Les cryptomonnaies permettent-elles aux oligarques russes d'éviter les sanctions ? Non, estime la patronne du FMI

"Il n'y a pas de solides preuves que l'argent numérique puisse être utilisé pour contourner les sanctions", a expliqué la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva. Juridiquement, ce blocage prévu par le nouveau train de sanctions des Occidentaux est-il d'ailleurs possible ?

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(Crédits : Dado Ruvic)

Accusées par Christine Lagarde il y a quelques jours d'être "certainement un moyen pour essayer de contourner les sanctions" des Occidentaux face à la guerre menée en Ukraine, les cryptomonnaies permettent-elles aux oligarques russes d'y échapper ?  Contrairement à l'ancienne locataire du FMI aujourd'hui patronne de la Banque centrale européenne (BCE), l'actuelle directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, en doute. Selon elle, l'usage des cryptomonnaies ne permet pas aux différents pays, entreprises ou individus d'échapper massivement aux sanctions internationales, comme celles imposées à la Russie par les pays occidentaux, a-t-elle souligné mardi.

"Il n'y a pas de solides preuves que l'argent numérique puisse être utilisé pour contourner les sanctions. Pourquoi ? Parce que le système financier a encore un rôle important à jouer", a indiqué Mme Georgieva lors d'une conversation en ligne, dans le cadre des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale.

"Nous n'en sommes pas encore à un stade où nous voyons des preuves que cette voie permet de contourner les sanctions. (...) Les sanctions empêchent très clairement les transactions", a précisé la directrice générale du FMI.

Peut-on confisquer ces actifs ?

Concrètement les confiscation des crypto-actifs détenus par des Russes juridiquement possible ?

"Oui. Les listes de sanctions sont des textes dont la composition est très politique. La dernière vague de sanctions vise à empêcher l'ensemble des résidents russes d'accéder à des services de conservation (les portemonnaies en ligne aussi appelés les "custodial wallet") pour des montants supérieurs à 10.000 euros. C'est une mesure extrême car non ciblée. Cela ne concerne pas les portemonnaies physiques de type Ledger mais ceux-ci sont impossibles à identifier", explique à La Tribune l'avocat spécialisé William O'Rorke du cabinet Orwell.

Et de tempérer : "ce n'est pas facile de contourner les sanctions avec les cryptos. Les grandes plateformes en effet les appliquent (telles Kraken, Binance, Coinhouse...) Il ne faut donc pas fantasmer là-dessus. Le plus simple reste un bon vieux compte bancaire basé aux îles Caymans," oppose l'avocat.

Des dons en cryptos

D'ailleurs pour l'heure, selon la patronne du FMI, ce serait aussi le contraire qui se produirait. Côté Ukrainien, les autorités "étaient très intéressées par les monnaies numériques avant la guerre. Ils ont donc fait beaucoup de travail", ce qui, a précisé Mme Georgieva, a permis aux Ukrainiens de recevoir de l'aide "à faible coût, rapidement, arrivant aux personnes qui en ont besoin et pouvant être déployé immédiatement pour soutenir les familles".

Cependant, a-t-elle précisé, cela représente une part minime de l'ensemble des aides qui ont été déployées, environ "100 millions de dollars".

La banque centrale ukrainienne a ainsi ouvert un site mi-mars pour recevoir des dons en cryptomonnaies. Son objectif est de générer 200 millions de dollars de dons.

L'accélération vers les monnaies de banque centrale

Mme Georgieva a par ailleurs souligné que "la Russie elle-même s'oriente vers une monnaie numérique de banque centrale. Elle n'y est pas encore, mais ça l'intéresse".

En outre, la banque centrale russe a lancé plusieurs expérimentations auprès de banques nationales sur un rouble numérique échangé via la technologie de la blockchain. L'objectif est aussi de sortir de la domination du dollar dans les échanges monétaires.

Plusieurs formes de cryptomonnaies cohabitent, depuis le bitcoin jusqu'aux monnaies numériques émises par des banques centrales, un sujet sur lequel planchent de nombreux pays, dont la Chine, très avancée, qui en est aux essais en conditions réelles, ou bien les États-Unis, qui réfléchissent toujours à l'opportunité de créer un cryptodollar.

"Nous n'obtiendrions de bons résultats que si nous poussons davantage l'approche de normalisation réglementaire", a estimé Mme Georgieva, tandis que "la question de l'interopérabilité avec les autres monnaies numériques des banques centrales est primordiale".

Le Salvador a été en septembre le premier pays au monde à adopter le bitcoin comme monnaie légale, au même titre que le dollar américain. Le FMI avait, sans succès, exhorté le pays à faire marche arrière, craignant "des risques importants".

(Avec AFP)

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