ATR redécolle. Après n'avoir vendu que six avions (commandes brutes) en 2020, le constructeur franco-italien d'avions régionaux turbopropulseurs a réussi à engranger 35 commandes et a livré 31 appareils en 2021. Dans une interview accordée à La Tribune, le PDG d'ATR Stefano Bortoli nous explique les raisons de son optimisme pour ATR, qui s'est une nouvelle fois montré très résilient face à une crise inédite et d'une brutalité inouïe.Comment pouvez-vous définir l'année 2021 ?
C'est une année de transition. Nous avons traversé une crise profonde en 2020 et la première partie de l'année 2021 a été encore très difficile. Voyager partout dans le monde est encore compliqué même si la reprise a démarré. Depuis le mois de mai, nous avons commencé à voir des dynamiques différentes au niveau mondial avec un regain de l'utilisation de nos avions. Désormais, 75% de notre flotte a été remise en vol. Sur le marché de l'aviation régionale, ce chiffre s'élève à 80%. Nous observons aussi un intérêt croissant pour l'achat d'avions de la part des clients. Ce n'est pas encore homogène partout sur le globe mais nous sommes encouragés par les prévisions des compagnies aériennes, qui sont plutôt optimistes à court et moyen terme. Ces dernières semaines, le variant Omicron nous a impactés un petit peu mais le sentiment global c'est que même si nous risquons de devoir faire face à d'autres vagues, les gens ont envie de prendre l'avion.
Avez-vous atteint vos objectifs en matière de prises de commandes et de livraisons en 2021 après les chiffres communiqués au salon aéronautique de Dubaï en novembre ?
Nous étions à 29 commandes fin novembre lors du salon de Dubaï. Comme nous avions déjà pu le noter à ce moment-là, le marché était très actif et nous avons pu finaliser des négociations à l'issue du salon avec deux commandes additionnelles. Maldivian s'est dotée de deux ATR 72-600 et d'un ATR 42-600 et nous avons obtenu une autre commande portant sur trois ATR 72-600. Au final, ATR a atteint 31 livraisons et 35 commandes fin 2021. La commande de Maldivian démontre une nouvelle fois qu'ATR devrait recevoir des commandes dans les prochaines années pour des appareils de remplacement. En l'occurrence, il s'agissait de succéder à des Dash 8.
A combien s'élève le carnet de commandes ?
A environ 200 appareils.
Comment évaluez-vous ce marché de remplacement dans les prochaines années ? Avant la crise, on parlait de 3.000 avions turbopropulseurs à court terme...
ATR cible le remplacement du segment des avions entre 30 et 70 sièges, qui représente environ 1.200 avions. Avant la crise, nous avions estimé un potentiel de livraisons totales d'environ 3.000 appareils. Nous sommes en train de refaire notre estimation, dont nous aurons les résultats d'ici au printemps et qui prendront en compte l'impact de la crise. Les aéroports qui disposent de pistes courtes, entre 800 et 1.000 mètres, représentent un axe de croissance. C'est la raison pour laquelle nous sommes en train d'investir dans l'ATR 42-600 STOL, qui sera capable d'atterrir et de décoller sur des pistes très courtes. Avec ce nouvel appareil, nous pourrons cibler des flottes pour lesquelles nous n'avions pas jusqu'ici de solutions. Il existe également des opportunités de remplacer des jets, qui sur les routes d'environ 1.000 km sont bien moins économes.. Nous sommes convaincus que la mobilité régionale continuera à être l'un des éléments importants du transport dans les trente à quarante prochaines années. La reprise des derniers mois a été portée d'ailleurs par le trafic domestique régional et l'international de proximité.
Propos recueillis par Florine Galéron et Michel Cabirol