Guerre des mines : les futurs "pétardages" high-tech de Paris et Londres

La France et la Grande-Bretagne devraient commander chacun en octobre quatre systèmes de lutte contre les mines marines (programme SLAMF).
Michel Cabirol

5 mn

Ces nouveaux systèmes de lutte contre les mines marines permettront de détecter des objets de la taille d'une carte bleue à 300 mètres sous l'eau
Ces nouveaux systèmes de lutte contre les mines marines permettront de détecter des objets de la taille d'une carte bleue à 300 mètres sous l'eau (Crédits : ministère de la défense néerlandais)

C'est une des capacités que la France ne peut absolument pas abandonner. Car la lutte contre les mines marines participe également à la dissuasion nucléaire française en sécurisant le goulet de Brest quand un sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) quitte discrètement la base de l'Ile Longue. Une capacité qui sert également à "blanchir" les zones à risques pour les besoins d'une opération amphibie ou le passage du groupe aéronaval dans des détroits comme celui de Bab-el-Mandeb entre Djibouti et le Yémen.

Cette menace asymétrique, avec des mines devenant de plus en plus furtives, parfois prenant l'apparence de rochers, oblige aujourd'hui les marines à moderniser leurs systèmes de lutte contre les mines. Car une mine, dont le coût reste dérisoire (entre 5.000 et 10.000 euros), peut occasionner des dégâts désastreux en mer sur un sous-marin ou un porte-avions. Au niveau mondial, la Chine, la Russie, l'Iran et la Syrie possèdent de fortes capacités de minage. C'est également une arme "idéale" pour les organisations terroristes.

Un programme franco-britannique

C'est dans ce cadre que la ministre des Armées, Florence Parly, s'est rendue vendredi à Brest pour se faire présenter les avancées du programme SLAMF (Système de lutte anti-mines du futur) piloté par Thales. Ce programme est le fruit d'une coopération franco-britannique initiée dans le cadre des accords de Lancaster House en 2010. La France et la Grande-Bretagne se partagent respectivement 48% et 46% du programme SLAMF, le solde allant à la Suède (Saab). Initialement à bord, BAE Systems, qui n'a pas été à la hauteur des enjeux, a finalement quitté le programme "sans drame", explique-t-on à La Tribune. Thales et ses partenaires industriels développent en plusieurs phases des drones de surface et sous-marins destinés à la lutte contre les mines marines.

Surtout, ce programme change complètement la doctrine de la France dans ce domaine, en éloignant à plus de 20 km (12 nautiques) l'homme de la menace - de la détection à la neutralisation, en passant par l'identification -, grâce à toute une série de drones, qui vont remplacer les actuels plongeurs démineurs. "C'est un game changer", souligne-t-on au sein du ministère des Armées. D'autant que ces drones sont télé-opérables via des liaisons de communication haut-débit, depuis un bateau mère ou bien depuis la terre à proximité des côtes. Ce système de drones peut être même transporté par l'avion de transport militaire européen, l'A400M.

"SLAMF, c'est la garantie de traiter la menace des mines de façon plus performante, plus précise, plus sûre, tout en étant moins coûteuse", a expliqué Florence Parly.

Commande de quatre systèmes en octobre

Dans le cadre de sa visite chez Thales, Florence Parly a annoncé que son ministère allait commander "au deuxième semestre quatre systèmes de drones pour la France" au groupe électronique. A condition d'achever avec succès les démonstrations techniques complémentaires prévues en octobre et les négociations contractuelles. La livraison de deux démonstrateurs - un par nation - est attendu en juin (au lieu de 2019) à l'issue de la phase principale d'essais de qualification. Selon le ministère, ces systèmes de drones, dont une partie est fabriquée à l'étranger par Saab et L3 Harris ASV notamment, ne seront pas soumis à la réglementation ITAR.

Pour Thales, c'est une très bonne nouvelle puisque le ministère des Armées prévoit de commander en octobre quatre systèmes au lieu de deux comme le prévoyait pourtant la programmation actuelle. En 2020, l'Hôtel de Brienne a prévu de mettre à disposition dans le budget des armées 305 millions d'euros d'autorisation d'engagement et 47,4 millions de crédits de paiement. Les Britanniques devrait eux aussi commander quatre systèmes légèrement différents à ceux de la Marine nationale. Une commande groupée qui devrait intervenir au moment de l'anniversaire du Traité de Lancaster House qui fêtera ses 10 ans en octobre. Les systèmes de drones français ont vocation à être admis au service opérationnel en 2023 au moment où l'actuelle flotte française composée de 11 chasseur de mines commencera à être désarmée.

"Cette commande, rendue possible par l'effort financier exceptionnel que nous faisons dans le cadre de la loi de programmation militaire, permettra de doter notre Marine du meilleur outil pour affronter la menace insidieuse des mines", a estimé la ministre.

En outre, le ministère devrait commander en 2022 entre quatre et six bateaux de guerre de mines (BGDM), qui entreront en service entre 2024 et 2029. "Nous avons encore une incertitude sur la taille des bateaux mères et leur nombre, explique-t-on au ministère des Armées. Ce sera soit quatre gros bateaux, soit six plus petits pouvant transporter un système de drones". Il ne devrait pas y avoir de trou capacitaire entre les deux systèmes, affirme-t-on au sein du ministère.

Un système beaucoup plus performant

Ces nouveaux systèmes permettront de détecter des objets de la taille d'une carte bleue à 300 mètres sous l'eau, souligne-t-on au ministère des Armées. "C'est 30 fois plus petit qu'avec nos moyens actuels, fait observer Florence Parly. Notre capacité de détection et de neutralisation ira jusqu'à 300 mètres de fond, contre seulement une centaine de mètres avec nos moyens actuels. C'est aussi un gain de temps considérable : le système pourra être projeté en moins de 48h n'importe où dans le monde, et sera capable de cartographier les fonds marins trois fois plus rapidement qu'aujourd'hui grâce au sonar multi-faisceaux de Thales".

Chaque système comprendra deux vedettes-drones de surface de 12 mètres de long construites par la société britannique ASV (filiale de l'américain L3 Harris). Celles-ci emportent pour l'une un sonar remorqué allant à 200 mètres de profondeur, afin de détecter les mines, pour l'autre un robot téléopéré développé par le suédois Saab et qui ira déposer une charge sur la mine pour la "pétarder" (exploser). Le système est complété par deux drones sous-marins construits par le français ECA Group, dont la fonction est de détecter la mine et d'en préciser le type, et par un poste de contrôle installé dans un conteneur et conçu par Thales ainsi que les logiciels faisant appel à l'intelligence artificielle.

Michel Cabirol

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Commentaires 4
à écrit le 30/05/2020 à 11:51
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le 31/05/2020 à 8:58
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le 31/05/2020 à 9:12
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"Ce n’est pas le moment de nous désunir" L'UE est désunie et je vous parle de s'unir justement mais avec le seul pays crédible en matière militaire, les allemands avec leurs trois bataillons et leurs deux chars sont grotesques. Vous êtes comp...

le 31/05/2020 à 11:02
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