Défense : que des missions impossibles pour Valls en Colombie ?

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Satellites espions, avions de combat, frégates de taille intermédiaire... La France a tout pour séduire la Colombie. Sauf que Bogotá n'achète pas ou peu français.
Satellites espions, avions de combat, frégates de taille intermédiaire... La France a tout pour séduire la Colombie. Sauf que Bogotá n'achète pas ou peu français. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Satellites espions, avions de combat, frégates de taille intermédiaire... La France a tout pour séduire la Colombie. Sauf que Bogotá n'achète pas ou peu français.

Que peut faire Manuel Valls en Colombie, un pays proche des Etats-Unis dans le domaine de la défense? Déjà la visite du Premier ministre à Bogotá le 24 et 25 juin s'inscrit actuellement dans de "bonnes relations" entre la France et la Colombie, estime un industriel de la défense. Il sera d'ailleurs reçu au Palais de Nariño à l'invitation du président de la République, Juan Manuel Santos, qui lui-même avait été reçu le 26 janvier dernier à l'Elysée lors d'une visite de deux jours. Manuel Valls et Juan Manuel Santos évoqueront le processus de paix en Colombie, le soutien concret que Paris lui apporte et le développement des relations économiques et commerciales dans ce pays où la France est le premier employeur étranger, à travers la mise en place du comité stratégique franco-colombien.

En revanche, les relations commerciales entre Paris et Bogotá sont en revanche à peu près nulle dans le domaine de l'armement. La Colombie n'a acheté à la France, pourtant dans le top cinq des pays exportateurs d'armement, que pour 20,6 millions d'euros d'armes entre 2010 et 2014 (1,3 million). Bref que des miettes... Ce qui n'est pas vraiment le cas dans l'aéronautique civile. Début mai, la compagnie aérienne Avianca, l'une des vieilles au monde (créée en 1919) a signé début mai avec Airbus une méga-commande de 100 avions de la famille A320neo (A319neo, A320neo et A321neo). La plus grande commande jamais fait dans l'histoire de l'aviation de l'Amérique latine. Au total, les commandes d'Avianca totalisent près de 300 Airbus, dont 276 A320 (parmi lesquels 133 A320neo) et 15 appareils de la famille A330.

Un satellite espion remis aux calendes grecques

Alors que tout laissait penser que Bogotá ambitionnait de devenir une nouvelle puissance spatiale en Amérique du sud, de récentes décisions ont eu raison de cette volonté portée par l'ex-vice-président Anjelino Garzon. Les groupes français en ordre dispersé - Airbus Space Systems et Thales Alenia Space - avaient d'ailleurs répondu à des demandes d'informations de la Colombie qui souhaitait acquérir un satellite d'observation de la Terre comme la plupart des pays sud-américains. Un achat qu'Anjelino Garzon souhaitait lié à la naissance d'une industrie et d'une agence spatiales. Il avait d'ailleurs créé en novembre 2013 le programme présidentiel pour le développement spatial colombien (PPDEC).

"Il était légitime de penser que la Colombie allait enfin tracer son chemin vers le spatial pour rattraper l'important retard qu'elle avait pris dans ce domaine, explique l'expert de défense, Arnaud d'Aviau de Ternay. Elle était sur les bons rails, elle avait sélectionné un nombre réduits de pays parmi lesquels on trouvait les Etats-Unis, l'Espagne, l'Angleterre, Israël, le Canada, la France, auxquels avait été transmis un Request For Information".

Mais après l'élection présidentielle, le nouveau vice-président, German Vargas Lleras, a déclaré en septembre 2014, que la Colombie n'achèterait pas de satellite, jugeant cet achat trop cher (environ 200 millions de dollars) et la durée de vie du satellite trop courte. Il a donc préféré continuer à acheter des images essentiellement à des groupes américains pour 70 millions de dollars. Parallèlement, la Force Aérienne colombienne continue de travailler sur un nano-satellite, fabriqué, selon un industriel français, avec l'aide de la Chine, FACSAT-1. Les militaires colombiens espèrent pouvoir le mettre sur orbite au cours du deuxième semestre 2015.

Des Rafale, des Mirage 2000 ou bien des F-16, des Gripen?

En Colombie, la Force aérienne colombienne (FAC), qui avait encore de Mirage 5 en service jusqu'en 2011, étudie actuellement le remplacement de ses 24 avions de combat Kfir, un avion israélien conçu au début des années 1970, avait confirmé en début d'année le commandant de la FAC, le général Guillermo Leon Leon. Le chef des opérations aériennes, le général Eduardo Bueno Vargas, avait évoqué lors d'une conférence de presse à Londres en novembre 2013 comme options possibles, le F-16 (Lockheed Martin), le Sukhoi russe Su-30, le Rafale, le Mirage et le Gripen (Saab).

