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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

EADS remet Berlin à sa place

Michel Cabirol

Publié le 08 mars 2012 à 09:22 - Mis à jour le 08 mars 2012 à 09:49

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Le message à l'égard des autorités allemandes est extrêmement clair : pas d'ingérence extérieure dans les affaires du groupe. C'est ce qu'a martelé jeudi matin le président d'EADS, Louis Gallois, qui présentait ses derniers résultats. L'actuel PDG d'Airbus, Tom Enders, prendra les commandes du groupe en juin

Le ton est sec et sans ambiguité. "Nous devons prendre nos décisions sans ingérence extérieure", dans l'intérêt de la société, et "nous continuerons de le faire", a expliqué le président exécutif d'EADS, Louis Gallois, qui a rejeté les pressions de l'Allemagne pour rééquilibrer à son profit le groupe aéronautique et de défense. Un peu plus tard, en marge de la conférence de presse portant sur les résultats 2011 du groupe, Louis Gallois précise qu'on "ne réfléchit pas constamment avec un drapeau sur la tête".

Le coordinateur du gouvernement allemand pour l'aéronautique, Peter Hintze, a écrit le mois dernier à EADS pour lui demander de rééquilibrer l'activité industrielle et la direction au profit de l'Allemagne. "Cette lettre n'est pas appropriée et ne correspond pas à la façon dont les sociétés cotées en Bourse sont gérées", a poursuivi Louis Gallois. Mais il a souligné que le groupe voulait se comporter en bon citoyen dans ses pays domestiques et conduire "un dialogue serein avec les autorités allemandes".

Le bureau de Tom Enders dans les avions

En interne, on souligne que "cette poussée de fièvre tient plus à la personnalité de l'impétrant", un ancien allemand de l'est qui n'a "pas une connaissance" de ce qu'est une industrie moderne. Une "frustration d'autant plus exacerbée par la décision de Tom Enders d''installer son bureau à Toulouse", poursuit cette même source. Mais, pondère Louis Gallois, "Tom Enders, qui aime voyager plus que moi, ne sera pas souvent à Toulouse où il a déplacé le centre de gravité du groupe. On ne passe pas beaucoup de temps à notre bureau. Et son vrai bureau sera surtout dans les avions grâce aux moyens de communications modernes".

Et d'expliquer que EADS ne quittera ni Munich où un centre de R&D sera installé en lieu et place de l'actuel siège ainsi que des activités de services, ni Paris, où il y aura encore des bureaux. De toute façon, rappelle-t-il, "EADS est l'une des manifestations les plus brillantes de succès de l'Europe. Nous avons créé de l'emploi en Europe et de façon équitable en Allemagne comme dans tous les pays".

L'Allemagne profite même indument de certains avantages accordés lors de l'élaboration de certains programmes en coopération, la charge industrielle est calculée proportionnellement au nombre de matériels commandés. C'est le cas pour les hélicoptères Tigre (attaque) et NH90 (transport), dont le gouvernement allemand discute actuellement avec Eurocopter (groupe EADS) d'une réduction de commandes (de 80 à 40 exemplaires pour le Tigre et 122 à 80 pour le NH90). Pour autant, jusqu'en 2010, l'Allemagne était le premier client défense d'EADS. En 2011, la France l'a supplantée de peu.

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L'Allemagne en retard sur le prêt consenti pour l'A350

En attendant, l'Allemagne est "en retard" sur le paiement d'une partie d'un prêt de 500 millions d'euros (sur 1 milliard) accordé par Berlin pour le développement du nouveau long-courrier A350. Ce qui n'est pas le cas de la France, qui a prêté à Airbus 1 milliard d'euros. "La France a tout payé", confirme Louis Gallois. Ce type de problème n'a pas d'influence sur un groupe comme EADS. "Cela ne nous fera pas changer", estime Louis Gallois.

D'après le journal Handelsblatt de mardi, Berlin entend même désormais nommer un membre du conseil d'administration du groupe. Il laissait jusqu'à présent ce rôle à l'actionnaire industriel Daimler. Louis Gallois rappelle qu'il existe un "gentleman agreement" depuis la création d'EADS entre la France et l'Allemagne, qui ne fait pas partie du pacte d'actionnaires, interdisant à la France de nommer des hauts fonctionnaires au conseil d'administration du groupe européen. La réciproque n'existe pas.

L'Allemagne se prend les pieds dans le tapis

Après avoir donné beaucoup de leçons de morale à la France la jugeant trop interventionniste dans les affaires d'EADS, l'Allemagne n'a pas hésité à s'engager ces dernières semaines sur cette voie-là. Plusieurs responsables politiques allemands ont fait donner l'artillerie lourde pour condamner la décision de Tom Enders de déménager les deux sièges opérationnels d'EADS de Paris et Munich à Toulouse, sur les terres d'Airbus.

Si Tom Enders, déjà opposé à l'entrée de la banque publique KfW dans le capital d'EADS à la place de Daimler vendeur de ses 7,5 %, est agacé par les intrusions de la puissance publique allemande dans la gestion d'EADS, les troupes, au sein du groupe, restent plutôt zen. « De l'agitation », laisse entendre un cadre dirigeant d'une filiale d'EADS. « Ce qui se passe aujourd'hui n'a rien à voir avec ce qui s'est passé dans les années 2004-2006 où Français et Allemands au sein du groupe s'entredéchiraient, explique un observateur interne du groupe. Nous avons externalisé ce problème au niveau des actionnaires ». Sous-entendant que c'est une évolution positive. Notamment parce que les nouveaux hommes forts du groupe - Tom Enders, Fabrice Brégier et Marwan Lahoud - restent sur la même longueur d'ondes.

L'actionnariat à réformer

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Au-delà des effets de manche du gouvernement allemand, EADS devra tôt ou tard s'attaquer à une réforme de son actionnariat. « Entre les actionnaires privés qui ne s'intéressent pas au groupe et les actionnaires publics beaucoup trop, EADS, douze ans après sa naissance, mériterait de devenir enfin un groupe normal », estime un cadre dirigeant.

Michel Cabirol

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