La fintech Alma surfe sur l’engouement du paiement fractionné

La jeune fintech, lancée en 2018, boucle sa troisième levée de fonds en deux ans avec 49 millions d'euros. De quoi nourrir de fortes ambitions sur un marché du paiement fractionné en plein boom, et jusqu’ici dominé par des banques captives de grands distributeurs. Sur ce même créneau du « payez plus tard », de nouveaux géants financiers apparaissent en Europe et aux Etats-Unis.

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La fintech souhaite multiplier les formules de paiement différé ou fractionné, jusqu'à 12 mois.
La fintech souhaite multiplier les formules de paiement différé ou fractionné, jusqu'à 12 mois. (Crédits : DR)

Dans le sillage de Klarna en Europe, ou d'Affirm aux Etats-Unis, les investisseurs s'enflamment pour les solutions de paiement différé ou fractionné. Avec une levée de fonds de 49 millions d'euros, en série B, annoncée ce lundi matin, la toute jeune fintech française Alma n'échappe pas à cette émulation.

C'est sa troisième levée de fonds en deux ans - soit au total près de 65 millions d'euros - qui consacre l'arrivée de nouveaux investisseurs, comme le fonds Cathay Innovation, très présent dans l'univers des paiements. A cela s'ajoute une dette de 21 millions d'euros contractée auprès d'investisseurs fortunés et d'investisseurs institutionnels. De quoi s'accélérer son développement sur un marché du paiement fractionné en plein boom.

Pourtant, le paiement fractionné - le fameux « payez en trois fois » - n'a rien de nouveau. Des acteurs historiques, essentiellement des captives de grands distributeurs, comme Carrefour Banque, Oney (BPCE et Auchan) et Floa (ex-Banque Casino), occupent toujours une place de premier plan sur un marché en France estimé à environ 6 milliards d'euros (+20%) en 2020. Mais, le plus souvent, ces banques ne s'adressent pas à la clientèle de PME et l'expérience client proposé est encore loin d'être 100 % satisfaisant à l'heure du temps réel et du numérique.

Un potentiel de 60 à 70 milliards d'euros

De nouveaux acteurs se sont donc engouffrés dans la brèche en proposant aux marchands des solutions simples et sécurisées et des parcours d'achat « sans frictions » avec des taux d'acceptation des dossiers élevé. C'est le créneau sur lequel Alma affiche de fortes ambitions. « Le paiement fractionné connaît une forte croissance mais c'est un marché qui est encore à ses débuts en France avec un potentiel que nous estimons à 60 ou 70 milliards d'euros. Et je pense que nous avons l'opportunité de créer un vrai champion français du paiement fractionné », avance Louis Chatriot, cofondateur d'Alma, après avoir dirigé Stripe en Italie.

La fintech a connu en 2020 une forte croissance, avec une taille multipliée par six, aussi bien en nombre de clients qu'en volumes traités ou de revenus. Le principal point d'inflexion a été le changement de nature des clients d'Alma, au départ plutôt des petits commerçants, au nom d'une "démocratisation du paiement fractionné" vers des marques plus établies, comme Kookaï ou KitchenAid.

« L'année 2020 nous a permis de confirmer notre capacité à répondre aux besoins de tous les marchands, quelle que soit leur taille. Il existe donc un besoin d'accélération dans notre développement en France, mais aussi à l'international, ne serait-ce que pour accompagner les ventes de commerçants français à l'étranger », explique Louis Chatriot.

La start-up a ainsi l'intention de tripler ses effectifs en 2021 à 150 salariés. Un des principaux défis pour la société, selon son dirigeant. Objectif : dépasser le milliard d'euros de volumes traités d'ici à deux ans.

De nouvelles offres de crédit en 2021

Cette stratégie de conquête passe donc par la diversification de la clientèle, notamment auprès des plateformes de ventes B2B, mais aussi par de l'offre de produits. Alma a déjà lancé l'an dernier une formule « pay later », un crédit court sur 15 ou 30 jours, pour permettre aux consommateurs de saisir des opportunités d'achat (soldes, promotions...)... même en fin de mois lorsque les finances sont généralement plus tendues.

Cette année, la fintech devrait proposer le paiement fractionné, de six à 12 mois. A cette fin, la société est en cours d'agrément auprès de l'ACPR our obtenir une licence à la fois d'établissement de paiement et de société financière. Un sésame indispensable pour délivrer des crédits de plus de trois mois. C'est également un gage de sécurité pour les marchands :  Alma gère en effet à la fois l'envoi des fonds (paiement immédiat au marchand) et la garantie, qui sont essentiellement financés par la dette. Pas question toutefois de se lancer dans le crédit à la consommation traditionnel et de concurrencer des acteurs comme Cetelem.

Taux d'acceptation de 95%

La société se montre très attentive à ne pas inciter les ménages au surendettement. Pour l'heure, le paiement fractionné de moins de trois mois n'est pas régulé car il est hors du champ de la loi Largarde (2010) sur le crédit. Mais la situation pourrait changer avec le rapide développement du marché. Déjà, en Suède, la patrie de Klarna, les pouvoirs publics ont encadré les achats en ligne, avec l'obligation pour les marchands de proposer en premier choix le paiement au comptant et souhaitent également décourager les promotions sur les offres de financement.

Tout l'enjeu est donc de préserver un équilibre entre aider le marchand à vendre et éviter les impayés. Le scoring d'Alma, développé en interne, repose sur une approche dynamique du client : l'acceptation est automatique dans l'immense majorité des cas sur la seule base des données de transactions de la carte mais il y a toujours une demande d'informations complémentaires (accès au compte bancaire) en cas de clignotant rouge. Résultat, Alma revendique un taux d'acceptation de plus de 95%.

« La clé est bien évidemment de maximiser le taux d'acceptation pour le marchand mais c'est également la capacité d'accompagner le client en cas de problème dans le paiement, sans nuire à l'image de marque du commerçant. C'est d'ailleurs l'enjeu de la révolution technologique "sans frictions"  : être capable de proposer des parcours d'achat à la fois automatisés et personnalisés », précise Louis Chatriot.

Demain, la fntech devra gérer une croissance rapide en maitrisant son risque, alors que les concurrents se livrent à une compétition féroce sur un marché qui s'annonce de plus en plus porteur. Le Suédois Klarna est valorisé plus de dix milliards d'euros et son alter ego Américain Affirm vise une capitalisation de 9 milliards de dollars pour sa prochaine introduction au Nasdaq.

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Commentaires 2
à écrit le 25/01/2021 à 12:41
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Ce n'est que du crédit, pour pousser les gens à acheter encore plus. C'est effrayant, surtout vu la catastrophe économique en cours.

à écrit le 25/01/2021 à 10:04
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La consommation est une maladie longue, ça tombe bien vu que notre système de santé n'est fait que pour nous faire durer et pas nous soigner. "Achetez, même quand vous n'avez pas l'argent" Aliénant.

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