Afrique et électricité : la grande mobilisation !

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Le projet d'électrifier l'Afrique mobilise de nombreux programmes : l'Initiative pour l'énergie renouvelable en Afrique, lancée par les chefs d'État africains à la COP21 et encouragée par la France, vise à installer 10 GW supplémentaires d'énergie renouvelable en 2020, et 300 GW d'ici à 2030.
Le projet d'électrifier l'Afrique mobilise de nombreux programmes : l'Initiative pour l'énergie renouvelable en Afrique, lancée par les chefs d'État africains à la COP21 et encouragée par la France, vise à installer 10 GW supplémentaires d'énergie renouvelable en 2020, et 300 GW d'ici à 2030. (Crédits : Reuters)
Déjà en déficit, le continent est à l'aube d'une explosion de ses besoins en énergie, indispensable à sa croissance économique et démographique. Les énergies renouvelables ont le vent en poupe pour y répondre, notamment dans les régions éloignées des réseaux.

L'inauguration, il y a quelques semaines, de la centrale solaire de Bokhol, au Sénégal, a fait grand bruit. Avec ses 20 mégawatts, c'est la plus grande installation de ce genre en Afrique de l'Ouest. Mais seulement jusqu'à ce que celle de Santhiou Mékhé (27 MW) voie le jour, en mars 2017. Le pays, qui vise 20 % de renouvelables dans sa production électrique nationale en 2020, devrait compter d'ici un an une puissance solaire cumulée de 140 MW [une tranche nucléaire affiche une puissance de 1 000 MW, ndlr]. Certes, cela reste loin des ambitions marocaines (42 % d'énergies renouvelables en 2020, 52 % en 2030) et de leur symbole le plus fort, la centrale Noor, aux confins du désert d'Ouarzazate, avec ses 160 MW de solaire thermodynamique déjà installés et 580 MW à terme. Mais le royaume alaouite, qui a longtemps fait cavalier seul sur le continent (à l'exception de l'Afrique du Sud), se voit aujourd'hui rejoint par une cohorte de pays affichant des objectifs volontaristes en matière d'électricité renouvelable à l'horizon 2020 : 50 % pour le Cap-Vert, 15 % pour le Sénégal, 10 % pour le Ghana, le Nigeria et le Mali.

Les renouvelables sortent de l'ombre

Sous le double effet de son développement économique et de sa croissance démographique, l'Afrique verra dans les prochaines décennies ses besoins en énergie littéralement exploser, alors que l'Afrique subsaharienne compte aujourd'hui quelque 620 millions de personnes sans accès à l'électricité. En milieu urbain, c'est essentiellement via l'extension des réseaux existants que le fossé sera comblé, ce qui n'exclut pas le recours aux énergies renouvelables. Des centrales situées à proximité de chaque ville pourraient en effet être alimentées à l'énergie solaire et équipées d'un système de stockage complété par un back-up gaz ou diesel. À ce jour, l'Afrique, pourtant l'une des régions les plus ensoleillées au monde, ne tire que 2 % de son énergie du solaire. Mais l'effondrement récent du prix des équipements a rendu cette énergie compétitive : le coût des projets a ainsi chuté de plus de 60 % depuis 2012. Encore très limitée, la capacité photovoltaïque de l'Afrique a néanmoins augmenté de plus de 800 MW en 2014, soit deux fois sa capacité cumulée de l'époque, puis de 750 MW en 2015. L'Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) estime que le continent pourrait disposer de plus de 70. 000 MW de capacité photovoltaïque à l'horizon 2030. Toujours d'après l'Irena, les kits solaires individuels sont désormais capables de fournir de l'électricité pour une facture annuelle de 56 dollars, inférieure à celle du diesel ou du kérosène historiquement utilisés hors réseau par les plus aisés. Soixante millions de personnes les utiliseraient déjà, soit 10 % de la population éloignée des réseaux. Les investissements dans le hors-réseau ont mobilisé 276 millions de dollars en 2015, soit 15 fois plus qu'en 2012.Et ça n'est qu'un début. L'Irena anticipe une baisse de 60 % du coût de l'électricité renouvelable distribuée par mini-grid dans les vingt prochaines années.

