Les gestionnaires de fonds s’inquiètent de ne pas pouvoir toucher leur « carried interest », le bonus des fonds d’investissement, du fait de la baisse des prix de vente des actifs. Les plus jeunes sont les plus lésés.Les gestionnaires de fonds d'investissement ne vivent pas leur meilleur été. Baisse du nombre de deals, stagnation des levées de fonds, difficultés à financer les entreprises... Sans évoquer les taxes douanières du président américain Donald Trump, qui bousculent les modèles économiques et les projections financières.
« Beaucoup de deals ne se passent pas aussi bien que prévu », note un expert de la création de valeur qui travaille au quotidien avec des fonds d'investissement. « Beaucoup de jeunes qui se sont lancés dans le capital investissement n'y trouvent pas leur compte. Certains ont l'impression d'une tromperie sur la marchandise », souligne-t-il. Plus précisément, ce sont les « bonus » des gérants de fonds, appelés « carried interest » dans le métier, qui sont menacés.
« Hurdle rate » de 8 %
En effet, les gestionnaires véhicules d'investissement de LBO - leverage buy out, achat par effet de levier - s'engagent contractuellement à offrir à leurs investisseurs un taux de rendement annualisé de 8 % minimum (traditionnellement, entre 7 % et 12 % selon les standards du marché) jusqu'à la fin de la durée de vie d'un véhicule d'investissement, fixée à entre dix et douze ans. Ce taux est appelé hurdle rate (taux « obstacle », en français).
Si le véhicule d'investissement génère des bénéfices qui dépassent ce hurdle rate, 20 % de ces gains seront redistribués sous forme de bonus aux gestionnaires de fonds d'investissement. C'est le carried interest, ou « intéressement différé» : en échange d'un endettement initial qui varie entre 1 % et 5 % du fonds, le gestionnaire de fonds touche du cash sur la plus-value finale, jusqu'à plusieurs fois sa mise. Une façon d'aligner les intérêts financiers des gestionnaires de fonds avec toutes les parties prenantes et les motiver à créer de la valeur. Cet investissement de très long terme se touche au bout d'une dizaine d'années, quand toutes les sociétés du véhicule d'investissement sont vendues.