"Ce sont les seuls que le commandant de la FAC ait mentionné et les seuls à avoir été essayé par les pilotes de l'escadron de combat 111 de la FAC pour en déterminer les forces et les capacités", explique Arnaud d'Aviau de Ternay.

Pour l'heure, Dassault Aviation, qui préfère désormais vendre le Rafale - et ce d'autant plus que l'avionneur est beaucoup serein avec les deux contrats exports gagnés en Égypte et au Qatar en poche -, n'a pas encore bougé en Colombie. L'avionneur est plutôt en attente de signes tangibles de Bogotá, explique-t-on à "La Tribune". Enfin, Paris n'a pas dans son armée de l'air de Mirage 2000 opérationnels à proposer à la Colombie et les Mirage 2000 actuellement en service dans les flottes étrangères (Émirats Arabes Unis, Qatar...) ne sont pas encore disponibles sur le marché de l'occasion. D'où le choix de Dassault Aviation de proposer le Rafale, un avion polyvalent qui plus est acheté par un pays qui n'est pas très riche (Égypte).

Des frégates de 4.000 tonnes à moyen terme

La Colombie pourrait à moyen terme lancer un programme de frégates de 4.000 tonnes (4 bâtiments tout de suite plus quatre ensuite). Ce qui pourrait intéresser DCNS et Thales, qui travaillent main dans la main dans le développement du programme de la future frégate de taille intermédiaire (FTI) de 4.000 tonnes pour la marine nationale. D'autant que les deux groupes ont parfaitement maîtrisé le programme de modernisation des quatre frégates de classe Almirante Padilla de la marine colombienne qui s'est conclu en mars 2014. DCNS en assurait la maîtrise d'œuvre et Thales était en charge de l'intégration des systèmes de combat et de communications.

Enfin, lors de LAAD 2015, Thales a signé un accord de partenariat avec le chantier naval colombien Cotecmar. Objectif de Thales, vendre des équipements à la marine colombienne, via le chantier naval : combat systems (Tacticos de Thales Nederland), command-and-control systems, information systems, radars et sonars. L'accord couvre également des possibles transferts de technologies, la création de sociétés communes et une aide à l'exportation en Amérique Latine à partir de la Colombie.

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a écrit le 02/07/2015 à 14:03 :
Il y va en Falcon?
a écrit le 23/06/2015 à 8:20 :
opération PEAU de BANANE ...
sinon , c'est Hollande qui y serait allé .
a écrit le 22/06/2015 à 22:47 :
Valls maîtrise l espagnol il veut marquer un grand coup pas sur que les usa apprécient
a écrit le 22/06/2015 à 17:44 :
Les pays arabes riches du golfe ont tellement d'avions et ont les moyens d'acheter chez 2 ou 3 fournisseurs pour ne pas être mono-dépendant de la politique étrangère. On a réussi à vendre le rafale dans cette optique, l'arabie saoudite a financé le rafale pour son protectorat égyptien( et aussi plein d'autres trucs comme le second canal de suez) sans doute en échange d'un wahhabisation du pays et de la piétaille en cas de guerre avec les chiites, de même le réarmement libanais est aussi un "cadeau" du golfe. la france n'est pas regardante en matière de géopolitique, elle est devenue une suiveuse soit des états-unis soit de l'arabie+qatar, quand on est ruiné on va là où il y a de l'argent.
La colombie est un allié traditionnel des états-unis, et vu les quantités nécessaires pour leur aviation( la menace du venezuela ne demande pas plus de 25 à 30 appareils de combat), un seul fournisseur est suffisant, il n'y a pour ainsi aucune chance d'y vendre le rafale, mais c'est toujours louable au moins de l'exposer pour montrer qu'on existe.
a écrit le 22/06/2015 à 15:14 :
Ne rêvons pas, on ne vendra aucun rafale en Colombie, ils n'en ont pas besoin. Dassault a fait l'erreur de stopper le 2000, lors du lancement du rafale alors que ce sont deux avions de catégorie différente. On n'a plus d'avions pour les pays de taille intermédiaire.
Les erreur stratégique se paie un jour
Réponse de le 22/06/2015 à 19:31 :
Actuellement, la politique de Hollande est de tirer sur tout ce qui bouge, il veut remonter dans les sondages et fait du casino avec les armements car la guerre est à la mode et il veut en profiter. Son soldat catalàn peut aller du désert de Gobi jusqu'au pole nord pour vendre des frégates, des satellites et des Rafale. Dassault, bien entendu, n'a qu'à gagner de cette politique plus qu'hasardeuse.
Réponse de le 23/06/2015 à 18:56 :
@Rafale
Dassault aurait pu continuer à vendre des M2000 à condition d'avoir des acheteurs ! Depuis la fin des années 90, Dassault n'avait plus de ventes sur le M2000, il n'allait tout de même pas garder une chaine de montage vide ! Sans parler d'exiger à tout les sous traitants de conserver leur outils de production pour les pièces du M2000 dont on ne sait pas si ils allaient resservir ou pas. Cela n'aurait pas été tenable financièrement. Pour finir, un Mirage 2000 dernière version avec une avionique moderne coutait malgré tout très chère (60 millions d'Euros), bref très chère pour bon nombre de pays de la planète. Dassault n'a pas fait d'erreur stratégique, Dassault n'avait pas le choix tout simplement.
De toute façon, La Colombie est un marché captif des Etats-Unis, on ne fera jamais de gros contrat d'armement avec ce pays.
Réponse de le 23/06/2015 à 20:56 :
Lors du 1° vol du rafale Dassault a décidé de ne plus proposer le 2000 à la vente. en effet rapidement il n'y a plus eu de client. Le F16 avion de la même génération et de la même catégorie a encore eu de nombreuse vente. Pour de nombreux pays un mono moteur qui a fait ses preuves et est 2 fois moins cher à l'heure de vol correspond à leurs besoins.
Fin 80 le choix fait était de combattre le pacte de Varsovie, donc d'avoir un bi moteur. C'est pour cela que Dassault avait développer le mirage 4000. La chute du mur à tout remis en cause. Malheureusement l'outil industriel avait été détruit.
Réponse de le 24/06/2015 à 22:10 :
Voyant le bazard des frégates Russes, je vois mal la Colombie risquer de payer des avion très cher pour ne pas être livré dû a un choix politique/diplomatique au moment de la livraison.
a écrit le 22/06/2015 à 12:32 :
Selon Libé (qui cite le document de l'armée de l'air française au sujet de la demande du député François Cornut-Gentille), sur les 15 modèles (hors drones) que possède l'armée de l'air française, seuls deux, dont un petit jet et un avion de transport, avaient plus de la moitié de leurs appareils disponibles au 31 décembre 2014 ! En ce qui concerne les autres modèles, les remises en état clouent au sol une grande majorité de la flotte. Affligeant.

