En dépit d'une nouvelle progression de son chiffre d'affaires tiré par les services, Safran est en difficulté pour fournir son moteur vedette Leap qui équipe les avions les mieux vendus d'Airbus et de Boeing. Le groupe a de nouveau nettement abaissé, ce vendredi, ses perspectives de livraisons pour 2024.
Malgré des difficultés à livrer ses moteurs, Safran se porte bien. Dans un communiqué publié ce vendredi, le motoriste et équipementier aéronautique français affiche un objectif de rentabilité qui a été revu à la hausse pour 2024 : le résultat opérationnel courant est désormais prévu à 4,1 milliards d'euros contre un niveau proche de 4 milliards attendu précédemment. Et ce bien qu'il anticipe un chiffre d'affaires à 27,1 milliards d'euros sur l'année, légèrement revu à la baisse par rapport à ses dernières estimations (27,4 milliards d'euros).
Le directeur général de Safran, Olivier Andriès, s'est félicité de la« solide performance réalisée au cours des neuf premiers mois de l'année, avec une croissance (...) provenant principalement des activités d'après-vente pour les moteurs et les équipements aéronautiques ».
Au troisième trimestre, le chiffre d'affaires a progressé de 14% à 6,6 milliards d'euros. Globalement, sur les neufs premiers mois de l'année, il a bondi de 17% à 19,7 milliards d'euros. Ce qui suggère un ralentissement de l'activité au quatrième trimestre.
Des difficultés à livrer les moteurs
En effet, cette bonne santé financière n'empêche pas Safran de faire face à des problèmes pour produire ses moteurs. Affecté par les difficultés touchant sa chaîne de fournisseurs, le motoriste et équipementier aéronautique français prévoit désormais cette année une baisse de 10% des livraisons de Leap, qui équipe la totalité des Boeing 737 MAX et environ 60% des Airbus de la famille A320neo. Et ce, alors qu'il tablait jusqu'à présent sur une hausse de 0 à 5% lors de ses résultats semestriels, et même de 10 à 15 % en début d'année.
Dans un communiqué publié ce vendredi, le groupe reconnaît que« le principal facteur de risque (sur les perspectives financières, ndlr) réside dans les capacités de production de la chaîne d'approvisionnement ».
Et pour cause : au troisième trimestre les livraisons de Leap, moteur de dernière génération plus économe en carburant, ont chuté de 6% à 365 unités par rapport à la même période de l'année précédente et de 12% sur les neuf premiers mois de l'année, avec 1.029 unités. Les livraisons des moteurs neufs, dits en première monte, « destinées aux avions court et moyen-courriers ont été limitées par des goulets d'étranglement chez certains fournisseurs », admet le directeur général de Safran Olivier Andriès.
Des tensions avec Airbus
Les difficultés industrielles auxquelles Safran est confronté provoquent des tensions avec certains de ses clients, en particulier avec l'avionneur européen Airbus. Ce dernier accuse le motoriste de privilégier les compagnies aériennes, ce qui freine sa montée en cadence. Cela tient notamment au modèle économique de Safran, qui vend ses moteurs à perte dans une optique de rentabilité à long terme, basée sur les revenus des services après-vente, l'entretien et les pièces détachées aux compagnies clientes.
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Le directeur général des avions commerciaux d'Airbus, Christian Scherer, a notamment déclaré en octobre à la presse que CFM International, le consortium international détenu à 50/50 par Safran et General Electric était « un maillon faible » dans sa chaîne de 10.000 fournisseurs. « Les moteurs de CFM restent sur le chemin critique et je le regrette », a-t-il critiqué.
« Certains fournisseurs, dont des très gros, décident volontairement de faire ci ou de faire ça et impactent l'ensemble de l'écosystème d'Airbus », a regretté Christian Scherer en faisant une claire allusion à Safran.
Et d'ajouter sans filtre : « Ils savent exactement de combien de moteurs nous avons besoin. Nous passons les commandes pour ces moteurs (...) Ensuite, les raisons qui poussent un fournisseur, celui-ci ou un autre, à honorer ou ne pas honorer ces commandes, ce sont leurs propres raisons. »
De son côté, le directeur général de Safran Olivier Andrès ne nie pas les difficultés.« On livre clairement moins de moteurs à Airbus que ce que nous avions prévu de livrer en début d'année et que le besoin qui avait été exprimé par Airbus », a-t-il reconnu au cours d'une conférence téléphonique.
Et ce alors que l'activité destinée à Boeing est moindre que prévu (voir encadré). Mais comme l'a expliqué à plusieurs reprises le patron de Safran, le Leap-1B qui équipe le 737 MAX et le Leap-1A destiné à l'A320neo sont trop différents pour que la charge de travail puisse être transférée de l'un vers l'autre.
Si Safran entretient des relations parfois tendues avec Airbus, le motoriste français ne peut guère se reposer sur Boeing. Englué dans une grève qui bloque la production de son best-seller, le 737 MAX, ainsi que celle de ses long-courriers 767 et 777, l'avionneur américain connaît une très mauvaise passe. Et ses résultats financiers en témoignent : Boeing accuse une perte de près de 6 milliards de dollars sur les trois derniers mois.
Cette grève pourrait se révéler très nocive pour Safran. Selon les éléments recueillis par La Tribune, Boeing a décidé d'arrêter de prendre livraison des moteurs Leap-1B, produits par le motoriste français et son partenaire américain GE Aviation via leur coentreprise CFM International. Une information sur laquelle Safran n'a pas souhaité apporter de commentaires, tandis que Boeing affirme encore prendre des livraisons de Leap à l'heure actuelle. Reste à savoir pour combien de temps.