Succession chez Thales : un sentiment d'abandon commence à courir en interne

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Arrivé en 2013 dans les bagages de Jean-Bernard Lévy, Philippe Logak tente crânement de jouer sa chance pour signer un CDD de longue durée à la tête de Thales
Arrivé en 2013 dans les bagages de Jean-Bernard Lévy, Philippe Logak tente crânement de jouer sa chance pour signer un CDD de longue durée à la tête de Thales (Crédits : reuters.com)
Près de deux mois après l'annonce du départ de Jean-Bernard Lévy, Dassault et l'Etat poursuivent (trop ?) tranquillement leurs négociations pour lui trouver un successeur. Au sein de Thales, un certain agacement commence à monter.

"Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?" C'est un peu ce qui se passe chez Thales, où les salariés se sentent de plus en plus abandonnés par les deux principaux actionnaires du groupe - Dassault Aviation et État -, qui palabrent tranquillement et sans heurt en vue de trouver un successeur à Jean-Bernard Lévy. "Les relations sont excellentes avec la maison Dassault", souligne-t-on même au sein de l'État. Une réunion entre l'État et Dassault, qui ces derniers temps a rencontré pratiquement tous les jours un des membres du gouvernement Valls (ventes de Rafale à l'export, Thales et convention signée avec l'État), s'est tenue vendredi. Sans pour autant être décisive pour l'avenir de Thales.

"S'ils pouvaient accélérer un tout petit peu leurs discussions, cela serait bien bien pour Thales", grince-t-on pourtant en interne. Car cela fait tout de même près de deux mois que le départ de Jean-Bernard Lévy a été annoncé. Bien sûr, un PDG d'intérim, Philippe Logak, secrétaire général du groupe, a été mis en place il y a quinze jours environ mais l'ambiance se dégrade peu à peu chez Thales, où on a regardé avec beaucoup d'amertumes et d'envies les nominations rapides de la future équipe dirigeante de chez Safran. Qui plus est des nominations maison... Trois ans après la fin du mandat compliqué de Luc Vigneron, le corps social de Thales n'est plus très loin de retomber dans la sinistrose.

Logak : j'y suis, j'y reste ?

La vacance de pouvoir génère déjà nombre de rumeurs et aussi des ambitions inattendues. Notamment celles de Philippe Logak, arrivé en 2013 dans les bagages de Jean-Bernard Lévy et qui tente crânement de jouer sa chance pour signer un CDD de longue durée à la tête de Thales, selon plusieurs sources concordantes. Ce grand spécialiste d'arts lyriques et passionné d'Italie a commencé à jouer "perso" le jour même de sa nomination par intérim : une mention qu'il a fait aussi vite que possible disparaître de l'organigramme de Thales en même temps que sa fonction de secrétaire général...

De plus, il ne s'appuie sur personne en interne pour répondre aux demandes de Dassault Aviation et de l'État. En revanche, il est conseillé par Alain Bauer et Anne Hommel, la nouvelle communicante à la mode dans les mondes politique et patronal, et il est très soutenu par le corps des ingénieurs de l'armement. "Philippe Logak ne parle à aucun membre du comité exécutif et reste enfermé dans son bureau avec son chef de cabinet, attitude d'autant plus inquiétante qu'il ne connaît ni les métiers et ni les clients du groupe", confirme-t-on au sein de Thales.

C'est une vraie crainte dans le groupe car Philippe Logak, selon des sources internes, est très loin d'avoir une excellente maîtrise de Thales pour résister aux demandes pressantes des deux actionnaires qu'un vieux briscard comme Jean-Bernard Lévy savait canaliser. Ce qui lui vaut déjà un surnom peu sympathique ("Le Gag"), qui circule dans les couloirs des nombreux établissements de Thales. Bref ambiance...

Thales ensablé

Du coup, la maison tournerait au ralenti dans une période pourtant cruciale, notamment avec la fin de gestion 2014 et la préparation du budget 2015... Un comité stratégique a été annulé à la dernière minute et le conseil d'administration, qui s'est tenu ce mardi s'est limité à faire le point sur l'année 2014... et fixé le nouveau salaire de Philippe Logak. "Les actionnaires sont apparemment plus rapides à augmenter Philippe Logak qu'à nous trouver un vrai PDG...", peste-t-on en interne. Un conseil, on l'aura compris, qui n'était donc pas décisif pour la succession de Jean-Bernard Lévy. "Thales est aujourd'hui ensablé", soupire-t-on dans le groupe, "et nos clients étrangers commencent à se poser de plus en plus de questions auxquelles on ne sait plus quoi répondre".

Pourtant, des décisions opérationnelles rapides doivent être prises comme pour la division Transport. Si elle est pourvoyeuse de nombreux contrats ces derniers mois, certaines des commandes actuellement en cours de réalisation rencontrent quelques difficultés d'exécution. Au premier semestre 2014, l'Ebit était clairement décevant (11 millions d'euros) avec une marge très médiocre de 1,9 % (contre 9,3 % pour l'aérospatial et 8,2 % pour la Défense/Sécurité). "Les activités Transport demeurent affectées par un effet volume défavorable, tandis que les mesures mises en œuvre afin d'améliorer la qualité d'exécution des programmes portent leurs fruits progressivement", avait expliqué Thales.

