La France est vent debout contre l'idée d'un marché unique de la défense piloté par la Commission européenne. Lors des vœux présentés aux armées, Sébastien Lecornu a ainsi tonné dans la cour des Invalides : « La défense n'est pas en Europe un marché comme les autres : le pilotage des priorités doit rester chez les États membres, qui définissent souverainement leurs besoins opérationnels et capacitaires ». Il faisait écho aux inquiétudes des industriels de l'armement français réunis au sein du Conseil des industries de défense françaises (CIDEF) qui ont adressé dans un document un certain nombre de messages aux pouvoirs publics pour s'opposer à la volonté à la présidente de la Commission Ursula von der Leyen de mettre en place un marché unique de la défense. « Nous devons parvenir à un véritable marché unique de la défense », avait d'ailleurs déclaré début novembre lors de son audition le commissaire européen en charge de la défense, Andrius Kubilius.
L'industrie de l'armement français s'oppose dans un document, dont La Tribune s'est procurée une copie, à la notion de marché unique dans le domaine de la défense que souhaite pourtant mettre en place le nouveau commissaire européen chargé de la défense. Une notion « impropre au regard du principe de souveraineté des États », estime le CIDEF. Mardi, le ministre, qui aime souvent citer le général de Gaulle et Pierre Messmer, est logiquement venu au soutien de l'industrie d'armement française, dont la plupart des grands patrons était présent dans la froidure de la cour des Invalides. « Le rôle de la Commission européenne est - et doit être - d'accompagner de façon accélérée et simplifiée le développement des industries de défense européennes et non de se substituer aux États membres en créant des complexités ou contraintes supplémentaires », a martelé Sébastien Lecornu.
Concrètement, la France engage une bataille sur le fonctionnement du programme européen pour l'industrie de la défense (EDIP). L'Union européenne cherche à passer des mesures d'urgence de court terme, adoptées en 2023 et se terminant en 2025, à une approche plus structurelle visant à renforcer durablement l'état de préparation de l'industrie de défense européenne. EDIP doit mobiliser, pour la période 2025-2027, un budget de l'UE de 1,5 milliard d'euros.