Les programmes d'électrification se multiplient

Le projet d'électrifier l'Afrique mobilise de nombreux programmes : l'Initiative pour l'énergie renouvelable en Afrique, lancée par les chefs d'État africains à la COP21 et encouragée par la France, vise à installer 10 GW supplémentaires d'énergie renouvelable en 2020, et 300 GW d'ici à 2030. Pour ce faire, 10 milliards de dollars ont été promis d'ici à 2020 par des pays du G7, la Commission européenne et la Suède ; sous l'égide du Premier ministre indien Narendra Modi, l'Alliance solaire internationale, également rendue publique au cours de la COP21, vise à rassembler les 121 pays situés entre les deux tropiques, dont les taux d'ensoleillement permettent en théorie un prix d'énergie solaire ultracompétitif. Lancée en 2013 - mais approuvée par la Chambre des représentants des États-Unis en février 2016 -, Power Africa vise l'installation de 30 GW de capacités électriques en Afrique subsaharienne. À la clé : 7 milliards de dollars du gouvernement américain, capables de mobiliser plus de 40 milliards de dollars auprès des bailleurs de fonds et du secteur privé. À la tête de la fondation Énergies pour l'Afrique, l'ancien ministre Jean-Louis Borloo plaide pour un « plan Marshall » d'électrification du continent.

Marché immense recherche modèle économique

Face à ces besoins et à cette mobilisation de moyens, des grands groupes aux startups, les entreprises se mobilisent. Total, qui a déjà vendu 5 millions de ses lampes solaires Awango, est en train de passer à la vitesse supérieure avec des kits permettant de recharger ventilateurs et réfrigérateurs, et des kiosques où les villageois pourraient venir recharger leurs appareils nomades. Schneider Electric, à la tête du fonds Energy Access Ventures doté de près de 55 millions d'euros pour financer des projets d'accès à l'énergie en Afrique subsaharienne, y déploie sa solution Microsol, mise au point avec d'autres partenaires industriels dans le cadre du programme investissements d'avenir, avec le soutien de l'Ademe. Cette centrale solaire thermodynamique et/ou photovoltaïque est capable de produire simultanément électricité, eau potable et chaleur. L'accord passé il y a quelques semaines avec la Société africaine des biocarburants et des énergies renouvelables (Saber) porte sur l'installation de huit centrales dans les pays de la Commission de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les premières, installées au Togo et au Sénégal, ont vocation à sécuriser les récoltes grâce à des solutions de séchage et stockage, afin de favoriser la stabilisation des populations rurales. Power:on, une startup fondée par un jeune HEC, développe un micro-grid dans un village du Bénin éloigné du réseau, aujourd'hui alimenté au diesel. Son fondateur Tristan Kochoyan espère le basculer en solaire en réunissant 140 000 euros grâce au financement participatif. Le système de forfaits prépayés couplés à des compteurs dédiés (produits au Kenya) permet au modèle d'être à l'équilibre opérationnel, alors que la plupart des grands groupes tâtonnent encore.Mais, comme le rappelle Pascale Jean, associée en charge de l'énergie chez PwC, « c'est aussi et surtout l'émergence en Afrique de leaders de l'énergie en capacité de porter des approches entrepreneuriales » qui est un des leviers de l'électrification du continent.

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a écrit le 13/11/2016 à 13:41 :
<p>Un article très intéressant. La première partie s'appuie sur des faits relevés et documentés, le plus connu d'entre eux : la baisse des coûts de -60% des 5 dernières années est promise à se renouveler dans les 5 suivantes. De quoi soutenir sinon l'intérêt au moins la curiosité des investisseurs les plus avisés </p>
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La seconde partie dresse bien le tableau du manque de réponses aux questions légitimes que les-dits investisseurs se posent pour passer au next step. Les innovations en solaire aujourd'hui observables héritent de la courbe des coûts du passé : quand le solaire était en baisse mais encore cher, des solutions à petite échelle et petite granularité ont été testées, avec succès. Des millions de lampes solaires ont été vendues ou louées en Afrique en zones dépourvues d'éclairage urbain ou individuel. </p>