M. Valls, au lieu d'aller faire une "mission impossible" et pratiquer votre espagnol en Colombie ne serait-il plus logique d'aller offrir de nouveaux avions à notre armée de l'air ?? elle en a vraiment besoin.
Réponse de le 22/06/2015 à 22:16 :
Ce n'est pas forcément de nouveaux avions qui rendra le maintient en condition opérationnelle meilleur mais bien un budget consacré à ce MCO supérieur. L'achat d'avion a, à mes yeux, rien à voir avec ça ! D'ailleurs qui dit plus d'avion ne veux pas forcément dire plus d'avion opérationnel car il faut bien prendre l'argent quelque part pour les acheter.
a écrit le 22/06/2015 à 10:15 :
Le pays est superbe, mais complétement inféodé aux USA. Donc aucune chance, donc le seul intérêt pour Valls est touristique, et ça, comme pas mal d'autres dans ce gouvernement et les précédents, il sait faire
Réponse de le 22/06/2015 à 11:47 :
@ mjj: Valls pourra aussi exercer quelques pas de la salsa, après le match de foot….
a écrit le 22/06/2015 à 10:10 :
"bonnes relations" entre la France et la Colombie"…..

Quand Paris veut vendre sa camelote, alors tous les pays souvent dépréciés par nos médias deviennent des "bons amis" de la France. Vous avez dit hypocrisie ? Mais noon….

Sarkozy avait virtuellement vendu un paquet au Brésil, des tonnes de Rafale, etc, on s'en souvient ! maintenant Hollande envoie Valls parce qu'il est à moitié espagnol et parle la langue des autorités colombiennes. La cucaracha ? Pathétique. La Colombie est un traditionnel client d'armements US, d'ailleurs un des rarissimes dans l'Amérique du sud à avoir quasiment tout son militaire en venant des États-Unis.

Peu importe, Valls va retourner avec "une montagne de méga-contrats" et on en parlera pendant quelques jours, comme d'habitude, la cote de Hollande va monter quelques points et c'est ça que compte. Jusqu'à ce qu'on apprendra qu'il n'y en était rien.

À quand un ministre d'origine indienne ? l'Inde me paraît un meilleur marché pour l'armement français que la Colombie….
a écrit le 22/06/2015 à 8:14 :
aucune inquiétude pour notre toréador d'opérette il va encore faire un voyage sur le dos des français. Après les enfants est ce qu'il emmène son chien et le violon et ce qui va avec. La il la tient sa casserole.

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