Dans ce cadre, le patron de l'activité Transport, Jean-Pierre Forestier, devrait prochainement laisser la main à l'Irlandais, Millar Crawford, parachuté en septembre dans l'activité Transport en provenance d'Australie, pour serrer la vis. Il a notamment été nommé pour remettre au carré l'exécution des nombreux contrats remportés ces dernières années et de conduire le programme de performance pour les activités systèmes de transport terrestre de Thales.

Patrice Caine ou Pierre-Eric Pommellet ?

Qui de Patrice Caine (44 ans), aujourd'hui numéro 2 en tant que directeur général, en charge des opérations et de la performance, ou de Pierre-Eric Pommellet (50 ans), directeur général adjoint en charge des systèmes de mission de défense, succédera à Jean-Bernard Lévy? Suspense... Deux candidats qui s'entendent bien. L'État soutient le premier tandis que Dassault Aviation le second. "Il y a deux bons candidats internes", se contente de dire un proche du dossier du côté de l'État. Le troisième candidat - le patron d'Alstom Grid Grégoire Poux-Guillaume - serait hors course.

Pour débloquer la situation, l'Etat a proposé à Dassault Aviation de dissocier la fonction de PDG à l'image de la gouvernance de Safran. L'avionneur, qui n'est pas très favorable à ce type de gouvernance, aurait répondu : "Pourquoi pas si vous avez des personnes à placer. On regardera". Bref, rien de très concluant entre les deux actionnaires. Ce qui fait les affaires de Philippe Logak, qui cherche à plaire actuellement à Dassault Aviation et à l'Etat... A suivre. Mais si au final aucune décision est prise avant Noël, peut-être faudra-t-il alors évoquer un bras de fer dont l'issue pourrait être le "deadlock"... et la fin du pacte d'actionnaires.

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Commentaires
a écrit le 12/12/2014 à 10:07 :
Vu de l'interne, Logak est un parachuté avec une carriere tres politicienne.
Il ne tiendra pas longtemps (D'une autre coté, vu la durée des mandats des dernieres PDG, il ne fera pas d'exception :) :
a écrit le 10/12/2014 à 16:04 :
Bien que sortant d'X, Logak est un fonctionnaire type. A la tête d'une entreprise comme Thalès? On cauchemarde.
a écrit le 10/12/2014 à 11:36 :
Logak semble se comporter comme Vigneron en son temps. Les baronnies vont être chahutées et la boîte avec.Pourquoi ne pas privilégier la voie interne? mystère.
Réponse de le 10/12/2014 à 12:24 :
Les baronnies n'ont elles justement pas besoin d'être chahutées? Elles paralysent le Groupe. C'est probablement cela qui était reproché à Vigneron. Et c'est probablement parce que Lévy a laisser les barons tranquilles que ces derniers lui dressent tant de louanges.
a écrit le 10/12/2014 à 9:05 :
Logak a gagné. Il a été le plus malin et s'est mis dans le fauteuil. Il n'a plus qu'à attendre que la situation pourrisse tranquillement pour être la solution par défaut.
Après tout il vient de l'interne et c'est ce que tout le monde exigeait. Non?
Réponse de le 10/12/2014 à 10:42 :
Qd on arrive dans un groupe en 2013, on peut difficilement prétendre venir de l'interne...
Réponse de le 10/12/2014 à 11:33 :
Levy ne venait pas de l'interne et tout le monde lui tresse des louanges (pas forcément méritées au vu de la situation qu'il laisse).
Si cela devait être Caine et/ou Pommelet l'Etat et Dassault se seraient probablement mis d'accord depuis longtemps.
Ce ne sera manifestement ni l'un ni l'autre,mais un 3e larron de compromis, comme avec Vigneron. Logak a opportunément mis les fesses dessus, il faudra l'en déloger et le temps travaille pour lui.
Le Groupe paie ici l'absence de leader charismatique en interne qui s'impose de lui-même à tout le monde et sans discussion possible. Ce n'est pas étonnant au vu des critères de sélections pour monter dans la hiérarchie.
Réponse de le 10/12/2014 à 16:06 :
"Après tout il vient de l'interne et c'est ce que tout le monde exigeait."
Vous avez une curieuse conception de ce que veut dire "de l'interne".
Réponse de le 10/12/2014 à 16:39 :
@petilu: n'avez vous pas plus de capacités à déceler le second degré et l'ironie? Je pensais que mon "Non?" de fin de commentaire y aiderait.
Réponse de le 10/12/2014 à 23:27 :
"Ce n'est pas étonnant au vu des critères de sélections pour monter dans la hiérarchie" : vous voulez dire qu'il suffit d'avoir la bonne croix sur son CV ?
a écrit le 10/12/2014 à 8:54 :
Eh oui, l'abandon…. ce sentiment poussif qui nous entraîne dans la solitude, dans le désespoir, la lassitude…. mais si chez Tales on se sent abandonnés, alors il faudra faire une sortie dans un bistrot, une boite de nuit…. le monde est plein de solitaires et les rencontres nous permettent de trouver une âme-soeur pour discuter, épancher le coeur et plus si entente….

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