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La poursuite de la baisse permet d'envisager aujourd'hui le passage à l'échelle et de positionner des projets de plus grande envergure avec les réseaux décentralisés, renouvelant ainsi la promesse de succès de la seconde révolution industrielle européenne. Le point de départ du modèle économique est simple : les travaux les plus récents de la recherche économique confirment la première place du solaire et de l'éolien dans la courbe de merit-order -un classement du coût marginal du kWh- une place acquise depuis au moins trois ans. De premiers travaux évaluent en ce moment le merit-order effect, c'est-à-dire son impact sur la baisse du coût de l'électricité pour le consommateur et l'éviction des producteurs les moins performants. Basé sur la persistance durable de ce meilleur coût marginal de production, le premier élément de réponse en termes de modèle économique sera donc l'éviction des solutions qui utilisent l'énergie primaire la plus coûteuse, en l'occurrence le pétrole.</p>
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Au-delà de la prédiction macro-économique, l'investisseur attend des réponses décisives sur deux axes : le cadrage initial du retour sur investissement interne du projet et les retombées externes sur le développement de la zone d’implémentation, sources de bénéfices croisés de nature à soutenir de nouveaux projets rentables similaires.</p>
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Le premier est évalué avec la LCOE (Levelized Cost of Electricity) une valeur actuelle nette hors cash-flow de l’ensemble des coûts actuels et futurs du projet. Elle évalue ainsi un coût marginal actualisé du kWh, tout élément compris, notamment les pièces les plus sensibles comme l’onduleur, sur la durée de vie attendue du projet, y compris les plus courtes à renouveler, comme à nouveau l’onduleur, qui fait souvent l’objet de fixation des critiques. En se concentrant sur les coûts, cet indicateur exige autant de l'investisseur que de l'industriel, le premier pour minimiser le coût du capital, le second pour minimiser celui des intrants de production et des futurs coûts opératoires. Cette approche est bien développée et permet aujourd'hui à certaines offres en solaire de se positionner sur des coûts compétitifs crédibles.</p>
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Les évaluations des retombées externes sont à ce jour encore rare, pour ne pas dire inexistantes. On peut néanmoins entrevoir quel pourrait être le prochain modèle de développement économique. Je pense qu'il s'agira de développement cellulaire de réseaux décentralisés, dans lequel l'appétence pour les opportunités maîtrisées devancera la convergence des normes. La technologie solaire permet de placer une production crédible d'énergie là où elle est nécessaire, accompagnant le développement économique des entreprises et des ménages avec la plus grande réactivité, s'affranchissant ainsi des grands réseaux dont le coût relatif en augmentation pourrait tendre à transformer ce-dernier en barrière à l'entrée, contournable, du marché de l'électricité. Le modèle exemplaire est celui du téléphone cellulaire –le nom que l’on donnait au smartphone à l’époque des grands réseaux télécom- et qui exploitait alors des structures légères pour installer des relais. Les réseaux électriques décentralisés, affranchis du coût élevé des lignes de transport longue distance, ne devrait avoir qu’à tirer la ligne du dernier kilomètre en s’appuyant sur le bâti local. Les travaux de recherche récents montrent que de telles solutions deviennent rentables dès que l’on s’éloigne de 6 kms du réseau national.</p>
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Les futures problématiques des renouvelables ne sont donc plus tant celle de leur prix que leur éventuelle intégration aux réseaux existant, c'est-à-dire en ce cas, leur impact sur la stabilité du courant et la volatilité des prix. En Afrique, il convient aussi d'évaluer l'impact de l'instabilité des grands réseaux nationaux sur le développement économique des entreprises et des ménages. Les réseaux décentralisés à base d'énergies renouvelables peuvent apporter un complément de capacités là où elles sont nécessaires, sans effet d'appel de la demande potentielle non satisfaite qui aggraverait le risque de coupures à l'échelle d'un pays. En outre, placer les centrales au plus proche de la demande économise le coût des lignes de transmission, élément le plus difficile à financer par les pays en développement, et celui prohibitif, des stations de rehaussement, élément pourtant indispensable à fournir un service ininterrompu, le seul que le client est prêt à payer. </p>
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La véritable innovation du solaire et de l’éolien moderne, c’est qu’ils permettent de s’affranchir des contraintes de localisation de l’énergie primaire, en particulier dans les pays équatoriaux qui bénéficient à la fois du taux d’ensoleillement le plus élevé et de la meilleure incidence. Il est temps que l’Afrique tire son énergie de sa lumière.</p>
a écrit le 11/11/2016 à 10:36 :
Attention, l'Afrique a besoin d'énergie, mais l'énergie remplace le travail et génère du chomage. La démographie joue un role important. Il faut appliquer notre modèle économique avec prudence et essayer de l'adapter à la situation propre à l'Afrique. Attention à l'émigration déjà importante.
a écrit le 10/11/2016 à 20:04 :
Les multinationales sont à côté de la plaque. La disruption passe par les entrepreneurs assez fous pour y croire vraiment - pas pour faire du greenwashing. C'est d'ailleurs dans notre Manifeste : www.pwr-on.fr/fr :)

