Y a-t-il vraiment une place aujourd'hui pour une constellation de nanosatellites comme celle de Kinéis ?
Sur le marché visé par Kinéis, oui complètement. Mais clairement, il n'y aura pas la place pour dix constellations pour le marché IoT (Internet des objets). Les études évoquent deux ou trois constellations de ce type. Quel est notre enjeu ? Nous visons un marché de niche sur lequel un acteur majeur ne se lancera pas : soit parce que le marché est très spécifique, soit parce qu'il n'est pas assez important pour lui. De très grandes constellations ne vont pas perdre du temps sur un marché de quelques centaines de millions d'euros. Cela n'aurait pas de sens pour elles. Pour autant, lancer une petite constellation ne garantit en rien une rentabilité. Avec le déploiement de la constellation Kinéis en 2024 et au tout début de 2025, nous comptons atteindre une rentabilité d'ici à trois ans avec un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros.
Soit huit ans après la création de Kinéis.
Il ne faut pas oublier que notre projet est avant tout un projet d'infrastructures. Nous ne sommes pas comme une startup de la Silicon Valley créée dans le numérique avec trois développeurs et trois PC, et qui au bout de 18 mois rapporte de l'argent. Ce type de startup ne coûte rien au départ. Nous, nous sommes en train de construire une infrastructure de transport d'informations, un peu à l'image d'Orange qui déploie un réseau. Cela prend du temps : il faut attirer les clients et financer en même temps de lourds investissements (capex) au départ. Du coup, la rentabilité est beaucoup plus longue à obtenir que certaines startup de la Silicon Valley. Mais, à la fin du fin, il faut qu'une entreprise soit rentable parce que les actionnaires ne suivent pas à l'infini.
Starlink est-il un concurrent ?
Dans le marché spatial de demain, il y a déjà des acteurs dominants qui prennent beaucoup de place avec leurs constellations. Mais Starlink est plus un concurrent dans le discours. Vis-à-vis des clients, nous devons redoubler de pédagogie pour expliquer qu'avoir des mégabits par seconde à l'infini n'est pas l'alpha et l'oméga pour leurs besoins. Et l'offre de Starlink très alléchante génère toutefois des contraintes en termes d'énergie et de taille pour les antennes. Contrairement à Kinéis, où nous sommes dans la sobriété énergétique.