LA TRIBUNE - Airbus a annoncé des difficultés pour les livraisons des avions commerciaux. Est-ce que ces difficultés mettent sur Airbus Helicopters une pression supplémentaire pour tenir ses objectifs financiers de 2024 ? Estimez-vous possible de maintenir une profitabilité au-dessus de 10 % comme c'est le cas jusqu'ici ?
BRUNO EVEN : Non, je n'ai pas une pression supplémentaire. J'ai comme philosophie de toujours tout faire pour tenir les engagements que je prends. Donc évidemment, c'est notre objectif. Nous avons démontré ces dernières années qu'Airbus Helicopters était sur un marché qui pouvait délivrer des perspectives de croissance profitable. Pour 2024, je vise les objectifs annoncés et, pour les années à venir, je confirme cette trajectoire. Ce qui ne veut pas dire que c'est un long fleuve tranquille. Mais, notre rôle est de contribuer à la performance globale du groupe et de se donner les moyens de continuer à investir dans les hélicoptères, notamment dans l'innovation.
Vous restez sur un objectif d'au moins 10% d'Ebit.
Nous avons atteint cet objectif l'année dernière. C'est une très belle réussite. Je l'avais fixé comme un objectif majeur pour démontrer que le business des hélicoptères est un business de croissance et un business profitable. Cette profitabilité nous donne la capacité de continuer à investir. Airbus Helicopters a ces dernières années eu une trajectoire positive malgré un marché difficile. Notre enjeu était de croître en parts de marché. Nous avons réussi à l'augmenter pour deux raisons : nous avons travaillé sur notre compétitivité et nous avons continué à investir sur nos produits. Actuellement, le marché évolue positivement et nous avons les bons produits au bon moment. Un cercle vertueux que je souhaite continuer à développer pour Airbus Helicopters.
Pour autant, on constate que le niveau de livraisons au premier semestre 2024 (124) est inférieur à celui de 2023 pour la même période en 2023 (145). Comment l'expliquez-vous ? Est-ce un problème de supply chain comme pour Airbus ?
Toute l'industrie aéronautique doit faire face aux mêmes enjeux aussi bien en Europe qu'aux États-Unis. Donc oui, nous avons une supply chain qui souffre. On parle de la fin du COVID-19, mais l'industrie aéronautique subit aujourd'hui encore une troisième vague des effets du COVID-19 : la supply chain, qui a été fortement impactée par la baisse d'activité au moment de la pandémie, s'est organisée et repliée. Mais, depuis plusieurs mois, elle doit subitement faire face à un ramp up important et à une reprise d'activité concomitante dans tous les segments aéronautiques. Airbus Helicopters y fait face mais ce contexte a pesé sur notre performance en termes de livraisons au premier semestre 2024, qui a été en dessous de nos objectifs. Et puis nous sommes également confrontés à un élément plus conjoncturel : nous nous développons beaucoup sur le marché militaire. Nous avons introduit de nouveaux appareils sur le marché comme le H160 et le H175. Airbus Helicopters est dans une phase où nous mettons en service différentes configurations de ces appareils (développements, qualifications, certifications...). Cela impacte l'exécution de nos livraisons mais elles sont concentrées sur la deuxième partie de l'année. Je compte évidemment atteindre les objectifs fixés, une croissance des livraisons par rapport à 2023. Je reste sur cette trajectoire.