqueurs traditionnels. Cela semble être le principal problème du crowdfunding en France. Qu'en pensez vous?
a écrit le 13/03/2014 à 13:09 :
On peut accepter d'entendre parler de crowdfunding sur RTL , éventuellement dans un magazine féminin...
On ne peut pas accepter cela sur La Tribune , où vous rencontrez à chaque page des gens compétents et instruits.
a écrit le 12/03/2014 à 14:34 :
Tellement mariole ! Quand les professionnels de la finance et de la banque ne veulent pas intervenir, l'on appelle au secours, le marché des pigeons gavés de fonds opaques et douteux, puis, l'on organise un forum de loteries pour appâter le chaland niais.Tant qu'il y en a,ça marche.

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