J'invite tous ceux qui veulent y croire à s'inscrire pour nous soutenir : c'est gratuit et ça nous aide beaucoup !

Tristan
Fondateur de Power:On
a écrit le 10/11/2016 à 13:19 :
A souligner que Rosatom avec tout l'appareil d'Etat de l'actuel Kremlin et le mode de fonctionnement qu'on lui connaît similaire à Gazprom vend des centrales nucléaires à de nombreux pays d'Afrique entre autres dont 4 ces derniers temps voire 20 à terme au seul Ouganda proche du Soudan, de la Somalie et de la République Centrafricaine. A l'Egypte c'est via un prêt de 25 milliards de dollars. L'Afrique du Sud s'est enfin aperçue de la réalité des frais comme le Vietnam, la Bulgarie, la Biélorusse etc. Ces ventes à marche forcée avec les défauts liées à une main d'oeuvre locale n'ayant pas eu le temps d'être formée qui entraîne des problèmes, comme dans le cas de barrages en Ouganda par exemple, ne sont pas toujours justifiées mais acceptées par des gouvernements corrompus et sources de risques importants à venir. Il y a dépendance à un fournisseur unique qui assure la formation, prend à charge contractuellement de convaincre les populations opposée en leur offrant par exemples des voyages à la Potemkine, fournit les financements dont les tarifs sont variables selon le client et les avantages que peuvent apporter tel ou tel pays disposant de telle ou telle ressource (l'Ouganda a de l'uranium donc c'est un avantage de l'avoir sous sa dépendance énergétique au plan des technologies). Dans le même temps on constate que les énergies renouvelables sont plus compétitives comme elles le prouvent via des appels d'offres quelles remportent face aux pourtant bas prix du gaz ou du charbon et que même avec le stockage elles restent compétitives, sans risques, sans déchets de durée dépassant les cent-mille ans comme le nucléaire, en étant recyclables à près de 100%. Il serait donc bon d'évoquer la réalité des développements énergétiques de l'Afrique ou le fait d'implanter à toute vitesse des centrales nucléaires dans tous pays avec le seul but de capter des part de marché et de soumettre des pays à une dépendance sans se soucier des risques à venir ni des meilleurs mix et prix possibles des énergies en attisant souvent la corruption, est assurément un problème à venir soit avant, soit lorsque ces centrales commenceront à être anciennes, pas toujours bien entretenues, dans des pays souvent instables et alors que le refroidissement des réacteurs nécessite des quantités d'eau énormes dont l'Afrique ne dispose pas toujours et de moins en moins avec la consommation, l'agriculture et le réchauffement climatique. Bref il serait temps de regarder ce que chacun y fait tous pays confondus et de dresser un bilan car l'énergie est un sujet sérieux et là c'est le far-west commercial dont les conséquences ont déjà commencé à se faire sentir avec des malfaçons.
Réponse de le 11/11/2016 à 8:40 :
Commentaire très intéressant qui nécessiterait un plus long développement.
a écrit le 10/11/2016 à 10:21 :
N'oublions pas que le développement économique est lié à la démographie et au capital humain. Il faut agir sur le capital humain. Cela demande du temps.
a écrit le 10/11/2016 à 9:15 :
Justement ils n'ont surtout pas intérêt à se référer à un modèle, les énergies renouvelables sont multiples et variées, il est indispensable de tâtonner pendant une longue période d’essai car au final chaque pays verra certainement sa stratégie modifiée tout au long du temps selon sa géographie. (même si c'est la théorie puisqu'en pratique c'est l'oligarchie et ses intérêt qui décident).

Les pays en zones côtières n'ont pas intérêt à délaisser l'énergie marée motrice et les éoliennes, celles dans des zones désertiques ont intérêt aux centrales solaires et-c...

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